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Un café-internet au Soudan. Crédit photo: Giorgio Montersino via Flickr, Licensed by CC.
Un café-internet au Soudan. Crédit photo: Giorgio Montersino via Flickr, Licensed by CC.

Pourquoi les start-up africaines ont encore dû mal à décoller

Les start-up d’Afrique francophone manquent d’argent pour se développer. Plusieurs grands noms du digital ont débattu de la question au Forum Forbes Afrique 2015 à Brazzaville.

L’histoire de Nino Njopkou est une success-story à l’africaine. Mais elle illustre aussi les nombreuses difficultés auxquelles font face les entrepreneurs africains dans le secteur du numérique.

Ce Camerounais, qui a longtemps vécu à Paris, a lancé en 2009 le site Kerawa.com, une plateforme de petites annonces pour entreprises présente dans six pays. Faute de moyens, son site a longtemps végété, avant que des hommes d’affaires français investissent 200.000 euros dans son projet début 2015. Une levée de fond qui pourrait sembler dérisoire dans la Silicon Valley californienne, mais pas ici au Cameroun où cela a permis à Nino Njopkou de recruter une équipe pour développer Kerawa.com qui revendique aujourd’hui 150.000 visites par mois.

“Une levée de fonds, c’est extrêmement rare pour des start-up en Afrique francophone. Je pense qu’on peut les compter sur les doigts d’une main ou des deux mains”, explique à Slate Afrique, Nino Njopkou, qui était invité au Forum Forbes 2015 sur “la révolution numérique accélérateur de croissance”, à Brazzaville le 21 juillet.

Haut-débit et maturité du marché

En 2014, le taux de pénétration d’Internet n’était que de 16% en moyenne, avec une forte fracture numérique selon les pays. En Afrique du Sud, plus de 30% de la population à accès à Internet, contre moins de 2% au Niger. Le premier obstacle pour les entrepreneurs africains spécialisés dans le secteur digital est donc cet accès restreint au réseau mondial pour les populations.

“Maintenant qu’on est passé à la 3G, Internet va se développer beaucoup plus rapidement au Cameroun, explique Nino Njopkou. Nous on vise les utilisateurs qui sont déjà initiés à Internet. On se base sur les utilisateurs de Facebook pour cela. Il y en a 1,1 million au Cameroun et nous avons 150.000 visiteurs par mois. Ce qui nous laisse un gros potentiel de développement.”

Pour Dorothy Gordon, une Ghanéenne qui dirige l’Institut de technologie avancée et d’informations d’Accra et dont la voix est très écoutée sur la question du numérique en Afrique, la taille réduite du marché économique de l’Afrique francophone est également un frein au développement des start-up. “En raison de la taille du marché, il est difficile d’attirer des investisseurs étrangers. Et les gouvernements locaux ne font pas assez pour aider les jeunes start-up à se développer”, a t-elle déclaré lors du Forum Forbes.

Mais pour contourner les embûches placées sur leur route, les jeunes entrepreneurs africains font aussi preuve de beaucoup de créativité.

Construction de bureaux pour attirer les investisseurs

Le commerce électronique a un potentiel de développement formidable sur le continent africain. Mais à l’heure actuelle, il ne représente que 2% des transactions mondiales. Pourquoi un tel retard alors que de nombreux entrepreneurs du continent ont choisi de placer leurs billes dans ce secteur?

Principale limite à la croissance de l’activité: le très mauvais état des infrastructures postales en Afrique. Résultat, pour s’attirer la confiance de ses clients, l’Africa Internet Group (AIG), poids lourd du secteur du e-commerce qui soutient des plateformes en ligne et mobile dans les domaines des petites annonces, des services et donc du e-commerce, a par exemple créé son propre système de distribution. “Aujourd’hui, nous avons 900 motos et camions qui nous permettent de livrer nous-mêmes nos clients”, explique Jérémy Hodara, le co-PDG d’AIG. “Il faut créer la confiance en habituant les gens à utiliser Internet. Avec nous, les gens paient seulement une fois qu’ils ont obtenu leur service ou leur marchandise”, ajoute t-il.

Au Kenya, où l’écosystème digital est bien plus développé et dynamique qu’en Afrique de l’Ouest, Mbwana Alliy, le fondateur de Savannah Fund un fonds de capital-risque spécialisé dans les hautes technologies, a déployé une autre stratégie pour attirer les investisseurs.

“Pour gagner la confiance des investisseurs, nous avons construit des bureaux en ville pour que nos activités paraissent moins abstraites. Et de cette façon, les gens ont vu que notre business était sérieux.”

C’est l’une des clés du business numérique en Afrique: gagner la confiance des internautes et des investisseurs pour qui Internet est encore une boîte à arnaque. “Il faut convaincre les utilisateurs que nous ne sommes pas là pour les escroquer”, résume Nino Njopkou, le fondateur de Kerawa.com. “Il faut leur montrer que nos services leur font gagner du temps et de l’argent. Un menuisier, pour qui diffuser de la publicité à la radio va coûter trop cher, va voir sa clientèle s’élargir de manière considérable en venant chez nous et il va vite voir qu’il gagne de leur l’argent”.

Mais pour Nino Njopkou et les autres faiseurs de start-up prometteuses, l'Afrique du numérique ne pourra pas vraiment décoller sans une politique forte et intelligente des gouvernements africains à l'exception de quelques pays comme l'Afrique du Sud ou le Kenya, qui pour le moment réchignent à mettre la main à la poche pour créer des conditions favorables à l'innovation. 

Camille Belsoeur, à Brazzaville

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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