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Le palais royal de Mohammed VI à Casablanca. REUTERS/Jacquelyn Martin/Pool
Le palais royal de Mohammed VI à Casablanca. REUTERS/Jacquelyn Martin/Pool

Dans leur précédent livre, Catherine Graciet et Eric Laurent qualifiaient Mohammed VI de «roi Midas»

Les deux journalistes français sont accusés d'avoir fait chanter le roi du Maroc.

L'enquête annoncée comme à charge contre la monarchie marocaine de Catherine Graciet et Eric Laurent trouvera t-elle preneur? Après la mise en examen des deux journalistes français pour chantage et extorsion de fonds et leurs «aveux de faiblesse», les éditions du Seuil ont annoncé ce lundi qu'elles renonçaient à la publication du livre à charge contre la monarchie marocaine, qui aurait dû paraître début 2016.

Selon Éric Dupont-Moretti, avocat du Palais marocain, l’affaire aurait débuté fin juillet alors qu’Éric Laurent aurait pris contact avec un collaborateur du roi Mohammed VI et aurait proposé de renoncer, contre rémunération, à la parution d’un livre contenant des informations gênantes pour le royaume. Une offre de trois, puis de deux millions d’euros, est évoquée. Lors du rendez-vous suivant, le duo réintère son offre, mais les deux suspects sont pris en flagrant délit par la police marocaine. Leur arrestation suit immédiatement le 27 août, explique Jeune Afrique.

Pourtant, Catherine Graciet et Eric Laurent avaient déjà publié un livre, intitulé «Le Roi prédateur», interdit au Maroc et très virulent contre la gestion du royaume par Mohammed VI. C'était en 2012. Dans cette enquête au long cours, les deux journalistes spécialistes du Maroc avaient mis «en lumière les pratiques mafieuses de proches de Sa Majesté» mais aussi démonté «un système qui conduit le peuple marocain à engraisser à son corps défendant une nomenklatura aussi avide que cynique, à commencer par la famille royale», écrivait dans une critique littéraire Le Monde diplomatique.

Dans le premier chapitre de leur livre, titré «Mohammed VI en roi Midas»les auteurs écrivaient ces lignes à propos de Mohammed VI:

«Il s’est livré à une sorte de hold-up à l’encontre de l’économie de son pays. Une prise de contrôle de tous les secteurs clés, un coup d’État économique larvé où l’apparence de légalité s’est employée à masquer l’ampleur de l’arbitraire (...) L’abus de pouvoir au Maroc (...) relève d’une situation inédite, sans précédent. Ce pays présente en effet toutes les apparences d’un système économique normal, et à certains égards sophistiqué: banques, entreprises, secteur privé. Une réalité dont il convient de parler au passé. Le secteur économique marocain ressemble désormais à un village Potemkine qui dissimulerait les prédations royales.»

Tout au long de leur livre, Catherine Graciet et Eric Laurent dénonçaient l'enrichissement personnel du souverain, réalisé au détriment de ses concitoyens. Mais longtemps avant la parution de cet ouvrage, Eric Laurent signait «déjà un livre d’entretiens, beaucoup plus consensuel, avec l’ancien roi Hassan II, père de Mohammed VI», souligne l'AFP dans une dépêche. Toute l'ambiguïté du personnage semble tenir dans ce grand écart.

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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