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L'effigie de Kadhafi. Reuters/Ahmed Jadallah
L'effigie de Kadhafi. Reuters/Ahmed Jadallah

Kadhafi, l'homme qui divise les lecteurs de SlateAfrique

La capture et l'exécution de Mouammar Kadhafi vu par les lecteurs de SlateAfrique.

Mise à jour du 31 octobre: Détenu à la prison de Misrata, Mansour Daou est un proche de Kadhafi. L'ex-chef des services de sécurité intérieure est resté jusqu'à la fin aux côtés du Guide. Il décrit un homme «déprimé, inquiet», qui préférait «mourir en Libye qu'être jugé» par la Cour pénale internationale.

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Nous sommes des millions à avoir assisté à son lynchage, son humiliation, à ses dernières minutes en vie. Qui suis-je? Mouammar Kadhafi. Cette journée du 20 octobre a accéléré les clics, les tweets, les images partagées sur les réseaux sociaux. Assister à la capture d’un dictateur et à sa chute passionne et attise la curiosité de l’homo mediaticus.

La mort de Kadhafi dans des circonstances encore obscures a fait réagir nos internautes, qui, de leurs téléphones ou de leurs ordinateurs, ont suivi le feuilleton de sa mort en direct. Dans un premier temps, ce qui a marqué, ce sont les images sanguinolentes de Mouammar Kadhafi, entouré de combattants avides de vengeance et excités à l’idée d’avoir attrapé celui qui les comparait à des rats.

Un internaute qui suit la capture ne supporte plus qu’on lui impose de telles images. Entre répulsion et attraction, il continue pourtant à visionner des images «insoutenables».

«Merci de nous épargner la diffusion de ces images. Arrêtez de perpétuer la sauvagerie et respectons les dignités humaines», réagit un internaute anonyme.

Et quel homme? Kadhafi, c’est l’homme qui prétendait avoir une ambition pour l’Afrique. Il avait évoqué à maintes reprises la création des «Etats Unis d’Afrique». Des paroles symboliques pour un grand nombre d’Africains, qui voyait en lui «le roi des rois traditionnels d'Afrique». Kadhafi l’africain avait une aura indéniable, qui n’a pas laissé insensible. Kadhafi, l’anti-impérialiste ou celui qui résistait aux puissances occidentales.

«Kadhafi est un tyran parce qu'il a eu l’audace de dire non aux grands Manitous de ce monde!», ajoute Raymond Signie.

Pour beaucoup, Kadhafi est une sorte de mécène qui a œuvré pour l’Afrique en versant ses pétrodollars, dans la chaîne publique malienne ou dans la construction d’hôtels au Niger…

«Les Libyens vivaient bien. Ils ne payaient même pas d’électricité, ni de factures d’eau», affirme lulu, attristée devant la déferlante d’images qui ont suivi la capture du Guide libyen.

«Aucun président au monde ne pourra se vanter d'avoir fait le tiers de ce que Kadhafi a fait pour son pays. Donc si c'est cela le travail d'un dictateur, j'aimerais vivre sous une dictature» conclut Abdoulaye.

«Les voleurs s'enrichissent et les héros se font tuer. Hommage au Colonel Kadhafi!», renchérit Naturel Raï.  

Kadhafi-CNT, même combat?

Après Kadhafi, le CNT? C’est l’objet d’un houleux échange de commentaires entre Youcef Zen et Cyril Touzene. Youcef Zen se réjouit de la mort d’un dictateur, même s'il ne porte pas la nouvelle force politique dans son cœur. Le Conseil national de transition et les révolutionnaires ne lui inspirent pas plus confiance que le dictateur défunt. Au contraire, la position de Cyril Touzene pourrait se résumer ainsi: on sait ce qu’on perd, mais on ne sait pas ce qu’on trouvera.

Youcef Zen- «la vie de Kadhafi et de ses fils ne valent pas plus que la vie de milliers de Libyens torturés et tués pendant son règne. Qu'ils aillent au diable, lui et les soit-disant révolutionnaires.»

Cyril Touzene- «Ce n’est pas le problème. Maintenant quelle garantie as-tu que le CNT ne se comporte pas comme lui! Un sanguinaire comme Kadhafi était accompagnés justement des cadres du CNT ,et soutenu par les mêmes qui l'ont bombardés. Une sacrée farce, ce coup d'état!»

Kadhafi mort, un crime de guerre?

Une telle fin semble pour beaucoup contredire l’art de la guerre.

«L’exécution sommaire extrajudiciaire d’un homme de 69 ans, prisonnier et blessé, est un crime de guerre au regard du droit international humanitaire. Ce crime n’engage pas seulement les bandes armées, il engage également le CNT en tant qu’instance politique reconnue par la communauté internationale. Enfin, ce crime de guerre, les puissances occidentales l’ont soutenu et continuent de soutenir le CNT et ses bandes armées», rapporte Mohammed Dia.

Au regard de ces dix dernières années, c’est avant tout une manière de conduire la guerre qui est sous le feu des critiques. L’exécution de Mouammar Kadhafi rappelle les pratiques de guerre des puissances occidentales en Afghanistan et en Irak. Les principes humanitaires et les dignités s’effacent «dés lors qu’il s’agit de défendre leurs sordides intérêts économiques et stratégiques» ajoute Mohammed Dia.

Avec la mort violente de Mouammar Kadhafi, «l’Empire n’est plus à une considération morale près. Ce n’est même plus la peine de sauver les apparences. A la parodie du procès de l’ancien dirigeant irakien, Saddam Hussein, succède l’exécution sommaire, brutale, extra-judiciaire, du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. En l’espace de quelques années, la chute morale aura été spectaculaire et obscène», renchérit Mohammed.

Enterré avec ses secrets

Honni puis invité sur le perron de l’Elysée, Kadhafi entretenaient de bonnes relations avec nos hommes d’Etats. A cette époque, Mouammar Kadhafi était un partenaire prisé par des pays européens, inquiétés par l’arrivée de migrants à leurs frontières. Certains voient donc dans sa mort, une aubaine pour des pays qui se sont compromis avec la jamahiriya de Mouammar.

«Les grandes puissances impérialistes ont voulu une exécution rapide pour enterrer des secrets et des scandales qui n’aimeraient pas voir divulgués», remarque Alaedine Saadaoui.

L’homo mediaticus face aux images

Lassés par le tapage médiatique, l’omniprésence des images sanguinolentes pendant plus de 48 heures, des internautes ont crié leur ras-le-bol. Il est mort, chez lui, sur scène. Et alors? Dans un premier temps, les médias se sont livrés et se sont abaissés à la diffusion d’images, toutes aussi violentes et portant atteinte à la dignité de l’ancien guide de la Jamahriyya.

Dans un second temps, vient le temps de la raison et de la loi avec les demandes d’enquêtes. On se rend compte que Mouammar Kadhafi a été exécuté et que la loi n’avait pas sa place à Syrte ce jeudi 20 octobre. Après les images violentes, vient le temps des commentaires et des analyses. L’honneur est sauvé!

Mais pour Antoine Ngnadji, l’honneur a été piétiné.  

«Avec la mort du Guide libyen, tout Africain digne de ce nom doit se sentir mal. Un pays en ruine, des familles endeuillées. La mort de Kadhafi méritait-elle pareil sacrifice?»

Un regret pour les uns, une leçon à tirer pour les autres, la mort de Mouammar Kadhafi divise l’homo mediaticus.

Nadéra Bouazza

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Nadéra Bouazza

Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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