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Mali: soudain, Sévaré a basculé comme dans "une zone de guerre"

Les images des lieux et premiers témoignages l'illustrent: l'attaque, le 7 août par un commando armé, d'un hôtel de Sévaré (centre du Mali) et l'intervention des forces maliennes, qui en ont délogé les assaillants, ont été violentes, comme en "zone de guerre".

Première vision macabre: le cadavre d'un homme noir gisant près d'un minicar calciné devant l'hôtel Byblos - qui accueille régulièrement des expatriés - dans cette ville à plus de 620 km au nord-est de Bamako.

Dans le périmètre délimité par des rubans jaunes, deux autres corps sont à même le sol, abrités sous des bâches vertes. Les murs de l'hôtel sont criblés d'impacts de balles, de trous. Des portes de chambres ont été arrachées, des fenêtres soufflées. 

Dans une chambre au décor rudimentaire, une moustiquaire rose tient au-dessus d'un lit d'une place à côté de décombres. Dans une autre, le sol est jonché d'un enchevêtrement de draps, tapis et vêtements maculés de sang...

Au total, selon le dernier bilan officiel, 13 personnes ont péri dans cette attaque, lancée le 7 août à l'aube, par un commando armé.

Cinq employés de sociétés sous-traitantes pour la Mission de l'ONU au Mali (Minusma) et quatre soldats maliens font partie des morts.

- "Pris au piège dans leurs chambres" -

Un Sud-Africain, Roelof "Jaco" Janse van Rensburg, 39 ans, sapeur-pompier, faisait partie de ces cinq contractuels.

Selon son beau-frère Cobus Smal, "Jaco" a prévenu sa famille de l'attaque par SMS, réfugié dans sa salle de bains.

"Il disait que c'était comme une zone de guerre à l'extérieur", que "tout le monde se cachait, (qu')ils étaient pris au piège dans leurs chambres", raconte M. Smal à l'AFP à Johannesburg. 

Les SMS se sont arrêtés le 7 août vers 18H00 GMT, la batterie de son téléphone s'était vidée.

Selon des sources militaires, l'assaut final contre les preneurs d'otages a été donné tôt samedi matin par une unité spéciale de la gendarmerie malienne. Le siège aura duré près de 24 heures.

   - "Psychose de guerre" -

Un habitant de Mopti, à 12 km de Sévaré, confie qu'il n'avait pas senti une "aussi grande peur" chez les habitants dans cette zone où il se rend quotidiennement pour affaires depuis janvier 2013.

Des islamistes armés, qui contrôlaient alors les vastes régions du nord du pays, avaient pris Konna, à 70 km de Mopti et tentaient de progresser vers le Sud. Une progression stoppée par une intervention militaire internationale - toujours en cours - dont la France a été le fer de lance.

Pour la riposte anti-jihadiste, les forces maliennes et internationales ont utilisé l'aéroport de Sévaré, le plus important de la région et qui fait de la localité une ville stratégique.

Le jour de l'attaque, "les gens ont été réveillés par des tirs", beaucoup ont revécu "la psychose de la guerre. Tout le monde était terré chez soi", témoigne l'habitant, un opérateur économique.

"Aujourd'hui, la grande peur est passée", souffle-t-il, même si selon lui, les habitants semblent plus prudents que d'habitude.

Un militaire basé à Sévaré, qui a fait partie des forces maliennes intervenues aux premières heures de l'attaque, indique avoir connaissance de quatre assaillants, tous "tués".

"On a découvert, dit-il, des traces d'eux dans un bâtiment" près de Byblos, "on croit qu'ils ont dormi là-bas et qu'après, ils ont attaqué l'hôtel".

Officiellement, les assaillants ne sont toujours pas été identifiés. L'attaque n'a pas été revendiquée mais les soupçons des enquêteurs maliens se portaient lundi sur le Front de libération du Macina (FLM), un groupe récent allié à Ansar Dine, un des groupes jihadistes ayant contrôlé le nord du Mali pendant près de dix mois, jusqu'à janvier 2013.

Mais pour le militaire malien comme l'opérateur économique joints à Sévaré, nul doute que les preneurs d'otages ciblaient les étrangers, voire la Minusma.

"Tout le monde sait (qu'ils) vont dans cet hôtel" ou d'autres établissements dans la même zone, dit l'opérateur économique. 

"Pour moi, clairement, selon le militaire malien, les assaillants visaient les étrangers".

AFP

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