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Afrique du Sud: les fermiers noirs veulent bousculer les préjugés raciaux

En Afrique du Sud, l'élevage de gibier sauvage est encore largement l'affaire des Afrikaners blancs. Mais certains entrepreneurs noirs comme Mike Gcabo tentent de devenir eux aussi des acteurs majeurs de ce secteur lucratif. 

Jusqu'au début des années 90, ces Blancs ont prospéré grâce aux lois du régime raciste de l'apartheid, qui privait les populations noires de l'accès à la terre. Aujourd'hui, de nouveaux éleveurs comme Mike Gcabo entrent dans le jeu.

"Plusieurs investisseurs noirs m'ont rejoint et j'ai tout fait pour les intégrer", explique l'éleveur de 48 ans, casquette de base-ball vissée sur le front. "Si je ne le fais pas, qui le fera ?", poursuit-il.

Chasse, parcs privés et investisseurs sont de gros consommateurs d'animaux "sauvages" de qualité génétique supérieure, et chaque année de riches fermiers dépensent des dizaines de millions de dollars dans des enchères à travers le pays, où les éleveurs vendent leurs animaux sauvages de premier choix. 

Certains de ces animaux iront directement enrichir l'armoire à trophées de chasseurs prêts à payer des fortunes pour abattre un impala noir, un gnou doré ou un buffle avec d'énormes cornes. 

Mais les plus beaux animaux sont conservés pour l'élevage, un investissement encore plus rentable que l'immobilier ou la finance. 

"Je travaille avec des communautés locales pour les aider à démarrer l'élevage. On fournit un mâle et ils fournissent une femelle", explique Mike Gcabo, ce qui permet à certaines personnes de ne pas avoir à vendre leurs bêtes. 

L'approche collaborative de cet homme, un ancien consultant minier, est rare en Afrique du Sud, où la question de la propriété des terres demeure un sujet de tensions.

Les Combattants pour la liberté économique, troisième formation politique du pays, demandent l'expropriation de certaines terres sans compensation pour leurs propriétaires actuels. 

Et nombre de fermiers blancs craignent que l'Afrique du Sud ne suive la voie du Zimbabwe, où la réforme agraire et la saisie brutale des terres ont plongé le pays dans une crise économique sans précédent. 

- Seulement 1% d'éleveurs noirs -

Dans sa ferme, sous le soleil de plomb du désert du Kalahari, Mike Gcabo rassemble ses meilleurs impalas et gnous, qui ont été vendus lors de sa toute première enchère il y a quelques mois. 

D'autres éleveurs, en grande majorité des Blancs qui parlent exclusivement afrikaans sont venus l'aider à capturer et charger sur un camion un impala noir dont la valeur est estimée à 24.000 dollars, pour le livrer à son nouveau propriétaire. 

Le travail pour gommer les inégalités demeure immense : seules 15 fermes sur 1.500 enregistrées auprès de l'association des éleveurs sud-africains appartiennent à des Noirs, soit 1%.

"Evidemment avec la démocratie il y a de nouveaux venus", note Peter Oberem, le président de l'association, qui admet que le secteur a besoin de se diversifier pour continuer de grandir. 

"Le plus illustre d'entre eux est Cyril Ramaphosa", ajoute-t-il. Le vice-président sud-africain, l'une des plus grandes fortunes du pays est connu pour sa passion pour l'élevage de gibier. Il avait cependant dû s'excuser publiquement pour avoir dépensé 2 millions de dollars pour un buffle en 2012 alors que le revenu moyen d'un foyer sud-africain ne dépasse pas 7.000 dollars par an. 

M. Oberem est actuellement en discussion avec le gouvernement pour collaborer avec des fermiers noirs qui ont des terres afin de les aider à se lancer dans l'élevage. 

"On devrait tous aller dans le même sens", estime Peter Lambrecht, un éleveur qui travaille avec Mike Gcabo. "Ce n'est pas une industrie pour les hommes blancs, c'est une industrie pour quiconque croit en l'avenir de ce business", ajoute t-il. 

Mike Gcabo sait que les barrières financières demeurent trop élevées pour de nombreux Sud-africains. Mais lui-même est déjà devenu un modèle : son neveu Lesego l'aide à charger les animaux et à les prendre en photo.

"Si ça ne tenait qu'à moi, je commencerais dès demain. Mais pour l'instant j'essaie d'apprendre", explique ce jeune homme de 24 ans. 

Son oncle se veut optimiste: "Si on continue d'accueillir de nouveaux venus, ce que j'essaie d'encourager, je pense que cette industrie va grandir à pas de géants".

AFP

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