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 Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, le 15 juin 2015 à Alger POOL/AFP/Archives Alain Jocard
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, le 15 juin 2015 à Alger POOL/AFP/Archives Alain Jocard

En Algérie, les préparatifs de l'après-Bouteflika s'accélèrent

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika et son entourage ont désormais toute latitude pour préparer la succession à la tête de l'Etat après le départ du puissant général Toufik, qui marque leur prise de contrôle totale sur l'armée et ses services de renseignements. Après seize ans à la tête de l'Etat, M. Bouteflika "est aujourd'hui seul sur la scène", résume le politologue Rachid Grim, au lendemain de l'annonce de la mise à la retraite du "Dieu de l'Algérie", le surnom donné au général Toufik.

"Maintenant, on passe à la deuxième étape: la succession" du président de 78 ans, affaibli par la maladie à la suite d'un AVC qui a affecté en 2013 son élocution et sa mobilité, précise M. Grim. "Il se prépare à laisser le pouvoir mais en contrôlant sa propre succession". Signe du choc qu'il a provoqué à Alger, le limogeage du tout-puissant patron du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) depuis un quart de siècle a fait lundi la une de toute la presse, qui titrait sur "la fin d'une époque".

Pour quelle finalité? s'interrogent les commentateurs. Le scénario a-t-il été écrit par M. Bouteflika lui-même malgré sa maladie, ou par ses proches, notamment son frère Saïd, discret conseiller à qui l'on prête d'immenses pouvoirs et même des ambitions présidentielles? Un ancien fonctionnaire de la présidence assure sous le couvert de l'anonymat que "Bouteflika prend des conseils mais décide lui-même malgré sa maladie parce que personne ne connait le sérail autant que lui".

Pour le Quotidien d'Oran, "on ne sait si le pouvoir va changer de main dans peu de temps", mais "l'après-Bouteflika n'est en tout cas pas loin même si son clan, avec à sa tête son frère Saïd, détient tous les pouvoirs". M. Bouteflika avait affirmé en juillet qu'il souhaitait finir son quatrième quinquennat qui court jusqu'en avril 2019.

L'effeuillage de l'artichaut

Ce dernier épisode de la restructuration du DRS que représente le départ du général Toufik "achève la première étape" du contrôle par M. Bouteflika de l'armée et de ses services de renseignement considérés comme les détenteurs du "pouvoir réél", la présidence et le gouvernement n'étant qu'un pouvoir de façade, estime M. Grim.

"Il s'est tracé un scénario qu'il est en train de mettre en oeuvre, faisant du DRS une coquille vide" depuis fin 2013 en le dépouillant de très nombreuses missions. Ces dernières ont été confiées au chef de l'état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, promu à ce rang par M. Bouteflika qui avait congédié en 2004  l'ancien homme fort de l'armée algérienne, le général Mohamed Lamari, alors hostile à un deuxième mandat présidentiel.

Le Quotidien d'Oran évoque un "effeuillage de l'artichaut" pour décrire l'opération de restructuration du DRS, qui a abouti à dépouiller son patron de sa "force menaçante". Selon Rachid Grim, le renvoi du général Toufik "n'est pas le résultat d'une décision hâtive" mais "l'aboutissement d'un long processus entamé par M. Bouteflika dès son arrivée" à la présidence en 1999. Il avait tout de suite averti qu'il ne serait pas un "trois quarts de président" en réponse à une question sur une éventuelle "ligne rouge" tracée par les généraux qui ont fait appel à lui pour succéder au président Liamine Zeroual qui a démissionné.

"Bouteflika n'est pas Bourguiba", l'ancien président de Tunisie, atteint de sénilité avant d'être déposé par Zine el-Abidine Bénali en 1987, souligne M. Grim. Cet expert ne croit pas à l'hypothèse d'une candidature du frère Saïd. "Bouteflika veut juste mettre ses proches à l'abri d'éventuels règlements de compte" après son départ, selon lui.

Le président ne prépare pas son frère à lui succéder, avait également assuré en juin son directeur de cabinet, Ahmed Ouyahia, ajoutant que Saïd Bouteflika "n'est pas quelqu'un qui est en train d'agir en ce sens". Agé de 58 ans, Saïd Bouteflika, ancien syndicaliste et ancien professeur à l'université des sciences et de la technologie d'Alger, a rejoint la présidence comme conseiller spécial à l'élection de son frère aîné en 1999.

AFP

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