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Chantage sur le roi du Maroc? Deux journalistes toujours en garde

Deux journalistes français ont-ils tenté de faire chanter le royaume du Maroc avec des informations supposées gênantes? Eric Laurent et Catherine Graciet, accusés d'avoir empoché de l'argent extorqué, étaient toujours en garde à vue vendredi à Paris.

Cette garde à vue, qui a commencé jeudi après-midi, peut théoriquement durer jusqu'à 48 heures et se terminer samedi avec l'éventuelle présentation des deux journalistes aux juges d'instruction en vue de leur mise en examen.

Le parquet, qui s'était déjà saisi en enquête préliminaire, a ouvert mercredi une information judiciaire pour tentative d'extorsion de fonds et tentative de chantage.

Selon le récit de l'avocat du Maroc, Me Eric Dupond-Moretti, l'affaire, singulière et rocambolesque, a commencé le 23 juillet, quand Eric Laurent contacte le cabinet royal et sollicite une rencontre en disant qu'il prépare un livre.

Le journaliste n'est pas un inconnu au Maroc. Il avait déjà publié en 1993 un livre d'entretiens avec l'ancien monarque Hassan II, père de l'actuel roi Mohammed VI. Début 2012, il publiait aussi, avec Catherine Graciet cette fois, un livre accusateur contre Mohammed VI, "Le roi prédateur" (Ed. du Seuil). Signe de l'ire de Rabat, l'édition du journal espagnol El Pais avait été interdite sur le territoire marocain le jour où le quotidien avait publié les bonnes feuilles du livre.

Après l'appel d'Eric Laurent, un représentant du cabinet du roi, un avocat marocain, a rencontré le journaliste. "Et là, surprise, énorme", raconte Me Dupond-Moretti, "Eric Laurent dit +écoutez, je prépare un livre avec Mme Graciet, co-auteure, et moyennant trois millions d'euros, il n'y a pas de polémique, on retire notre bouquin+".

 

- "Folie douce" -

 

Le Maroc a déposé plainte à Paris, conduisant le parquet à ouvrir une enquête. Dans ce cadre, des réunions vont être organisées, "des rencontres filmées, enregistrées, entre le représentant du roi" et les journalistes, poursuit Me Dupond-Moretti. Selon l'avocat, les deux journalistes sont sortis du dernier rendez-vous parisien, jeudi, toujours sous surveillance policière, avec "un acompte substantiel de 40.000 euros chacun".

Une source proche du dossier a confirmé jeudi à l'AFP qu''il y a eu remise et acceptation d'une somme d'argent". Peu après, ils ont été arrêtés et placés en garde à vue dans les locaux de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

A ce stade, de nombreuses questions se posent, notamment sur les motivations des deux journalistes, qui ont publié plusieurs autres ouvrages ("Bush, l'Iran et la bombe", "La face cachée du pétrole", "La face cachée du 11 septembre" pour Eric Laurent, "La régente de Carthage: main basse du la Tunisie", "Sarkozy-Kadhafi, histoire secrète d'une trahison" pour Catherine Graciet). Jeudi, les Editions du Seuil ont confirmé à l'AFP qu'ils préparaient un livre sur le roi du Maroc, "pour une sortie en janvier-février".

"C'est de la folie douce d'imaginer que leur chantage aurait pu marcher", s'étonne une source proche du dossier.

"Si les faits sont avérés c'est très surprenant de la part de Catherine. Elle n'a pas le profil pour ce type de délit", a réagi le journaliste Nicolas Beau, co-auteur de "La régente de Carthage".

Si l'avocat du Maroc a livré de nombreux détails sur l'affaire, la version des journalistes n'a à ce stade pas filtré.

L'affaire intervient dans un contexte particulier entre Paris et Rabat, qui se sont réconciliés au niveau diplomatique après une brouille début 2014 lors de l'annonce de plaintes à Paris pour tortures contre le patron du contre-espionnage marocain, Abdellatif Hammouchi. En février 2014, des policiers lui avaient notifié directement à l'ambassade du Maroc à Paris où il se trouvait une convocation d'un juge d'instruction, suscitant la colère de Rabat.

Les deux pays s'étaient réconciliés à la faveur d'un nouvel accord judiciaire début 2015 entre les deux gouvernements, qui a été dénoncé par des organisations de défense des droits de l'homme.

AFP

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