mis à jour le

RDC: pour les parties civiles, le commanditaire de l'assassinat de Chebeya n'est pas dans le box

Les avocats des parties civiles dans le procès en appel des assassins présumés du militant des droits de l'Homme Floribert Chebeya ont regretté jeudi que celui qu'elles considèrent comme le commanditaire du meurtre, l'ancien chef de la police John Numbi, n'ait pas été inquiété.

"C'est lui le donneur d'ordre, et les autres (sont) les exécutants" de ce "crime d'État", a déclaré au premier jour des plaidoiries Me Peter Ngomo, qui s'exprimait devant la Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo (RDC). 

Cette cour juge en appel depuis juin 2012 cinq policiers accusés du meurtre du militant. 

Ils sont poursuivis pour "association des malfaiteurs, mais tout a été fait pour que John Numbi ne soit pas poursuivi", alors qu'il y avait "beaucoup d'éléments à sa charge" quand il a comparu comme simple témoin en première instance en 2011, a souligné Me Ngomo. 

Fondateur de l'ONG la Voix des sans-voix (VSV), militant respecté et connu, Chebeya a été retrouvé mort le 2 juin 2010, après avoir été convoqué au siège de l'inspection générale de la police pour y rencontrer le général Numbi, qui a toujours nié avoir donné ce rendez-vous. 

L'officier supérieur était à l'époque chef de la police et a été suspendu de ses fonctions peu après l'assassinat du militant. Quant au chauffeur de M. Chebeya, Fidèle Bazana, il a disparu après l'avoir déposé à ce rendez-vous, et la justice a conclu qu'il avait lui aussi été assassiné. Son corps n'a jamais été retrouvé. 

A l'ouverture de l'audience jeudi, les parties civiles avaient soumis à la Haute Cour militaire deux requêtes, qui ont été rejetées. 

L'une demandait notamment une fouille de la ferme du général Numbi pour voir si le corps de M. Bazana s'y trouvait.

L'autre visait à annuler une décision de la Haute Cour qui, en avril, avait suspendu les poursuites en appel contre les trois policiers en fuite condamnés par contumace en première instance. 

Parmi eux figure le major Paul Mwilambwe, qui avait mis en cause en 2012 le général Numbi dans la mort de Chebeya. Ce major s'était enfui au Sénégal, où il a depuis été inculpé à la suite d'une plainte déposée contre lui en juin 2014 par des avocats des familles Chebeya et Bazana. 

Au terme du procès en première instance, en 2011, et après une enquête dénoncée comme bâclée par les parties civiles, des organisations de défense des droits de l'Homme et plusieurs chancelleries occidentales, quatre policiers avaient été condamnés à mort (dont trois par contumace). Un autre avait été condamné à perpétuité et trois agents acquittés.

Les plaidoiries du procès en appel se poursuivront lundi avec les parties civiles et le ministère public. 

 

AFP

Ses derniers articles: Ghana: l'opposant creuse son avantage, toujours pas de résultats  Egypte: six morts dans une attaque contre la police au Caire  Le Caire: dans l'enfer des embouteillages, un combat quotidien