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Bwindi: face à face avec les gorilles de montagne

(Cinquième partie du voyage en Ouganda)  Les autorisations de visite des gorilles de montagne en Ouganda sont distribuées avec parcimonie. Nous nous divisons en deux groupes. Il est fait obligation de visiter les gorilles par groupe de huit personnes, pas plus. Il faut monter et monter encore plus haut que là où nous sommes au bord du lac. De là, notre véhicule peine à monter la pente. Nous sommes obligés de prêter main forte au chauffeur en la poussant en avant sur un sol trempé par une pluie qui l’a rendu boueux afin qu’il retrouve l’unique voie passante. C’est fait. Plus loin, le chauffeur doit faire une délicate manœuvre pour prendre une nouvelle pente très raide. Le moindre faux pas lui est interdit sur cette piste où il est difficile de faire demi-tour. [caption id="attachment_1065" align="alignright" width="300" caption="La forêt primaire de Bwindi"][/caption] Assis derrière, nous regardons avec inquiétude la manœuvre. D’autant plus que l’arrière du véhicule donne directement au précipice de 2000 mètres de fond. A quelques centimètres de la marge du gouffre, il freine avec vigueur pour pouvoir prendre son élan et monter en vitesse. Manœuvre compliquée, hasardeuse mais réussie tout de même, à notre grand soulagement. Au bout de quelques minutes au cours desquelles nous roulons à flancs de montagnes sur une piste dégradée, nous arrivons au poste forestier de Nkuringo. Les Rangers nous accueillent et nous remplissons les formalités d’usage : cela se fait comme si vous entrez dans un autre pays avec votre passeport. Il s’ensuit un briefing sur la conduite à tenir au cours de la visite et la gestion des ordures sur le site. Après cela, commence l’épreuve tant attendue et la plus redoutée : la marche. Accompagnés de deux rangers dont l’un est armé de Kalachnikov, nous commençons notre marche. Il faut descendre une pente raide et se faisant aider parfois de son arrière, marcher et marcher encore à l’aide de bâtons à travers une forêt primaire pour avoir le privilège d’un rendez-vous avec les gorilles de montagne de la forêt primaire de Bwindi. Les rangers ougandais sont très professionnels et veillent attentivement à la sécurité de leurs clients. Ils aident aussi ceux qui ont du mal à avancer. La visite d’une heure vaut tout de même 300.000 francs CFA (500 euros). Et rien n’est garanti qu’à chaque sortie, l’on voit les gorilles de montagne en question. D’ailleurs, les Rangers préviennent les visiteurs d’avance. Même si généralement, ils les pistent avant la visite pour localiser leur présence éventuelle, c’est le terrain qui commande. [caption id="attachment_1061" align="alignright" width="300" caption="Un bébé gorille dans la forêt"][/caption] Avant d’arriver au cœur de la forêt primaire, nous nous arrêtons deux fois de suite pour laisser reposer nos jambes qui flageolent. Une fois à l’intérieur, le bonheur de rencontrer des gorilles de montagne nous fait aussitôt oublier que nous avons souffert le martyre il y a quelques instants. En partant du Safari Lodge, je ne prévois qu’un grand zoom à mon appareil photographique pour ne pas rater ces instants magiques. Mais je me suis trompé. Car j’ai les gorilles à moins d’un mètre de moi et mon grand zoom devient un obstacle à bien cadrer mes photos de près. Le spectacle est tout simplement impressionnant et quasi irréel. Des bébés gorilles jouent dans le feuillage et sautent de branche en branche, sans se soucier de notre présence. Un gros mâle dominant couché sur le dos, a les yeux perdus dans le vide tout comme s’il cogite. Je l’appelle le philosophe. De temps en temps, il porte une main à son menton, donnant ainsi l’impression d’avoir trop de soucis. Je me fais prendre en photo à moins d’un mètre de lui, avec sa tête en arrière-plan. A quelques pas de là, c’est une femelle qui s’occupe de ses petits et les débarrasse de poux ou  autres insectes. Le gros mâle dominant ne cesse de changer de postures les unes aussi humaines que les autres. Nous sommes en face de deux groupes de gorilles de montagne. Au bout d’un certain temps, l’un s’éloigne. Les petits gorilles de l’autre groupe vont jouer avec le mâle dominant. [caption id="attachment_1063" align="alignright" width="300" caption="Un gorille de montagne adulte"][/caption] Nous restons là, abasourdis devant ce spectacle dont ils nous gratifient. Au bout d’une heure pendant laquelle nos appareils photo crépitent sans cesse, nous sommes contraints par les Rangers de partir, contre notre gré. Comme leur nom l’indique, les gorilles de montagne diffèrent de leurs cousins des plaines de ce qu’ils vivent à des altitudes élevées où les températures peuvent parfois baisser au-dessous de zéro. Ils se sont ainsi adaptés à ces conditions climatiques. Leurs poils sont long et les mâles dont deux fois gros que les femelles à l’âge adulte. Du reste, on peut aussi remarquer un pelage gris ou argenté sur le dos des mâles qui ont atteint la maturité sexuelle. Ils peuvent mesurer entre 1,50 et 1,80 mètre lorsqu’ils sont debout et peser entre 200 et 230 Kg. Les femelles disposent du même cycle menstruel que les femmes chez les humains. Leur durée de gestation est de huit mois et demi et elles commencent l’ovulation à partir de sept ou huit ans pour mettre bas entre dix ou douze ans. Quand on observe ces gorilles, on ne peut qu’être frappé par l’étrange ressemblance comportementale qu’ils ont avec nous. [caption id="attachment_1195" align="alignright" width="300" caption="Un regard de gorille de montagne qui interpelle"][/caption] Nous quittons l’épaisse forêt de Bwindi et ses gorilles de montagne pour reprendre notre marche encore plus pénible par la fatigue de l’allée. Mais enfin, nous pouvons dire en revenant au poste forestier que nous avons vu les fameux gorilles de montagne. Passé le protocole de la signature du livre d’or et de la délivrance de nos certificats de visite aux gorilles de montagne, nous rentrons au Safari Lodge, tout exténués. En échangeant avec notre second groupe qui est plutôt allé voir ces gorilles sur un autre site fait de marais, nous nous rendons compte que nous avons eu plus de chance. Nous les avons en effet admirés de plus près. Nos photos en témoignent. Marcus Boni Teiga A lire aussi: la première, la deuxième, la troisième et la quatrième parties du voyage en Ouganda

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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