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Sous Habré, la faim tuait plus que la torture dans les prisons tchadiennes

La faim tuait bien plus que la torture dans les prisons tchadiennes, pendant le régime de l'ex-président Hissène Habré (1982-1990), a affirmé vendredi un ancien responsable d'Amnesty International, devant le tribunal spécial qui juge l'ex-dirigeant tchadien à Dakar.

"La plupart des morts n'était pas" liées aux "tortures mais à ce qu'on a appelé en Guinée Conakry la diète noire, la privation de nourriture mais aussi de boissons et de manque de soins médicaux", a témoigné Mike Dottridge, en poste à Amnesty International de 1977 à 1995.

La répression en Guinée sous le premier président Sékou Touré (1958-1984) a fait selon les estimations des organisations des droits de l'Homme, quelque 50.000 morts ou disparus, dont de nombreuses victimes de la faim au tristement célèbre camp Boiro, dans la banlieue de Conakry.

"La nourriture était en quantité tellement petite que le prisonnier en mourrait", a précisé M. Dottridge. Amnesty a, selon lui, publié plusieurs rapports sur le Tchad pendant le pouvoir de M. Habré.

Il a détaillé plusieurs formes de tortures pratiquées au Tchad pendant cette période.

"La méthode arbatachar a été bien documentée", a indiqué M. Dottridge. Elle consiste à attacher dans le dos les bras et les jambes du détenu, provoquant de graves difformités et la paralysie des membres.

Il cite, sans plus de détail, "la méthodes des baguettes, avec des morceaux de bois. Le sang coule du nez de la victime".

"Il y avait une autre méthode qui obligeait la victime à boire énormément d'eau avec du piment", ou encore une autre par laquelle "une pipe est mise dans la bouche de la victime où on introduit du gaz" d'échappement, en plus de "la torture avec des décharges électriques".

Par ailleurs, la défense commise d'office par le tribunal spécial pour la défense de M. Habré a continué vendredi à intervenir dans les débats, en posant des questions à un témoin.

Depuis l'ouverture des débats, le prévenu refuse de s'exprimer devant ce tribunal qu'il récuse et ne collabore pas avec les trois avocats commis d'office, tous membres du barreau de Dakar. M. Habré a demandé aux défenseurs qu'il a choisis de boycotter le procès.

"C'est dommage qu'il (Hissène Habré) ne coopère pas. Le dossier est défendable", avait déclaré à la presse l'un d'eux, Me Mbaye Sène.

L'audience, qui se tient au Palais de justice de Dakar, a été suspendue vendredi et doit se poursuivre lundi avec l'audition de nouveaux témoins.

Le procès devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), tribunal spécial créé en vertu d'un accord entre le Sénégal et l'Union africaine (UA), s'est ouvert le 20 juillet et a été ajourné de 45 jours dès le lendemain pour permettre aux avocats commis d'office en défense de prendre connaissance du dossier.

En détention depuis deux ans au Sénégal, où il a trouvé refuge en décembre 1990 après avoir été renversé par l'actuel président tchadien Idriss Deby Itno, Hissène Habré est poursuivi pour "crimes contre l'humanité, crimes de guerre et crimes de torture", crimes pour lesquels il encourt jusqu'aux travaux forcés à perpétuité.

La répression sous son régime a fait 40.000 morts, selon les estimations d'une commission d'enquête tchadienne.

AFP

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