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Burundi: le nouveau gouvernement consacre la ligne dure adoptée par le pouvoir

Le retour au premier plan d'un dur du parti au pouvoir, dans un gouvernement burundais dominé par des fidèles à la loyauté éprouvée, consacre la ligne inflexible adoptée depuis le début de la crise par le président Pierre Nkurunziza et douche les espoirs d'ouverture entrevus, selon les analystes.

Face à la crise émaillée de violences meurtrières qui a éclaté fin avril avec l'annonce de sa candidature à un 3e mandat, jugé anticonstitutionnel par l'opposition, la société civile, l'Eglise catholique et une partie de son parti, le président Nkurunziza et ses soutiens ont rarement dévié d'une position intransigeante, quitte à diviser le pays et à l'isoler sur la scène internationale.

"Le message envoyé par Nkurunziza avec ce nouveau gouvernement est +je ne lâche rien+, et c'est dans la droite ligne des décisions prises jusqu'ici", commente un universitaire burundais ayant requis l'anonymat.

Avant sa réélection au 1er tour le 21 juillet, lors d'une présidentielle jugée non crédible par l'essentiel de la communauté internationale, le camp de M. Nkurunziza a étouffé dans le sang six semaines de manifestations quasi-quotidiennes à Bujumbura, maté une tentative de coup d'Etat militaire, et largement purgé son parti, le CNDD-FDD, de ses "frondeurs".

"Depuis le début de la crise, le camp présidentiel s'est montré intransigeant, bien décidé à mettre Nkurunziza au pouvoir quelles qu'en soient les conséquences", poursuit cet universitaire, "avec ce gouvernement, il vient parachever le processus du fait accompli utilisé jusqu'ici".

Le retour au premier plan du général Alain-Guillaume Bunyoni montre que "les radicaux sont aux manettes", explique Thierry Vircoulon, de l'International Crisis Group (ICG). "Lui confier (le ministère de) la Sécurité publique montre que le message est +on continue la même politique répressive qu'avant+".

Un temps pressenti comme dauphin de M. Nkurunziza, le commissaire de police Bunyoni, homme-clé de l'appareil sécuritaire, a longtemps été considéré comme l'un des deux personnages les plus influents autour du président, avec le général Adolphe Nshimirimana, tué dans une embuscade le 2 août à Bujumbura.

Plusieurs hauts cadres militaires membres du CNDD-FDD avaient obtenu fin 2014 la tête des deux hommes, controversés jusque dans leur propre camp. M. Nkurunziza avait limogé M. Bunyoni de la tête de son cabinet civil et le général Nshimirimana de la direction du Service national des Renseignements (SNR). Un limogeage de façade, leur influence étant restée intacte dans l'ombre, selon des observateurs.

"Avec la mort d'Adolphe, Bunyoni est (désormais) la pièce maîtresse" du pouvoir en matière de sécurité, confie un analyste. "Le pouvoir envoie un message pour dire en quelque sorte qu'il est +prêt à la confrontation pour imposer définitivement ses positions+", estime de son côté l'universitaire burundais.

 

-'Bête noire'-

 

Le retour dans la lumière de M. Bunyoni montre aussi que le camp Nkurunziza a purgé le parti de toute contestation interne et qu'il n'entend pas céder aux pressions internationales.

"Bunyoni est la bête noire de la communauté internationale" qui a menacé le pays de sanctions et espérait un assouplissement du régime après les élections, rappelle Thierry Vircoulon.

"Il n'y a aucune volonté d'ouverture, si on s'en tient au signal lancé par Nkurunziza avec ce nouveau gouvernement", analyse Innocent Muhozi, figure de la société civile burundaise. "C'est une confirmation de la ligne dure, avec un semblant d'ouverture", symbolisée par cinq ministères attribués à des partisans d'Agathon Rwasa, considéré jusqu'au élections comme le principal opposant à M. Nkurunziza.

Titulaires de portefeuilles secondaires, ils "n'auront aucun poids", souligne M. Muhozi. A l'inverse du reste de l'opposition, M. Rwasa a accepté après les élections de "jouer le jeu" des institutions, en siégeant avec ses troupes à l'Assemblée, dont il est devenu le 1er vice-président.

"L'intégration des affidés d'Agathon Rwasa dans le gouvernement se fait à des postes ministériels qui ne sont pas stratégiques. Ils entrent au gouvernement par la petite porte", abonde Thierry Vircoulon.

Le gouvernement comprend 12 ministres hutu et huit Tutsi, conformément à l'équilibre prescrit par la Constitution. Mais "le respect apparent des quotas ethniques ne masque pas le fait qu'il s'agisse d'un gouvernement formé par des partis majoritairement hutus", note le chercheur.

Ce qui suscite des craintes au sein de la communauté tutsi, accusée de mener la contestation par certains durs du CNDD-FDD, ancienne rébellion hutu ayant combattu l'armée dominée par la minorité tutsi durant la guerre civile qui fit 300.000 entre 1993 et 2006 et reste ancrée dans les esprits.

Mais le pouvoir n'est pas seul à se durcir. L'opposition se radicalise et les armes prolifèrent dans les quartiers contestataires de Bujumbura, faisant resurgir le spectre de violences à grande échelle dans un pays à l'histoire post-coloniale jalonnée de massacre ethniques.

AFP

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