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RDC: des réfugiés burundais veulent rester dans l'est du pays

"Mon espoir est perdu de retourner dans mon pays natal parce que c'est la quatrième fois que je fuis", raconte Célestin, Burundais de 24 ans qui s'est exilé dans l'est de la République démocratique du Congo pour échapper à la nouvelle crise qui mine son pays.

Célestin vit avec près de 7.500 réfugiés dans le camp de Lusenda, mis en place en juin dans la province troublée du Sud-Kivu et situé à quelques dizaines de kilomètres de la frontière avec le Burundi. Quelque 6.500 autres Burundais se sont installés dans des familles d'accueil de la région.

Entre 1993 et 2006, beaucoup d'entre eux avaient fui la guerre civile (300.000 morts) ayant opposé l'armée dominée par la minorité tutsi et la rébellion hutu CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie - Forces de défense de la démocratie) de l'actuel président Pierre Nkurunziza. 

Cette fois, ils ont fui la crise qui a éclaté en avril avec la volonté marquée de M. Nkurunziza de briguer un troisième mandat, contre l'avis de l'opposition, qui jugeait sa démarche anticonstitutionnelle.

A Bujumbura, les manifestations dénonçant les ambitions du président sortant ont été réprimées dans le sang et celui-ci a finalement été réélu en juillet lors d'un scrutin jugé non crédible par la quasi-totalité de la communauté internationale. 

Les violences, elles, continuent : la capitale est le théâtre d'attaques armées contre la police et d'assassinats ciblés depuis un coup d'État militaire manqué en mai. En tout, la crise a fait plus de 100.000 réfugiés, surtout répartis entre la Tanzanie et le Rwanda, selon l'ONU. 

"J'ai participé aux manifestations et j'étais recherché par les Imbonerakure (miliciens pro-gouvernementaux, NDLR). Je n'ai aucun intérêt à rentrer car ceux qui ont causé ma fuite sont encore au pouvoir", raconte Alain, 20 ans, parti en avril. 

Léa, 22 ans, avait fui la guerre, enfant, en 1993 et a marché de longs kilomètres enceinte de sept mois avant d'arriver à Lusenda. "Les Imbonerakure ont l'habitude de voler, de brûler les maisons. J'ai vu la maison de mes voisins brûlée, alors j'ai décidé de partir", confie-t-elle.

- 'Grande peur' -

"Imbonerakure". C'est la "grande peur" des réfugiés, qui sont "traumatisés", explique José Maria Aranaz, chef du Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l'Homme (BCNUDH) en RDC, qui s'est récemment rendu dans le camp. 

M. Aranaz indique avoir demandé un renforcement de la présence des Casques bleus dans la zone de Lusenda pour "prévenir une tentative d'attaque", à la suite de "rumeurs persistantes" faisant état d'"infiltrations" de cette "organisation terroriste" dans le camp. L'armée congolaise a aussi envoyé des renforts, dit-il. 

Au Burundi, "les Imbonerakure rentrent dans les maisons la nuit et, si vous n'êtes pas du parti au pouvoir, on vous fait sortir, et on vous tue", affirme Omar, 26 ans, arrivé en mars en RDC. 

Terence, 21 ans, qui a fui les conflits par trois fois - en 1993 et 1998 en Tanzanie, et en juin en RDC - explique que ses parents ont été tués par les "Imbonerakure".

"Le cadre de protection et la paix dans le pays sont insuffisants, justifie-t-il. Même si aujourd'hui on déclare que tout est normal, c'est mieux de rester ici. J'ai perdu tout espoir qu'un jour il y aura la paix. C'est la faute de Nkurunziza et des Imbonerakure". 

Célestin, lui, n'a pas été endeuillé par les miliciens, mais par son oncle paternel, un "général proche du président" qui a "ordonné" de tuer ses parents et neuf de ses frères et s½urs. "Mon oncle a forcé mon père à intégrer le parti au pouvoir. Mon père a refusé et il a donné l'ordre de tuer", dit-il. 

Aujourd'hui, il recommence à sourire et au nom de sa foi chrétienne, il se dit prêt à pardonner. Mais il se jure de ne jamais entrer en politique "parce que pour ceux qui sont élus l'habitude est la même: tuer les habitants". 

AFP

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