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Libye - Les combattants de Misrata font la chasse aux présumés collabos

Les milices libyennes de la ville de Misrata terrorisent les habitants de la ville voisine de Touarga. Ces combattants partisans du Conseil national de transition (CNT) les accusent d'avoir commis des atrocités aux côtés des forces de Kadhafi à Misrata, rapporte Human Rights Watch le 31 octobre. Touarga, ville de 30.000 habitants, est abandonnée —une partie a été saccagée et brûlée. Human Rights Watch a interviewé des dizaines d'habitants de Touarga à travers le pays, dont 26 personnes en détention dans et autour de Misrata et 35 personnes déplacées, notamment à Tripoli. Les habitants en fuite ont confié que certaines milices de Misrata ont tiré sur une partie de la population désarmée et ont également eu recours à des arrestations arbitraires.

Des passages à tabac provoquant la mort de certains détenus ont également été mentionnés par les témoins interviewés.  

«Ces actes de vengeance contre la population de Touarga, quelles que soient les accusations portées contre eux, sapent l'objectif de la révolution libyenne. Dans la nouvelle Libye, les résidants de Touarga accusés d'actes répréhensibles devraient être poursuivis sur la base de la loi et non être soumis à la justice punitive», a déclaré Sarah Leah Whitson, du service Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Le Conseil national de transition auraient dû responsabiliser et contrôler cette centaine de groupes armés dans la région de Misrata. La plupart des habitants de Touarga ont fui en août dernier dans la région Jufra, au sud de Misrata, selon la Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Quand Human Rights Watch a visité la ville de Touarga au début du mois d'octobre, la ville ressemblait à une ville fantôme, vidée de sa population et ses bâtiments saccagés. Entre le 3 et 5 octobre, Human Rights Watch a vu des milices et des individus de Misrata brûler une douzaine de maisons dans la ville.

La plupart des habitants interviewés par Human Rights Watch ont dit qu'ils avaient fui entre le 10 et 12 août car les forces de l'opposition libyenne menée par des combattants de Misrata approchaient. La découverte de 53 cadavres à l’hôtel Mahari de Syrte, le 22 octobre, plaçait déjà le CNT dans une position délicate. Les recensements de tués ou de violences arbitraires commises par les combattants pro-CNT ne cessent d’apparaître au grand jour.

A Syrte, «la moitié des cadavres avaient les mains liées dans le dos ou arboraient des plâtres et des bandages, indiquant leur condition de prisonniers ou de blessés. Tous semblent avoir été exécutés sommairement à en juger les plaies à la tempe ou dans la nuque»raconte Christophe Ayad, envoyé spécial du Monde à Syrte.

Lu sur Human Rights Watch, Le Monde

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