mis à jour le

Kenya: après les mots d'Obama, la société civile espère des actes

Barack Obama parti, des figures de la société civile kényane espèrent que son discours dénonçant avec vigueur les maux du Kenya, le pays de ses racines, sera suivi d'effets par un gouvernement et un personnel politique régulièrement accusés de restreindre leur liberté de parole et d'action.

"Fier d'être le premier président kényan-américain des Etats-Unis", M. Obama a profité de ses 48 heures de visite au Kenya, pays natal de son père, pour dénoncer les problèmes qui gangrènent la société kényane: corruption, tribalisme, atteintes aux libertés de la presse, droits des femmes bafoués...

Un discours visiblement très apprécié des jeunes Kényans de son auditoire et bienvenu pour une société civile kényane très active mais dont le champ d'action a été restreint ces derniers mois au nom de la "guerre contre le terrorisme" que mène le pays, visé par des attaques meurtrières des islamistes radicaux shebab.

En qualifiant la corruption, qui imprègne tous les échelons de la société kényane, de "plus grand obstacle à la croissance" du pays, le président américain a "tapé dans le mille", a salué John Githongo, vétéran de la lutte anticorruption dans son pays.

Dans l'Indice de perception de la corruption 2014 de l'ONG Transparency International, le Kenya, classé 145e sur 174 pays, est "désormais derrière le Nigeria", 136e, pourtant tristement réputé pour sa corruption endémique, a déploré M. Githongo.

"Obama a abordé tous les sujets qui s'imposaient, mais, a-t-il regretté, a quelque peu épargné le gouvernement". Il "aurait pu être plus virulent sur la corruption et sur le tribalisme", ancrés au coeur de la vie politique kényane.

C'est en présence du président Uhuru Kenyatta et du vice-président William Ruto, accusés de porter une lourde responsabilité dans les violences politico-ethniques ayant ensanglanté le Kenya après les élections de décembre 2007, que M. Obama a lancé: "une politique basée seulement sur la tribu et l'ethnicité est une politique vouée à déchirer un pays".

La Cour pénale internationale a inculpé les deux têtes de l'exécutif kényan de crimes contre l'humanité dans ce dossier, en faisant des parias sur la scène internationale durant plusieurs mois. Les poursuites contre M. Kenyatta ont depuis été abandonnées faute de preuves, mais le procès de M. Ruto se poursuit à La Haye.

M. Githongo a aussi déploré que le président américain n'ait pas assez insisté sur les libertés d'association et de la presse, alors qu'au Kenya, "on a très fortement l'impression que les médias et la société civile sont en état de siège".

 

- 'Politiques progressistes' -

 

Reste que le discours du président Obama a sans doute mis du baume au coeur des militants des droits de l'Homme et autres journalistes kényans dans un pays où la liberté d'expression et d'opinion est plutôt bien ancrée, à la différence du voisin éthiopien où l'opposition et la presse sont largement réduites au silence par les autorités.

Ainsi, Boniface Mwangi, figure de l'activisme socio-politique au Kenya, espère que la visite de M. Obama portera ses fruits. Lui qui a rencontré M. Obama au cours de son séjour à Nairobi, il a appelé les dirigeants kényans à écouter les messages délivrés par le président américain.

"Les Kényans sont satisfaits des déclarations fortes d'Obama contre la corruption et nous espérons que notre président va désormais prendre au sérieux la lutte contre la prévarication", a déclaré M. Mwangi, assurant que "la visite d'Obama a réveillé la jeunesse kényane".

Yvette Kathurima, du groupe de défense des droits des femmes FEMNET, a également salué les propos de M. Obama, qui a qualifié de "mauvaises traditions" les violences conjugales, mutilations génitales féminines et mariages précoces, phénomènes répandus au Kenya, disant "espérer que ce discours encouragera les décideurs à mettre en place des politiques progressistes".

Mais dès lundi, au lendemain du départ de Barack Obama pour l'Ethiopie, Igah, dessinateur du grand quotidien Daily Nation tempérait quelque peu l'enthousiasme suscité par le discours d'Obama, en montrant un fonctionnaire kényan, les pieds sur son bureau, disant: "Obama parti, on n'a plus personne à impressionner".

 

AFP

Ses derniers articles: CAN-Féminine 2016: le Nigeria douche les espoirs des Lionnes du Cameroun  L'Algérie déplore la faiblesse du commerce interafricain  Génocide: la peine du premier Rwandais condamné en France confirmée en appel 

société

AFP

France Télé accusé de diffamation par une société liée au groupe Bolloré

France Télé accusé de diffamation par une société liée au groupe Bolloré

AFP

Sénégal: le frère du président Sall démissionne d'une société pétrolière

Sénégal: le frère du président Sall démissionne d'une société pétrolière

AFP

Soudan du Sud: des membres de la société civile menacés après la visite de l'ONU

Soudan du Sud: des membres de la société civile menacés après la visite de l'ONU