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L'ancien chef rebelle, Bosco Ntaganda, en 2009. REUTERS/Paul Harera
L'ancien chef rebelle, Bosco Ntaganda, en 2009. REUTERS/Paul Harera

Pour faire de la politique en RDC, il faut souvent être un ancien rebelle

De nombreux élus ou politiciens congolais sont passés par la rébellion avant d'accéder au pouvoir.

«Ancien rebelle». C'est une mention présente sur le CV de nombreux responsables politiques en République démocratique du Congo. Président, ministres, députés, sénateurs ou généraux: beaucoup d'ex-rebelles occupent des postes clefs en dans le pays à l'heure où la Cour pénale internationale (CPI) juge Bosco Ntaganda. Depuis le 2 septembre, cet ancien chef de milice comparaît à La Haye pour des crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis en 2002-2003 dans le nord-est du pays. 

Surnommé "Terminator", car réputé sans pitié, Ntaganda a évolué dans plusieurs rébellions jusqu'à être intégré dans l'armée congolaise en 2009 avec le grade de général à la faveur d'une amnistie accordée à plusieurs groupes armés. Pour Kinshasa, c'était alors le prix à payer pour la paix. La recette avait servi à l'issue de la deuxième guerre du Congo (1998-2003) ayant opposé plusieurs armées étrangères et rébellions congolaises au pouvoir central tenu par un ancien rebelle, Laurent-Désiré Kabila.

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Assassiné en 2001 à Kinshasa, celui-ci fut remplacé par son fils Joseph, l'actuel président, qui avait fait ses armes dans l'Alliance des forces démocratiques de libération (AFDL), la rébellion de son père ayant chassé en 1997 le dictateur Mobutu Sese Seko. La deuxième guerre du Congo a été suivie d'une période de transition confiant la direction du pays à un président, Joseph Kabila, entouré de quatre vice-présidents, dont deux issus des rebelles : Azarias Ruberwa, du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et Jean-Pierre Bemba, du Mouvement de libération du Congo (MLC).

Battu par Joseph Kabila à la présidentielle de 2006, M. Bemba est aujourd'hui jugé par la CPI pour des crimes commis en Centrafrique, mais il fait plutôt figure d'exception, et est toujours sénateur. Sur la quarantaine de ministres que compte le gouvernement actuel, une dizaine sont d'anciens du RCD ou du MLC (qui se sont mués en partis politiques). Dans l'armée, on ne compte plus les officiers supérieurs ou généraux passés par le RCD.

Joseph Kabila, le président congolais. Photo AFP

De nombreux crimes impunis

"La contestation a toujours été positive", estime Tryphon Kin Kiey, ministre des Relations avec le Parlement et ancien chargé de la communication du RCD. "Elle permet de faire évoluer, dit-il, la France, si elle est là où elle est aujourd'hui, c'est parce qu'il y a eu des contestations." Prendre les armes "fut utile", mais "la rébellion armée n'est jamais une marque honorable", nuance Olivier Kamitatu, ex-MLC ministre du Plan, "je regrette pour ceux qui en ont souffert".

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"Le seul tremplin" pour accéder aux responsabilités "demeure le peuple", assure cet homme politique membre d'un petit groupe de la majorité appelant M. Kabila à ne pas céder à la tentation du pouvoir et à céder sa place fin 2016 comme la Constitution l'y oblige. En 2010, l'ONU a publié un rapport monumental dressant l'inventaire de 617 crimes graves ayant fait des dizaines de milliers de morts civils entre 1993, date du début des troubles à caractère ethniques dans l'est de la RDC, et 2003. La quasi-totalité de ces crimes est restée impunie à ce jour.

En dépit de "progrès", "il reste un grand fossé d'impunité pour les graves violations des droits humains" commises par toutes les parties en conflit durant cette décennie noire, regrette José Maria Aranaz, chef du Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l'Homme à Kinshasa. Après son intégration dans l'armée, Ntaganda a bénéficié pendant plusieurs années de la protection du pouvoir, qui a refusé de céder aux injonctions internationales pressant de le livrer à la CPI.

Pas d'amnistie

Sentant faiblir la détermination des autorités, il désertera en 2012 pour se lancer quelques mois dans l'aventure du Mouvement du 23 Mars (M23), dernier avatar des rébellions à dominante tutsi dans l'Est congolais, avant d'être contraint de se livrer à la CPI. Depuis l'adoption de la loi de réforme de l'armée de 2011, Kinshasa refuse catégoriquement d'offrir l'amnistie en bloc aux dizaines de groupes armés congolais encore présents dans l'est et d'intégrer leurs combattants en son sein. 

L'amnistie n'offre aucune "garantie par rapport à la récidive" alors "jamais on ne reviendra en arrière", affirme François Muamba, ex-MLC chargé de suivre l'accord ayant mis fin à la rébellion du M23, vaincue en novembre 2013. Certains chefs rebelles ont tenté en vain de négocier leur reddition en échange d'une intégration dans l'armée : ils sont aujourd'hui morts ou en prison.

D'autres n'ont jamais été inquiétés. Ainsi Sheka Ntabo Ntaberi, dont la milice est accusée d'avoir commis des viols en masse en 2010 dans l'est : il a battu librement campagne pendant les législatives de 2011. Non élu, il continue de sévir en brousse. 

Slate Afrique avec AFP

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