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Les Gabonais sceptiques face

L'annonce du président Ali Bongo Ondimba de donner sa part d'héritage à la "jeunesse gabonaise" a considérablement surpris à Libreville, où beaucoup expriment leur scepticisme et s'interrogent sur cette opaque succession autour de laquelle se déchirent les héritiers du patriarche Omar Bongo.

Dans un discours prononcé lundi lors du 55e anniversaire de l'indépendance de l'ex-colonie française, le chef de l'Etat a en effet affirmé que "tous les revenus tirés de la part d'héritage" qui lui revient "seront versés à une fondation pour la jeunesse et l'éducation".

Allant plus loin, le président a annoncé "au nom des enfants" d'Omar Bongo - qui a "régné" 41 ans avant de décéder en 2009 - que deux propriétés parisiennes ayant appartenu au patriarche seraient cédés à l'Etat "pour le franc symbolique", tout comme un immense domaine familial situé à Libreville qui sera dévolu à l'implantation d'une nouvelle université.

"Donner son héritage mais pour en faire quoi exactement?", s'agace Roger, enseignant dans un collège public de Libreville. "Nous avons déjà une université qui est en lambeaux. Ici les gens ont besoin de bourses pour étudier, de salles de classes, d'hôpitaux... Alors qui va gérer la fondation, quelles seront ses missions, et quel montant lui sera affecté?", demande-t-il.

Sur les réseaux sociaux, les réactions ont également fusé après cette annonce aussi généreuse qu'inédite. Si certains saluent la "philanthropie" du président sur sa page Facebook, de nombreux internautes le critiquent ouvertement.

L'un d'eux estime que "si on veut aider quelqu'un, on ne lui donne pas du poisson, mais on lui apprend à pêcher".

"Notre pays agonise depuis plusieurs années parce que sa richesse prend des destinations inconnues et avantage un groupuscule de personnes. Il ne s'agit pas de renoncer seulement à votre part, mais de restituer au Gabon l'intégralité de tout ce qui lui a été pris et confisqué", affirme un autre Gabonais.

Les frustrations sont grandes dans ce petit pays d'Afrique centrale peuplé d'1,8 million d'habitants, dont un tiers vit en dessous du seuil de pauvreté et où le taux de chômage des jeunes culmine à près de 30%, malgré les richesses accumulées depuis plus de 60 ans par l'exploitation pétrolière.

Lors de son discours, le président a d'ailleurs déploré que le taux de réussite au premier tour du baccalauréat 2015 "n'atteigne guère les 20%", notant au passage qu'"aucune mention +très bien+ n'a été obtenue" dans tout le pays.

"Comme d'habitude M. Ali Bongo fait des promesses sans lendemain", a réagi Zacharie Myboto, président de l'Union nationale, l'un des principaux partis d'opposition. "Plusieurs procédures judiciaires sont en cours sur l'héritage de la famille, alors comment peut-il se permettre d'attribuer tel ou tel bien? On ne sait même pas à qui ils appartiennent", a-t-il déclaré à l'AFP.

 

  - Comptes bancaires, immeubles, bateaux  - 

 

Six ans après la mort d'Omar Bongo, la succession à laquelle peuvent prétendre 53 héritiers déclarés est en effet loin d'être réglée. Si les actifs déjà identifiés sont estimés à plusieurs centaines de millions d'euros, le montant total de l'héritage, tout comme les modalités de sa transmission, restent flous. 

Selon le site d'information français Mediapart, il fait l'objet d'une féroce bataille au sein du clan Bongo, Ali et son influente soeur Pascaline étant les deux seuls légataires universels de la succession. Ce qui veut dire qu'à eux deux, "ils doivent se partager la moitié du pactole, réparti en terres, en comptes bancaires, en villas, en immeubles, en bateaux, en avions et en parts sociales dans de nombreuses sociétés", affirme Mediapart.

Pour Marc Ona Essangui, figure de la société civile et membre de la plateforme internationale "Publiez ce que vous payez", "il n'y a jamais vraiment eu de différence entre le patrimoine de l'Etat et celui de la famille: quand on donne de la main gauche, on récupère avec la main droite".

Et de souligner que les deux hôtels parisiens auxquels Ali Bongo fait allusion sont dans le viseur de la justice française dans le cadre de l'enquête sur les "biens mal acquis".

Depuis 2010, deux juges parisiens enquêtent sur les conditions d'acquisition en France d'un très important patrimoine immobilier et mobilier par plusieurs chefs d'Etat africains - Omar Bongo, le Congolais Denis Sassou Nguesso et l'Equato-guinéen Teodoro Obiang - et leurs proches.

Pour M. Myboto, "c'est tellement gros": alors que le Gabon traverse une situation socio-économique difficile à laquelle la chute des prix du baril n'a rien arrangé, Ali Bongo "tente de reconquérir l'opinion avant la présidentielle de 2016".

AFP

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