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Des hommes jouent aux échecs à Nouakchott en 2007.  Crédit photo: REUTERS/Finbarr O'Reilly
Des hommes jouent aux échecs à Nouakchott en 2007. Crédit photo: REUTERS/Finbarr O'Reilly

Pays symbole de l'esclavage moderne, la Mauritanie veut y mettre fin

Le pays compte 155.000 personnes en situation d'esclavage, soit 4% de la population.

Dans une large partie du monde, l'abolition de l'esclavage date d'il y a plus d'un siècle. Les Etats-Unis et l'Angleterre avaient lancé le mouvement en 1807, puis la France et l'Amérique du Sud avaient suivi au milieu du XIXe siècle pour ne citer qu'eux. Mais certaines régions font de la résistance. C'est le cas de la Mauritanie, le pays où la proportion d'esclaves est la plus haute au monde selon le Global Slavery Index, un indice réalisé par l'ONG australienne Free Walk qui estime à 4% la part de la population mauritanienne réduite à l'esclavage. Soit environ 155.000 personnes sur 3.8 millions d'habitants.

À lire aussi: En Mauritanie, l'esclavage est désormais un "crime contre l'humanité"

L'abolition de l'esclavage y a pourtant été votée 1981. Mais à l'époque la loi n'avait pas reçu son décret d'application pour cause de contradiction possible avec le CoranSelon la dernière étude de Free Walk, qui date de 2014, le gouvernement mauritanien ne combat pas de manière forte ce fléau. Les services de soutien aux victimes sont trop basiques, le système judiciaire pas assez répressif et n'apporte pas une véritable protection aux victimes. 

Et quand le gouvernement mauritanien fait bouger les choses, la politique n'est jamais très loin. 

Procès politique

La Mauritanie s'est dotée le 11 août d'une nouvelle loi en en faisant "un crime contre l'humanité". Mais, fait troublant, la nouvelle loi a été adopté seulement neuf jours avant l'ouverture, jeudi à Aleg (centre), du procès en appel de trois militants antiesclavagistes dont Biram Ould Dah Ould Abeid, président de l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), une ONG mauritanienne qui combat l'esclavage, et candidat battu à l'élection présidentielle mauritanienne de juin 2014.

Tous trois avaient été arrêtés en novembre 2014, puis jugés et condamnés en janvier à deux ans de prison ferme pour notamment "appartenance à une organisation non reconnue". Durant sa campagne électorale, M. Ould Abeid, juriste et historien, avait qualifié la législation alors en vigueur contre l'esclavage de "vernis" à destination de la communauté internationale, assurant que la pratique n'avait jamais été abolie en Mauritanie car, avait-il dit, "malgré les lois, il n'y a jamais eu de répression de l'esclavage".

De nombreux observateurs notent que la pratique perdure dans toutes les couches de la société mauritanienne à la hiérarchie complexe et en cours de mutation, articulée autour d'ethnies, de tribus, elles-mêmes subdivisées en castes.

"Une avancée significative"

Mais la nouvelle loi votée par le parlement est cependant une promesse pour l'avenir.

Alioune Tine, responsable d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre, rentré récemment d'une mission sur place, a confié à l'AFP sa satisfaction devant "la volonté des pouvoirs publics de mettre fin à l'esclavage" en Mauritanie. "Mais il y a des résistances aussi bien chez les anciens maîtres que chez les Haratines qui ne sont pas suffisamment émancipés et ignorent leurs droits", note-t-il, "c'est vers ce public que doit porter la sensibilisation. Mais un pas important a été fait avec la nouvelle loi".

Le président mauritanien Mohamed Ould Aziz, au pouvoir depuis 2009, s'est engagé à éradiquer ce phénomène. Il avait déclaré en mai qu'il ne subsistait en Mauritanie que "des séquelles" de l'esclavage, accusant les ONG d'en faire "un fonds de commerce".

Des manifestations contre l'esclavage et en faveur des droits des Haratines, les anciens esclaves, ont régulièrement été organisées en Mauritanie ces dernières années à l'initiative d'ONG. L'ONG mauritanienne SOS Esclaves attendait un tel texte "depuis longtemps, parce qu'il faut lutter contre l'esclavage avec sérieux et donner aux victimes toutes les chances" d'émancipation, a affirmé de son côté son président, Boubacar Messaoud.

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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