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Burkina: fierté d'avoir surmonté le coup d'Etat, le sort de ses auteurs en suspens

Au lendemain du rétablissement des autorité de transition au Burkina Faso, les habitants de Ouagadougou exprimaient leur joie d'avoir mis en échec le coup d'Etat du 17 septembre, alors que des questions cruciales comme le désarmement des putschistes restaient en suspens.

Premiers signes tangibles d'un retour à la normale, les banques et les stations essence, fermées ces derniers jours, avaient rouvert jeudi en ce jour férié de la Tabaski, l'appellation ouest-africaine de la fête musulmane de l'Aïd al-Adha.

Plusieurs milliers de personnes étaient réunies dans la matinée au stade municipal, à proximité du centre-ville, pour la prière de la "Fête du sacrifice". Le grand imam de Ouagadougou, Sana Aboubacar, a prié pour la paix "grâce à laquelle nous sommes tous là".

En grande tenue blanche de prière, Adama Sawadogo, la cinquantaine, se déclarait confiant dans l'avenir de son pays: "C'est le peuple qui décide. Il ne voulait pas revenir en arrière. On veut la démocratie. Et maintenant, tout va revenir à la normale si Dieu le veut."

"Quand Blaise Compaoré à pris le pouvoir, j'avais 7 ans. Aujourd'hui, je suis père. Compaoré a dirigé mon père, il m'a dirigé moi, il ne va pas diriger mon fils", déclarait pour sa part Moussa Sawadogo. Le chef des putschistes, le général Gilbert Diendéré, était le bras droit du président Blaise Compaoré, renversé par la rue en octobre 2014.

"On est confiants. (Les coups d'Etat) sont des pratiques d'un autre temps. Le peuple est jeune mais il a une conscience", ajoute-t-il.

En raison de l'Aïd, le président du régime de transition Michel Kafando, qui a repris les rênes du pouvoir mercredi, a repoussé son premier conseil des ministres post-coup à vendredi matin.

Mercredi après-midi, le président Kafando avait été officiellement réinstallé à la tête du Burkina, sous les ovations, tout comme le Premier ministre, le lieutenant-colonel Isaac Zida, son gouvernement et l'Assemblée de transition.

Dans la foulée, le chef des putschistes le général Gilbert Diendéré, après avoir rencontré des chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest venus en médiateurs, se livrait droit dans ses bottes à un mea culpa aussi surprenant qu'inhabituel, devant des journalistes médusés.

"Le putsch est terminé, on n'en parle plus", déclarait l'ancien bras droit du président Compaoré. "Je n'ai pas peur d'affronter (la justice). Je prends toutes mes responsabilités (...) je ne vais pas nier qu'il y a eu des morts", avait-il ajouté.

- Dissolution du RSP ? -

Le président Kafando a annoncé la reprise des préparatifs des élections, initialement prévues le 11 octobre. La nouvelle date du scrutin n'a pas encore été fixée, le Premier ministre évoquant mercredi un report de plusieurs semaines.

D'ici là, les autorités de transition devront régler des points cruciaux pour consolider la stabilité politique de ce pays sahélien de 17 millions d'habitants.

Le sort de la garde présidentielle, unité d'élite de 1.300 hommes, est clairement posé sur la table. Cette "armée dans l'armée", qui sous l'ancien régime prenait directement ses ordres à la présidence, avait été à l'origine de plusieurs crises pendant la transition.

De nombreuses voix s'élèvent pour demander sa dissolution pure et simple, à l'image de deux candidats à l'élection présidentielle, Roch Marc Christian Kaboré et Bénéwendé Sankara. 

Jeudi, les soldats de la garde présidentielle restaient cantonnés dans leur camp du centre-ville, a constaté l'AFP, conformément aux engagements du général Diendéré.

Mais leur désarmement n'a pas encore été réglé et faisait encore l'objet de discussion avec le chef d'état-major burkinabè.

De sources sécuritaires, toutes les sorties de la ville étaient par ailleurs contrôlées par l'armée loyaliste, pour éviter la fuite de soldats du RSP.

Autre point sensible, le sort des putschistes, qui ont réclamé une amnistie lorsque la tournure des événements leur est devenue défavorable. La population et de nombreux responsables politiques ne veulent pas en entendre parler, invoquant la mémoire des 10 manifestants tués par balle par le RSP en une semaine.

Enfin, l'intégration des candidats pro-Compaoré aux prochaines élections, principale revendication des putschistes, fait encore débat. Un "dialogue interne" est censé s'ouvrir prochainement sur cette question, mais, comme l'a confié à l'AFP l'un des favoris à la présidentielle Zéphirin Diabré, "on ne sait pas comment ça va se passer". 

En octobre 2014, le soulèvement populaire, provoqué par la volonté de Blaise Compaoré de modifier la constitution pour se maintenir au pouvoir, avait contraint celui-ci à fuir, mettant fin à 27 ans de pouvoir à la tête de ce pays à l'histoire jalonnée de coups d'Etat militaires depuis son indépendance en 1960.

L'insurrection burkinabè avait suscité l'espoir sur le continent de tourner la page des présidents à vie.

AFP

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