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 Le président Abdelaziz Bouteflika, le 15 juin 2015 à Alger POOL/AFP/Archives Alain Jocard
Le président Abdelaziz Bouteflika, le 15 juin 2015 à Alger POOL/AFP/Archives Alain Jocard

En Algérie, Bouteflika et ses proches reprennent la main sur la sécurité

Les puissants services secrets algériens sont poussés en touche par la présidence.

L'arrestation du patron de la lutte antiterrorisme en Algérie quelques semaines après d'importants changements au sein de la hiérarchie militaire confirment la perte d'influence des puissants services de renseignements délestés par le président Abdelaziz Bouteflika et ses proches de nombreuses missions.

Le général Hassan, surnommé "M. Antiterrorisme", est écroué à la prison militaire de Blida, près d'Alger, depuis son interpellation le 27 août, selon la presse. Cette arrestation n'a depuis pas été officiellement confirmée. "Le général Hassan subit les dommages collatéraux" de la guerre des tranchées entre El Mouradia, siège de la présidence, et le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS), a résumé le quotidien El Watan.

Le général Hassan, de son vrai nom Abdelkader Ait-Ouarab, dirigeait jusqu'à son brutal limogeage début 2014 une unité d'élite des services secrets, le Scorat (Service de coordination opérationnelle et de renseignement antiterroriste), qui a notamment mené l'assaut contre les preneurs d'otage du site gazier de Tiguentourine en janvier 2013. Cette unité est désormais sous la tutelle de l'état-major.

Quelques semaines avant l'arrestation inédite de cet officier proche du patron du Renseignement, le général Mohamed Mediene, dit Toufik, le président Bouteflika a effectué en juillet des changements à des postes clés de l'armée. Ils ont touché deux autres proches du général Toufik: le chef du contre-espionnage et le directeur de la sécurité présidentielle dont le service est passé depuis sous le contrôle de l'état-major.

Selon El Watan, "de nombreux autres cadres des services, notamment ceux qui se sont illustrés dans la lutte contre le terrorisme se sont retrouvés sur la liste des admissibles à la retraite à un âge compris entre 38 et 50 ans". En vertu d'une loi de 2006 sur les personnels militaires, le chef de l'Etat peut envoyer à la retraite ou maintenir en fonction qui il veut au sein du commandement de l'armée.

En un an et demi, le tout-puissant Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) a perdu de nombreuses prérogatives qui faisaient de lui le détenteur du "pouvoir réel" en Algérie où le chef de l'Etat a toujours été choisi par le commandement de l'armée. Mais M. Bouteflika avertissait dès son arrivée en 1999 qu'il ne serait pas "un trois-quart de président".

La fin d'«un Etat dans l'Etat»

"Actuellement, la présidence a pris le pouvoir" en menant ces réformes, analyse le politologue Rachid Grim interrogé par l'AFP. "La lutte arrive à sa fin et le président Bouteflika a conquis le pouvoir occulte" détenu par le DRS, "un Etat dans l'Etat", renchérit le professeur Rachid Tlemçani.

Le DRS est dirigé depuis 1990 par le général Toufik, un homme discret de 76 ans, jamais apparu en public, dernier haut gradé encore en fonction parmi ceux ayant barré la route du pouvoir aux islamistes en 1992. Soupçonné par les proches de M. Bouteflika d'un soutien tiède à un 4e mandat finalement conquis en avril 2014, le général Toufik a été juste avant l'élection la cible d'une incroyable attaque du patron de Font de Libération Nationale (FLN), Amar Saïdani, partisan zélé d'un nouveau quinquennat.

Après la charge de M. Saïdani, le DRS a perdu le pouvoir de police judiciaire qui lui permettait d'enquêter sur la corruption, la sécurité de l'armée et la communication. Ces missions sont passées sous le contrôle de l'état-major, dirigé depuis 2004 par le général Ahmed Gaid Salah, 74 ans. Egalement vice-ministre de la Défense depuis 2013, ce dernier a défendu avec acharnement un quatrième mandat pour M. Bouteflika.

"Ces changements étaient liés au 4e mandat", observe Rachid Grim. Ils se sont poursuivis avec la dissolution, non annoncée officiellement, du Groupe d'intervention Spéciale (GIS), une autre unité d'élite équivalente du GIGN français, créée dans les années 80, et la direction des écoutes. 

Le quotidien La Tribune s'est demandé cette semaine si cet effeuillage du DRS visait à le recentrer sur "son coeur de métier qui est le renseignement" ou à "l'affaiblir pour pousser son patron à la sortie" et "servir une ambition politique supérieure qui refuse de dire son nom", alors que la succession de M. Bouteflika reste posée.

Début juillet, le chef de l'Etat affaibli par la maladie, avait assuré qu'il irait jusqu'au terme de son mandat en 2019. La succession "se fera cette fois sans le général Toufik", parie Rachid Tlemçani.

 

Slate Afrique avec AFP

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