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Le président de la transition burkinabè Michel Kafando est salué par le président du Bénin. Photo AFP/Ahmed Ouoba
Le président de la transition burkinabè Michel Kafando est salué par le président du Bénin. Photo AFP/Ahmed Ouoba

Au Burkina Faso, «un régime modèle Blaise Compaoré, c'est fini»

Les Burkinabè se sont appropriés leur révolution.

La mise en échec du coup d'Etat du 17 septembre au Burkina Faso est le signe que les avancées démocratiques dans le pays sont irréversibles, juge l'analyste sénégalais Babacar Justin Ndiaye, spécialiste de l'Afrique de l'Ouest, dans un entretien jeudi à l'AFP. Un régime comme celui du président Blaise Compaoré, chassé du pouvoir par la rue en octobre 2014 après 27 ans au pouvoir, n'est plus possible au «pays des hommes intègres», estime-t-il.

Le coup d'Etat au Burkina Faso mené par la garde présidentielle était-il prévisible près d'un an après la chute de Compaoré?

«On savait que la révolution burkinabè n'allait pas être un fleuve tranquille. Il y a des intérêts en jeu, qui s'entrechoquent, et aussi le fameux phénomène du RSP (Régiment de sécurité présidentielle qui a mené le coup d'Etat), un héritage assez encombrant, sulfureux, qui fait partie des survivances du système Blaise Compaoré. 

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On a frôlé la restauration (de l'ancien régime) mais aussi, simultanément, le chaos parce que le RSP ne pouvait pas tenir le pays, quelle que soit sa puissance de feu : avec 1.300 hommes sur 13.000 (formant les effectifs des forces de défense), si vous ne contrôlez que Ouagadougou, votre régime ne peut pas être viable à long terme, lorsque la population refuse de travailler, que tout ferme... Sauf à tirer sur tout le monde et gouverner un cimetière.»

Le dénouement de cette crise ne s'est-il pas joué entre Burkinabè?

«C'est un cocktail de solutions, dans ce sens que les interférences extérieures n'ont pas manqué : l'Union africaine a été ferme vis-à-vis du Burkina en brandissant les sanctions, la Cédéao (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest) est intervenue mais de façon un peu ambiguë et des puissances étrangères ont agi dans les coulisses... 

Le Burkina fait l'objet d'un certain nombre de sollicitudes géostratégiques: la communauté internationale ne veut pas se retrouver avec un deuxième Mali sur les bras car, dans une certaine mesure, le RSP, c'est la colonne vertébrale de l'armée. Si l'institution militaire disparaît, les jihadistes qui rôdent dans le Sahel et autour du Burkina viendront prendre le contrôle du pays pour en faire un sanctuaire comme le nord du Mali. 

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(Mais) il y a aussi l'effort endogène pour trouver une solution : le combat du peuple burkinabè, le travail accompli par certaines forces positives au Burkina dont le Mogho Naba (roi des Mossis, l'ethnie majoritaire) qui a joué un rôle stabilisateur. L'Eglise, influente au Burkina, a aussi agi dans le sens de la pacification de la vie politique. Les garnisons provinciales ont joué leur partition et de façon décisive, dans la mesure où le RSP tenait le haut du pavé et croyait pouvoir faire tout ce qu'il veut. Ces garnisons - et surtout les jeunes capitaines, les jeunes commandants - ont bousculé la vieille hiérarchie. Diendéré a perdu la partie puisque le peuple a défendu sa révolution.»

Le peuple burkinabè veille donc jalousement sur sa révolution?

«Une page est historiquement tournée au Burkina Faso, c'est indiscutable. Un régime militaire pur et dur n'y est plus concevable. L'expérience ratée du RSP ponctuée par les regrets du général (Gilbert) Diendéré (chef des putschistes) démontre que la page est vraiment tournée, d'autant plus que le mythe du RSP est brisé : sa puissance de feu intimidait et dissuadait tout le monde, mais aujourd'hui, les garnisons de province ont rééquilibré le rapport de force militaire. 

Du point de vue militaire comme du point de vue politique, un régime modèle Blaise Compaoré, c'est fini, ce n'est plus concevable au Burkina. Les progrès de la démocratie, notamment dans la conscience populaire, sont tels qu'un régime presque trentenaire incarné par un militaire qui s'impose à tout le monde et qui régente tout, ce n'est plus possible.»

Propos recueillis par Coumba SYLLA pour l'AFP

AFP

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