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La Guinée-Bissau semble s'enfoncer dans la crise politique

La Guinée-Bissau semblait s'enfoncer un peu plus jeudi dans la crise politique née d'un bras de fer au sommet de l'Etat, après la nomination comme Premier ministre de Baciro Dja aussitôt rejetée par le parti au pouvoir, qui a appelé à un rassemblement de protestation à Bissau.

Ce pays de 1,6 million d'habitants, une ex-colonie portugaise, est confronté à une situation politique particulière: le chef de l'Etat José Mario Vaz, son Premier ministre destitué le 12 août Domingos Simoes Pereira et son nouveau chef du gouvernement Baciro Dja sont tous les trois membres du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC). Le PAIGC soutient M. Pereira, qui est son président.

Elu en mai 2014, M. Vaz avait nommé M. Pereira au poste de Premier ministre en juin. Il s'en est séparé le 12 août, en arguant d'une "crise de confiance au sommet de l'Etat" nuisant au "bon fonctionnement des institutions".

Un limogeage contesté par M. Pereira ainsi que par le PAIGC, qui avait proposé formellement au président le 14 août sa reconduction. N'ayant pas reçu de réponse, le parti avait reformulé une deuxième fois sa demande, sans recevoir de suite jusqu'à au moins mercredi soir, selon une source dans ce parti.

Jeudi après-midi, un décret présidentiel a annoncé la nomination de l'ex-ministre Baciro Dja comme nouveau Premier ministre, marquant de fait le rejet de la demande du PAIGC.

"M. Baciro Dja est nommé Premier ministre" et "la décision entre immédiatement en vigueur", stipule le décret.

Baciro Dja, 39 ans, a été ministre de la Défense dans le gouvernement de Carlos Gomes Junior, homme fort du pouvoir renversé en avril 2012 par un coup d'Etat militaire. Il a aussi été directeur de campagne de Domingos Simoes Pereira aux élections législatives de 2014, à l'issue desquelles le PAIGC a remporté la majorité à l'Assemblée nationale (57 députés sur 102). 

Il a également été ministre porte-parole du gouvernement de M. Pereira jusqu'à juin, lorsqu'il a démissionné à la suite d'une altercation avec le chef du gouvernement au cours d'une réunion politique. En raison de cette altercation, M. Dja a été suspendu la semaine dernière pour trois ans par une commission disciplinaire du PAIGC.

A peine sa nomination connue, elle a été rejetée par le PAIGC, qui a appelé dans un communiqué ses militants à un rassemblement jeudi en fin d'après-midi à Bissau.

Le PAIGC "n'acceptera jamais un coup d'Etat constitutionnel. Ni le parti, ni le peuple de Guinée-Bissau n'accepteront la nomination de Baciro Dja. Nous allons le démontrer tout à l'heure lors de notre manifestation", a déclaré à l'AFP un membre du bureau politique de cette formation, Fernando Saldanha. 

- Pro-Pereira et pro-Vaz appelés à manifester -

 

En raison "de la crise actuelle qui sévit dans le pays avec la nomination d'un nouveau Premier ministre", le PAIGC invite "tous ses militants et tous ceux qui sont épris de justice à un rassemblement massif à la Place des Héros nationaux", dans le centre-ville.

Cette place fait face au siège du PAIGC et est à proximité de la présidence.

Des partisans du président Vaz ont également appelé dans un communiqué à un rassemblement jeudi après-midi devant le siège de la mairie de Bissau, proche de la présidence.

Se présentant comme des "citoyens libres", ils ont invité la population à participer à leur "meeting de soutien au président Jomav", surnom de José Mario Vaz.

Aucune réaction n'a immédiatement pu être obtenue dans l'entourage du président Vaz et auprès du nouveau Premier ministre.

Des policiers étaient déployés en ville, y effectuant des patrouilles sous une forte pluie, mais aucun militaire n'y était visible, selon un journaliste de l'AFP.

Depuis son indépendance du Portugal, en 1974, la Guinée-Bissau a connu plusieurs coups d'État, réussis ou avortés, dans lesquels l'armée a souvent joué un rôle prépondérant.

Ces développements politiques interviennent alors qu'une délégation de la Commission économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), est attendue à Bissau, selon une source officielle bissau-guinéenne et le bureau local de la Cédéao.

L'objet ce cette visiten, selon la source officielle, est de "s'enquérir de la situation et aider à résoudre la crise".

A Bissau, beaucoup disent redouter que la crise politique ne dégénère en soubresauts, comme en avril 2012, lorsque des militaires ont pris le pouvoir. Ce putsch avait ouvert la voie à une transition ayant pris fin en juin 2014 avec l'investiture du président Vaz.

AFP

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