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Cameroun: 400 civils tués par Boko Haram depuis 2014, violences militaires

Le groupe islamiste nigérian Boko Haram "a massacré près de 400 civils dans le nord du Cameroun" depuis 2014, provoquant une "réaction brutale" des forces de sécurité camerounaises qui ont tué des dizaines de civils, affirme Amnesty International dans un rapport publié mercredi.

Dans ce rapport présenté au cours d'une conférence de presse à Yaoundé, l'ONG Amnesty International revient sur certaines des tueries attribuées aux  islamistes nigérians depuis janvier 2014. 

"A Amchidé (Extrême-Nord, ville frontalière du Nigeria), des centaines, voire un millier de combattants de Boko Haram, ont attaqué le village le 15 octobre 2014, faisant au moins 30 victimes civiles, dont des personnes accusées de collaborer avec les autorités de l'Etat", rapporte le document. 

Le 17 avril 2015, plus de 100 combattants de Boko Haram ont pris d'assaut la ville de Bia (Extrême-Nord), tuant 16 civils, dont deux enfants. 

"Quartier après quartier, ils ont tué des gens et tout brûlé (150 maisons)", raconte un témoin de l'assaut de Bia cité par Amnesty International. Selon l'ONG, "Boko Haram abat, brûle ou égorge" au cours de ses attaques.

"En réponse, les forces de sécurités camerounaises ont attaqué des villages, détruisant des maisons, tuant des civils et arrêtant plus de 1.000 suspects, dont certains n'étaient âgés que de 5 ans", s'indigne l'organisation.

Selon Amnesty, "des événements graves, notamment la mort de 25 personnes en garde à vue, n'ont donné lieu à aucune enquête sérieuse", et "on est toujours sans nouvelles de plus de 130 personnes". 

L'ONG appelle à une enquête indépendante pour faire la lumière notamment sur le sort de 200 hommes et garçons arrêtés fin 2014 dans deux village de l'Extrême-Nord, et dont beaucoup seraient morts durant leur garde à vue à Maroua, le chef-lieu de la région. 

Environ 700 membres présumés de Boko Haram sont actuellement détenus dans la prison surpeuplée de Maroua.

Amnesty dit être aussi en possession d'images et photos-satellite qui "confirment l'ampleur des destructions causées par les forces de sécurité et décrites par des dizaines de témoins". 

"Il ne faut pas, en combattant Boko Haram, violer les droits des civils innocents. Il faut le faire avec discernement et professionnalisme", a affirmé à la presse Alioune Tine, directeur pour l'Afrique centrale et de l'Ouest à Amnesty International. 

Le rapport a été rédigé après trois missions menées en février, mars et avril 2015 dans l'Extrême-Nord, sur la base de témoignages de 160 personnes.

Les personnes interrogées sont des victimes et des témoins d'attaques perpétrées par Boko Haram et les forces de sécurité camerounaises, mais aussi des représentants du gouvernement (dont le ministre de la Justice), des membres des forces de sécurité, des journalistes, des défenseurs des droits de l'Homme, des diplomates, des travailleurs humanitaires et divers autres experts.

Au vu des éléments de preuve réunis jusqu'à présent, Amnesty International estime qu'un conflit armé interne a lieu dans la région et que le droit international humanitaire doit être appliqué.

L'Extrême-Nord du Cameroun est depuis deux ans la cible d'attaques régulières de Boko Haram. Depuis juillet, plus de 100 personnes y ont été tuées dans neuf attentats-suicides.

Le gouvernement camerounais y a considérablement renforcé sa présence militaire, appuyé par des forces tchadiennes, sans pour autant pouvoir faire cesser les attaques des islamistes nigérians, basés de l'autre côté de la frontière.

AFP

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