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Un camp de réfugiés au Sud-Soudan, en juin 2015 (REUTERS/Thomas Mukoya)
Un camp de réfugiés au Sud-Soudan, en juin 2015 (REUTERS/Thomas Mukoya)

Migrations politiques et climatiques, le «cocktail toxique» qui empoisonne le Soudan du Sud

Dans ce pays ravagé par la guerre civile, les réfugiés se retrouvent à la merci de climats hostiles.

Dans un cycle toujours plus vicieux, des conflits forcent des populations à partir de chez elles –avant que des inondations ou des glissements de terrain les obligent à abandonner les tentes de l'ONU où elles avaient trouvé refuge. Un marais n'est pas un endroit où vivre sous la tente. La boue se transforme en ruisseau ou en torrent de crasse lorsque la pluie arrive, faisant grouiller les moustiques et les maladies qu'ils charrient. Les maigres matelas se détrempent et vous contraignent à dormir dans une humidité malsaine.

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À Bentiu, capitale d'Unité, État du nord du Soudan du Sud, cette situation est désormais la norme pour au moins 70.000 personnes. Depuis 2013, une interminable guerre civile force les populations à partir de chez elles, fuyant les groupes armés et leurs raids d'une violence extrême. Mais sans infrastructure d'urgence suffisamment bien pensée et résistante pour gérer l'afflux de déplacés, les réfugiés intérieurs sont obligés de s'en remettre aux camps des Nations Unies les plus proches. Ces sites peuvent éclore dans des endroits inhospitaliers, autant d'expédients de fortune offrant un peu de protection à des populations toujours plus vulnérables. À Bentiu, l'urgence a fait s'installer le camp dans une zone humide. Et lorsqu'il pleut, la vie dans le marais devient exactement comme vous pouvez l'imaginer: indigente.

1,3 million de déplacés

L'an dernier, au milieu de l'été –le pic de la saison des pluies au Sud-Soudan–, les choses sont allées de mal en pis pour les déplacés de Bentiu: 

«Les inondations les ont fait vivre avec de l'eau jusqu'au genou, de l'eau d’égout contaminée par les déjections et les immondices, rapportait Médecins sans frontièresBeaucoup dormaient debout, leurs enfants dans les bras».

D'autres ont préféré fuir. Encore. Le nombre de malades souffrant du paludisme a explosé, et 175 latrines allaient déborder, augmentant par la même occasion les risques d'une épidémie de choléra.

Les réfugiés de Bentiu n'ont pas été les seuls à connaître ce sort. À la mi-août 2014, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU estimait qu'environ 70% des 1,3 million de déplacés par la guerre au Sud-Soudan vivaient dans des zones inondables. 

La situation du camp de Bentiu est qualifiée de «cocktail toxique» dans un récent rapport sur les déplacements dus aux catastrophes naturelles publié par l'IDMC, un organisme de surveillance des réfugiés intérieurs basé à Genève. Cette formule résume le destin des déplacés de guerre aboutissant dans une nouvelle impasse, celle-ci creusée par Dame Nature. «En Afrique subsaharienne, il est rare qu'un déplacé le soit une seule fois», confirme Alexandra Bilak, directrice chargée de la politique et de la recherche au sein de l'IDMC, et co-auteure du rapport.

Lauren Wolfe et Foreign Policy

Traduit par Bérengère Viennot 

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