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 Deux enfants albinos prient lors d'un rassemblement à Mulanje au Malawi, le 27 juin 2015 AFP/Archives ERICO WAGA
Deux enfants albinos prient lors d'un rassemblement à Mulanje au Malawi, le 27 juin 2015 AFP/Archives ERICO WAGA

"Fièrement Ndundu", les albinos congolais en quête de reconnaissance

"Renforcer la visibilité des albinos dans les hautes sphères, créer des modèles pour permettre aux parents d'enfants albinos de ne pas en avoir honte". Ce sont les objectifs de Yan Mambo, organisateur du festival militant "Fièrement Ndundu", qui s'achève samedi à Kinshasa. 

L'albinisme est une maladie génétique qui se caractérise par une absence de mélanine dans la peau, les cheveux et les yeux. Ce déficit rend les albinos - "ndundu" en langue lingala - très sensibles aux rayons du soleil et ils sont particulièrement sujets au cancer de la peau.

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Dans certains pays, comme le Burundi et la Tanzanie, voisins de la République démocratique du Congo, on les assassine pour des rituels censés apporter richesse et pouvoir. Mais le plus souvent, ils sont victimes de discrimination à l'école, au travail et en famille. 

"Dans ma famille, c'est moitié-moitié: quatre Noirs et quatre Blancs!", plaisante Michel, un avocat issu d'un "milieu éduqué" où il n'a "jamais" été discriminé. "La famille joue un rôle très important: un albinos, s'il n'est pas protégé, pas aimé, il ne pourra pas aller de l'avant." 

Des lunettes hors de prix pour les Albinos

Mais pour "aller de l'avant", il faut franchir de nombreux obstacles. Les albinos souffrent de graves problèmes de vue et les lunettes sont pour beaucoup hors de prix en RDC, pays riche en minerais mais où la majorité de la population vit dans la misère. La photographe belge Patricia Willocq avait souligné ces problèmes de scolarité en février 2014 à Kinshasa lors de son exposition "Blanc Ebène", qui raconte la vie des albinos à travers notamment des histoires d'amour, d'amitié, de complicité, de fraternité. 

Pourtant, même diplôme en poche, Michel estime qu'un albinos doit redoubler d'efforts pour prouver sa valeur. "Tu pars avec un facteur défavorisant, alors il faut faire plus d'efforts pour te faire remarquer, te faire valoir. Moi, tous les jours, j'en fais un peu plus." Le festival "Fièrement Ndundu" - qui s'est ouvert jeudi à l'Université protestante du Congo et doit s'achever samedi par une grande marche et des concerts - espère bien inverser la tendance. 

"On met en avant l'excellence, parce que dans la société congolaise, il n'y a presque pas d'élite ndundu, même dans le gouvernement congolais. Dans le showbiz, on n'a pas un Fally Ipupa ndundu ou un Papa Wemba ndundu", explique Yan Mambo, réalisateur des clips du grand rappeur congolais Lexxus Legal. 

Il fait allusion au fait que son pays n'ait pas un chanteur albinos reconnu comme le Malien Salif Keita. Partie remise: son mouvement anti-discrimination "Plus de couleurs" entend promouvoir la carrière de Christian Muyoli, qui a récemment fait sensation lors d'un concours de chant. 

"Nous ne sommes pas différents"

"On veut ouvrir une vitrine socio-culturelle pour les élites mais aussi en créer", souligne-t-il, projetant aussi d'aider Serge Kanyinda, qui a joué dans le film "Rebelle" de Kim Nguyen, nominé aux Oscars en 2013 et qui décrit l'enfer des enfants-soldats. Vendredi, des femmes albinos ont reçu des conseils pour renforcer leurs capacités en matière entrepreneuriale. "J'attends mon visa pour l'Europe et après ma spécialisation, si Dieu m'aide, je vais revenir au Congo pour installer mon salon" d'esthétique, raconte Dolees, 23 ans. 

Contrairement a bien d'autres albinos, cette étudiante en coiffure et esthétique se dit bien dans sa peau, malgré le mot "ndundu" qu'on lui jette à la figure comme une insulte dans la rue. "Je suis élégante, je suis belle, j'ai une belle taille. Dieu m'a créée comme ça, pourquoi être complexée?" Sur la page Facebook du festival - qui a coûté 50.000 dollars, essentiellement déboursés par Yan Mambo - des albinos posent avec des Africains noirs. L'un des albinos est bien connu: il s'agit de Texas Mwimba, champion de catch et fervent militant. 

La page présente aussi les deux affiches du festival, où pose Aristote, 17 ans et grand fan de littérature. C'est une façon de dire "à toutes les races du monde que nous ne sommes pas différents, à part la couleur de peau" et qu'"on a le droit de travailler, de bien étudier". 

Un clip entraînant de "Plus de couleurs" en rajoute une couche: "Stop aux croyances mystiques dont on rend victimes les albinos. Stop aux railleries, au rejet, aux abus et à l'intolérance. C'est aberrant de brader un être humain pour sa peau au mépris (...) de ce qu'il vaut". 

Slate Afrique avec AFP

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