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Burkina: la médiation ouest-africaine accusée de précipitation

Obnubilée par sa volonté d'éviter l'embrasement et le déraillement de la transition démocratique au Burkina Faso, la médiation des présidents sénégalais et béninois a pris, par ses concessions aux putschistes, le risque de perpétuer les causes de la crise, selon des analystes.

"N'allumons pas un feu que nous ne pourrons pas éteindre", a plaidé dimanche soir le chef de l'Etat sénégalais Macky Sall, président de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), appelant au calme lors de l'annonce d'un projet de sortie de crise, qui doit être présenté mardi à un sommet extraordinaire de la Cédéao.

Mais c'est le scénario de l'embrasement qui semblait se réaliser lundi, des chefs de l'armée sommant les putschistes du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) de "déposer les armes" et affirmant faire route vers la capitale, Ouagadougou, pour les y contraindre.

Or, certaines des dispositions de ce projet prévoyant la restauration des autorités de transition, en particulier l'amnistie des putschistes et la réintégration des partisans du président déchu Blaise Compaoré dans la compétition électorale, ont manifestement mis le feu aux poudres, comme le montrent les déclarations de jeunes militants sur les barricades de Ouagadougou.

"Des principes clairs doivent guider une recherche de sortie de crise", principes "que la Cédéao doit défendre notamment en matière d'ancrage démocratique", estime l'analyste politique Gilles Yabi, fondateur du "think tank citoyen" africain Wathi.

"Mais à lire les différents points (du projet), on a l'impression que les points essentiels avalisent les arguments des auteurs du coup d'Etat", souligne Gilles Yabi.

Cette stratégie de la Cédéao de vouloir absolument "sortir de la crise par des négociations rapides" aboutit à des règlements contenant "les germes de futurs problèmes".

- Menace sur la transition -

 

Responsable pour l'Afrique de l'Ouest du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG) et spécialiste du Burkina Faso, Rinaldo Depagne juge également que "c'est une médiation qui a travaillé dans l'urgence et qui n'a pas été très bien préparée".

"Ce sont des gens peu habitués à jouer le rôle de médiateur dans un conflit aussi dur et complexe", remarque-t-il au sujet des présidents sénégalais Sall et béninois Thomas Boni Yayi.

"La Cédéao n'a pas fait preuve d'assez de fermeté", contrairement à l'Union africaine (UA) qui a rapidement décrété des sanctions, souligne Rinaldo Depagne.

Le chef des putschistes "Gilbert Diendéré est un homme qui a un passé. Il a trempé dans les coups d'Etat de 1983 et de 1987", rappelle-t-il. "Il faut qu'il soit isolé financièrement, diplomatiquement et politiquement". 

"S'il se maintient au pouvoir, une partie de la population burkinabè va lui faire la guerre", selon l'analyste, un pronostic en passe de se vérifier quelques heures plus tard avec l'annonce de mouvements de troupes loyalistes. 

"Si l'on amnistie les gens du RSP, la transition sera menacée en permanence", dit-il, considérant néanmoins cette hypothèse comme peut-être dépassée par les derniers événements: "Dès que leurs privilèges ou leurs intérêts seront menacés, ils referont irruption sur la scène politique".

La Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho, ONG panafricaine basée dans la capitale sénégalaise) et deux associations burkinabè basées à Dakar exprimaient aussi lundi "leur désaccord par rapport aux propositions de sortie de crise des médiateurs de la Cédéao, notamment celle relative à l'amnistie des putschistes du RSP".

Dans un communiqué, ces organisations "lancent un appel pressant aux chefs d'Etat de la Cédéao qui se réunissent" mardi "à Abuja pour le rejet de toute forme d'amnistie des putschistes, car la cautionner les rendrait responsables de l'aggravation de la crise socio-politique au Burkina Faso".

 

AFP

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