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Thalys: L'enquête se concentre sur Ayoub El Khazzani, son parcours, son entourage

Que prévoyait Ayoub El Khazzani avant d'être maîtrisé par des passagers du Thalys du Thalys salués en héros? Avait-il des complices? Les enquêteurs antiterroristes tentaient dimanche de le faire parler et fouillaient le passé de ce jeune islamiste.

Deux enquêtes sont menées: l'une par le parquet antiterroriste de Paris, dont la compétence est nationale, l'autre par le parquet fédéral belge. 

Selon l'avocate qui l'a assisté aux premières heures de sa garde à vue à Arras, avant qu'il soit transféré dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le Marocain de 25 ans était "médusé du caractère terroriste attribué à son action". 

Le jeune homme, "très maigre" et "très hagard", dit avoir trouvé la kalachnikov dont il était armé dans une valise cachée dans un jardin public près de la gare de Bruxelles-midi, où il dort, et avoir eu l'idée de s'en servir pour détrousser les passagers du Thalys, a raconté l'avocate sur BFM-TV. 

La défense d'Ayoub El Khazzani, dont la garde à vue peut durer jusqu'à mardi soir, n'a pas convaincu les enquêteurs.

Son profil d'islamiste radical, repéré par les services de renseignements de plusieurs pays, oriente en effet l'enquête sur la piste d'une attaque terroriste qui aurait pu conduire à un bain de sang, si trois jeunes Américains en vacances en Europe et un père de famille britannique n'étaient pas intervenus pour le désarmer.

Outre le fusil d'assaut kalachnikov, l'agresseur avait 9 chargeurs garnis, un pistolet automatique Luger et un cutter.

Dans la bagarre, l'un des Américains, Spencer Stone, première classe dans l'armée de l'air américaine, a été blessé au cutter à la main, et un autre passager, un Franco-américain vivant à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), a reçu une balle.

 

- Petit délinquant -

 

Spencer Stone, 23 ans, et ses amis Alek Skarlatos et Anthony Sadler (respectivement 22 et 23 ans) ont réussi à neutraliser le Marocain aidés d'un sexagénaire britannique, Chris Norman. Tous ont été salués en héros et seront reçus lundi matin à l'Elysée, ainsi qu'un passager français de 28 ans qui a le premier tenté de désarmer Ayoub El Khazzani et préfère rester anonyme.

D'après les premiers éléments de l'enquête, Ayoub El Khazzani, dont l'identité a été confirmée grâce à ses empreintes digitales, "vivait en Belgique, est monté dans un train en Belgique avec des armes sans doute acquises en Belgique. Et il avait des papiers délivrés en Espagne", a résumé une source proche du dossier.

El Khazzani a vécu sept ans en Espagne, de 2007 à mars 2014. Il y était arrivé à 18 ans, s'installant d'abord à Madrid puis à Algésiras, en Andalousie, où il s'est fait remarquer par des discours durs légitimant le jihad. Le jeune homme fluet et de taille moyenne y a vécu de petits emplois, et a été détenu une fois pour trafic de drogue selon une source des services antiterroristes espagnols.

Il avait été repéré par les services de renseignement espagnols qui l'avaient signalé à leurs confrères français. Son signalement a conduit la DGSI à émettre une fiche "S" à son sujet, ce qui a permis de localiser El Khazzani en Allemagne, le 10 mai dernier, lorsqu'il prend un vol pour la Turquie.

Selon les renseignements espagnols, l'homme serait parti de France en Syrie, ce que l'intéressé a nié lors de sa garde à vue, et serait ensuite revenu dans l'Hexagone.

Huit mois après les attentats contre Charlie Hebdo et un supermarché cacher à Paris, l'attaque déjouée vendredi a conduit la Belgique à renforcer les mesures de sécurité dans les trains et les gares. En France, la SNCF a instauré un numéro vert pour signaler des "situations anormales", mais exclut de mettre en place des contrôles sur les quais comme dans les aéroports.

Le président de la SNCF Guillaume Pepy devait recevoir dimanche l'acteur Jean-Hugues Anglade, qui se trouvait dans le train et accuse les agents de la rame d'avoir abandonné les passagers à leur sort.

AFP

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