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Nigeria: des fauteuils roulants pour les malades de la polio

A l'entrée du Centre pour handicapés Beautiful Gate, à Jos, dans le centre du Nigeria, six malades de la poliomyélite rampent sur leurs mains pour grimper sur un outil qui va leur changer la vie: des fauteuils roulants flambant neufs. 

"Ces fauteuils vont beaucoup nous aider en terme de mobilité", se réjouit James Goke, 49 ans, alors qu'il s'entraîne à actionner les roues de son nouvel engin pour la première fois.

Jusqu'à présent, le Nigeria figure encore avec l'Afghanistan et le Pakistan dans la liste des trois pays au monde où cette maladie infectieuse, qui entraîne souvent une paralysie des membres inférieurs du corps et peut entraîner la mort, est endémique.

Des campagnes de vaccination avaient dû y être suspendues, ces dernières années, après que des prêcheurs musulmans et des médecins eurent propagé la rumeur selon laquelle le vaccin faisait partie d'un complot occidental visant à dépeupler l'Afrique.

Mais grâce à des clips de sensibilisation diffusés en boucle par le service public, au soutien financier d'organisations internationales et à l'aide de dignitaires religieux, notamment, le Nigeria a pu inverser la tendance et faire reculer le virus. Le 24 juillet, cela fera un an que le pays n'a pas enregistré de nouveau cas de polio, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Vendredi, le Nigeria devrait donc être rayé de la fameuse liste.

Pour autant, les victimes de la polio, handicapées à vie, restent nombreuses dans le pays. "Des centaines de milliers", selon Ayuba Gufwan, lui-même atteint par le virus à l'âge de cinq ans et fondateur du Centre Beautiful Gate de Jos.

Cet établissement est le seul de tout le Nigeria à fabriquer des outils adaptés à ces malades.

Dans l'atelier, 49 employés --dont sept sont des survivants de la polio-- et 17 jeunes apprentis passent leurs journées à plier, scier, souder des barres de métal pour en faire des fauteuils roulants faciles à entretenir et réparables dans n'importe quel garage à vélo du pays.

Leur coût de fabrication: 25.000 nairas, soit 114 euros chacun. Ils sont offerts gratuitement aux malades, à condition qu'ils suivent des cours dans une école ou une formation professionnelle, ou qu'ils soient en train de monter leur propre affaire. 

"Nous avons passé le cap des 10.000 fauteuils en octobre de l'année dernière", annonce fièrement M. Gufwan. Et "nous en sommes maintenant à environ 11.000 fauteuils".

 

- Prothèses pour victimes de Boko Haram -

 

Le centre, fondé en 1999, est financé grâce à une donation du Rotary Club et à celles d'autres donateurs privés.

M. Gufwan, privé très jeune de l'usage de ses deux jambes, a réussi à surmonter son handicap et à mener à bien des études supérieures d'instituteur et de droit. Agé de 43 ans, il s'est porté candidat, lors des dernières élections, au poste de représentant à l'assemblée locale de l'Etat de Plateau --il a perdu à 700 voix près.

S'il voulait entrer en politique, c'était pour poursuivre toujours le même but: défendre les droits des handicapés dans sa région.

Dans une des pièces de l'atelier, dans laquelle sèchent des plâtres de toutes tailles, Habila Hasuna fabrique des prothèses de jambes avec les moyens du bord: du caoutchouc et des blocs de bois. Celles-ci sont destinées aux victimes de la polio, mais aussi aux victimes d'accidents de la route ou de piqûres de serpents qui ont dû être amputées.

Ces dernières années, M. Hasuna a vu affluer un autre type de handicapés: les survivants d'attentats du groupe islamiste Boko Haram, dont les violences ont fait plus de 15.000 morts et des dizaines de milliers de blessés en six ans.

"La demande explose", reconnaît M. Hasuna en jetant un ½il à son carnet de commandes. Ses patients viennent de Kano, Kaduna, Mubi... autant de villes frappées de plein fouet par les islamistes.

"En désespoir de cause, certains patients sont prêts à payer 5.000 ou 7.000 nairas (entre 23 et 32 euros). Mais on en a fait des centaines gratuitement", explique-t-il.

Une année entière sans nouveau cas de polio au Nigeria, c'est "un rêve qui se réalise", dit M. Gufwan, et "une étape historique" pour le pays et pour le reste du monde.

Mais son combat n'est pas terminé pour autant. "Ma priorité, c'est qu'après l'éradication on mette l'accent sur la réinsertion des victimes de la polio", poursuit M. Gufwan.

"Quand on aura porté secours au dernier survivant de la polio, nous fermerons ce centre", promet-il. Et "j'espère que c'est pour bientôt".

 

AFP

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