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Robert Mugabe, 91 ans, dirige toujours le Zimbabwe d'une main de fer. Photo: REUTERS/Philimon Bulawayo
Robert Mugabe, 91 ans, dirige toujours le Zimbabwe d'une main de fer. Photo: REUTERS/Philimon Bulawayo

Mauvaise nouvelle, la mort d'un dictateur est rarement suivie d'une transition démocratique

Plusieurs chefs d'Etat aux pratiques autoritaires sont âgés de plus de 70 ans en Afrique.

Il y a 55 dirigeants aux pratiques autoritaires dans le monde, et 11 d'entre-eux ont plus de 69 ans. Un âge ou la question de la succession commence à prendre beaucoup de place. En Afrique, ils sont plusieurs à avoir dépassé cet âge, et à s'accrocher au pouvoir de façon autoritaire - ou très très autoritaire - sans que l'on sache si leur départ ou leur mort ouvrira une ère plus démocratique.

José Eduardo dos Santos (73 ans), en Angola, ou Robert Mugabe, au Zimbabwe, tiennent ainsi les rênes du pouvoir de façon absolue depuis plusieurs décennies. Si certains espèrent qu'après le départ de ces dictateurs, la démocratie prendra le relais, il y a aussi des craintes que les morts de ces leaders au long cours suscitent d'intenses batailles politiques et des luttes intestines ou des émeutes populaires qui plongeront ces pays dans le chaos.

Mais contrairement à d'autres, certains sont plus prévoyants, comme le président algérien Abdelaziz Bouteflika, le Camerounais Paul Biya ou le leader du Soudan, Omar el-Béchir, qui ont déjà tous désigné des héritiers crédibles pour prendre leur suite. 

Le dictateur est mort! Longue vie au dictateur! 

Transition démocratique, chaos ou transmission du pouvoir à un héritier, toutes ces combinaisons semblent plausibles après la mort d'un dictateur. Mais nos recherches montrent que certains scénarios ont plus de chances de se produire que d'autres. Nous avons étudié le cas de 79 dictateurs qui sont morts au pouvoir dans le monde entier entre 1946 et 2014, et la mort d'un despote ne débouche quasiment jamais sur une transition démocratique, ni sur une période de chaos. Dans la très grande majorité des cas, 92% pour être très précis, le régime persiste après la mort du dictateur. 

Les décès de Meles Zenawi en Ethiopie en 2012, ou ailleurs dans le monde celui de Kim Jong II en Corée du Nord en 2011, illustrent cette statistique. En comparaison des régimes dirigés par des autocrates - qui ne sont pas des dictatures à proprement parler -, dont la fin brutal se termine souvent par une période de chaos, la dictature pure et dure est un cadre plus stable.

Lors de la mort d'un autocrate, il est non seulement rare de voir appaître un régime démocratique à sa suite, mais également une période de libéralisation. Les dirigeants qui prennent le pouvoir à la mort d'un autocrate et qui tentent de dévier quelque peu du statut quo provoquent des résistances chez les membres de la «vieille garde» - qui gardent le contrôle sur les léviers du pouvoir et ont intérêt à limiter les changements dans le nouveau système politique.

Omar el-Béchir, chef d'Etat du Soudan depuis 1993. Photo: Reuters.

De la difficulté de succéder à un autocrate

On oublie souvent que le brutal dictateur syrien Bashar al-Assad est arrivé au pouvoir après la mort de son père en 2000 en espérant libéraliser le pays. Peu après son arrivée à la tête de l'Etat, il commenca à mettre en place une série de réformes politiques, qui incluaient une plus grande liberté de la presse, des libérations de prisonniers politiques et un meilleur accès à Internet. Mais la volonté réformatrice du président Assad a été limitée par des figures influentes sous le règne de son père, qui ont exercé leur poids politique pour bloquer les réformes de son fils et empêcher leur mise en place.

Nous avons aussi remarqué que les coups d'Etat et les soulèvements populaires suivent rarement la mort d'un dictateur. Pendant l'année qui suit le décès d'un despote au pouvoir, des coups d'Etat ne se produisent que dans 6% des cas, alors que ce taux monte à 32% lors des douze mois qui suivent la mort d'un autocrate. Même chose pour les soulèvements de la rue qui sont plus rares après la mort d'un dictateur qu'après celle d'un autocrate. Ce constat persiste même lorsque nous avons élargi le spectre en étudiant ce qui se passait dans les cinq années suivantes de la disparition de ces deux types de dirigeants pas très recommandables.

L'une des explications à cette meilleure survivance des régimes dictatoriaux tient peut-être en un chiffre: les dictateurs restent en moyenne 16 ans au pouvoir depuis 1946, contre sept ans pour les autocrates. Une telle longévité est seulement possible en développement un cercle rapproché de supporters d'élites qui sont hautement investis dans le maintien du statut quo et assez liés avec les institutions pour utiliser celles-ci comme un outil pour bloquer tout changement. 

Un non-évènement politique

Mais le régime d'un dictateur peut aussi se lézarder.

Nos recherches indiquent qu'une récente instabilité renforce les perspectives qu'un pays soit confronté dans un futur proche à une nouvelle période d'instabilité. Car les mouvements de contestation du pouvoir produisent des segments de population qui possèdent un réseau et une expérience qui seront utiles pour mobiliser autour d'eux lors de mouvements populaires qui peuvent se produire lors d'une période de transition à la tête de l'Etat. Par exemple, des épisodes de contestation dans un passé récent ont contribué à des soulèvements lors de la mort de Lansana Conté en Guinée en 2008, ou lors de la mort du président gabonais Omar Bongo en 2009.

Malheureusement, nos observations montrent que les 11 autocrates les plus âgés au monde offrent peu d'espoirs de laisser place à des transitions démocratiques après eux. À la place d'un vent de changement, les morts de ces dirigeants qui s'accrochent au pouvoir seront probablement suivies d'un régimie autoritaire identique à celui qu'ils ont installé. Finalement, la mort d'un dictateur est bien souvent un non-évènement politique.

Andrea Kendall et Erica Frantz pour Foreign Policy

Traduit et adapté par Camille Belsoeur

Foreign Policy

Les articles signés Foreign Policy ont d'abord été publiés en anglais sur le site Foreign Policy, magazine en ligne américain de Slate Group, spécialisé dans les affaires étrangères et l'économie.

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