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Madagascar: les skateurs de Tana, champions de la bricole

Dangereux, marginal mais ultra-branché, le skateboard est un luxe à Madagascar : une planche coûte environ un mois de salaire. Mais cela ne freine pas les jeunes mordus d'Antananarivo. "On casse, on rafistole, on reskate", résume Christian.

Récemment portés au pinacle par un fabricant de boissons qui y a vu l'occasion de promouvoir sa marque et leur a consacré des vidéos, les skateurs malgaches n'ont pas forcément la cote localement.

"On est un peu incompris et on passe pour des vandales", avoue Christian, qui se fait surnommer "singe mâle" en signe de défi.

"Moi, ce qui m'inspire dans le skate malgré l'aspect dangereux, c'est le fait de se surpasser. Quand on est bien échauffé, ça fait monter l'adrénaline et on n'a plus peur de rien", dit ce lycéen de 17 ans, qui a choisi son surnom par dérision, parce que le singe est symbole de laideur et de stupidité à Madagascar.

Amateur depuis 2012, il s'est initié sur internet et en regardant des jeux vidéo avant de devenir un pilier de la "Skate brigade", l'un des multiples clans de la galaxie du skate malgache.

Ils sont aujourd'hui une centaine, guère plus, à sauter sur quatre roulettes à Antananarivo. La majorité des jeunes Malgaches sacrifient au foot, voire au rugby et au basket.

Un nouveau "skatepark" doit bientôt ouvrir mais en attendant, c'est sur l'avenue de l'Indépendance dans le centre-ville que Christian et ses copains se retrouvent les samedis et jours fériés.

C'est là que tout a commencé, explique Yves Randriharimalala, alias "Teg", animateur sur la chaîne de télévision privée Dream'in. Il travaillait avant pour sa concurrente RTA, dont les locaux abritent un "skatepark" rudimentaire.

Dans les années 1990, avant la vague internet, les premiers skateurs sur l'île étaient des Malgaches en provenance de l'étranger dont les exhibitions provoquaient des attroupements de curieux. "Les passionnés ont ensuite cherché à approfondir", se souvient l'animateur.

- Ondulation et vitesse -

"Avec l'ouverture de Madagascar aux cultures sportives occidentales au début des années 2000, il y a eu un engouement et les jeunes Malgaches ont eu davantage accès aux vidéos et à la télévision de l'étranger", complète Paul Tsihoarana Ramaramihanta, mécène en chef des skateurs. 

Le niveau est "très très élevé par rapport à il y a vingt ans. Ça donne espoir pour l'avenir", dit-il.

Dans un pays où la vie est largement rythmée par les tâches agricoles et où même en ville, la majorité des gens survivent avec moins de deux dollars par jour, les skateurs montrent combien la jeunesse malgache est "mondialisée", estime Serge Henri Rodin, spécialiste des cultures urbaines à l'université d'Antananarivo. Grâce aux nouvelles technologies, elle est "informée de tout ce qui se passe à l'extérieur" de Madagascar et ces jeunes "servent de modèles pour les autres".

La ville d'Antananarivo, élevée sur douze collines, est un terrain propice.

Mais "on fait rarement ça" sur les pentes, explique Jean Chris, 21 ans, alias "Lofo Nirina". "C'est très dangereux à cause de l'étroitesse de la route, qui est en plus à double sens (...) Mais lorsqu'on le fait, on a une sensation extraordinaire, on suit l'ondulation de la route tout en maîtrisant notre vitesse".

Etudiant en géographie, Jean Chris vient des bas quartiers, où la majorité des familles ont tout juste de quoi manger, mais il réussit "quand même à [se] débrouiller pour le matériel" : il récupère les planches de skateboard cassées de ses amis et les répare.

Ni lui ni ses amis ne portent de casque ou de coques de protection pour les coudes ou les genoux : la casquette est de rigueur et les petits bobos font partie du sport.

"J'ai l'habitude des petites douleurs", enchaîne un autre skateur de la bande, Rado Kely, 18 ans. Bientôt bachelier, il est accro à la planche depuis l'adolescence, ses cicatrices aux bras en témoignent. En cas de stress, dit-il, "les chanteurs chantent, les musiciens font de la musique... et nous, on skate !"

AFP

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