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 Un homme trempe son doigt dans l'encre dans un bureau de vote de Bujumbura. Photo AFP
Un homme trempe son doigt dans l'encre dans un bureau de vote de Bujumbura. Photo AFP

L'encre du bureau de vote, marque d'infamie au Burundi

Les opposants au président Pierre Nkurunziza ont appelé au boycott de la présidentielle

A la sortie des bureaux de vote de Bujumbura, c'est donc la priorité numéro 1 des électeurs, jeudi: effacer, telle une tache infamante, l'encre qui leur a servi à appliquer, sur le bulletin unique, leur empreinte devant le candidat de leur choix, puis celle dans laquelle ils ont trempé le doigt à la sortie, pour garantir un seul vote.

Eau, savon, mais aussi mouchoir, sable, terre, gazon, tous les moyens immédiatement disponibles sont bons pour se débarrasser de cette encre supposée indélébile, mais qui à force d'efforts et de persévérance finit par s'estomper largement, voire complétement.

Les opposants au président Pierre Nkurunziza, qui jugent anticonstitutionnelle sa candidature à un troisième mandat, ont appelé au boycott de la présidentielle de mardi, comme ils l'avaient déjà fait pour les législatives du 29 juin.

Alors, ne pas aller voter fait de vous un "opposant" aux yeux des partisans du président, notamment des Imbonerakure, les membres de la Ligue de jeunesse de son parti, le CNDD-FDD, qualifiés de "milice" et accusés d'intimider et brutaliser les adversaires du chef de l'Etat. A l'inverse, aller voter peut vous attirer les foudres des anti-Nkurunziza, très présents dans certains quartiers et régions.

La communauté internationale a dénoncé le climat de peur et d'intimidation généralisé régnant au Burundi, estimant qu'il ne permettait pas des élections crédibles. Et éviter les représailles des uns et des autres peut tenir du casse-tête.

"Dans certains endroits, comme ici à Kamenge, il faut montrer que tu as de l'encre sur le doigt pour prouver que tu as voté, sinon les Imbonerakure te prennent à partie en disant que tu appartiens à l'opposition", explique Pacifique, chômeur de 19 ans et habitant de ce quartier qui est un des rares fiefs du CNDD-FDD dans la capitale, majoritairement hostile au président.

"Mais pour mon travail, je dois aller dans un quartier où on a manifesté (contre le troisième mandat de M. Nkurunziza), donc je m'essuie les doigts pour que les jeunes de ce quartier ne me fassent pas du mal", poursuit-il. Et si un Imbonerakure, lui demande des comptes, il montrera sa carte d'électeur tamponnée.

En province, aussi, pendant les législatives le 29 juin, de nombreux électeurs étaient vus en train de se débarrasser avec des moyens divers et variés de l'encre tachant leurs doigts.

Dans un bureau de vote de Kanyosha, quartier du sud de Bujumbura, où tant le CNDD-FDD que l'opposition sont bien implantées, une électrice renâcle et fait la moue. De l'encrier, où elle l'a plongé rapidement, elle ressort un doigt vierge. Sommée de recommencer, elle trempe un minuscule bout d'index, comme elle ferait d'un orteil dans l'eau glacée.

Un assesseur saisit alors sa main et malgré ses protestations, la pauvre dame sort du bureau avec une phalange entière d'un bleu profond. Direction la fontaine, où une dizaine de personnes - y compris des policiers en uniforme - se passent déjà un savon.

"On a peur", admet Edouard, chômeur de 22 ans, qui frotte et refrotte, ne s'interrompant que pour vérifier l'avancée du nettoyage: "nous on aime voter mais ceux qui n'aiment pas voter peuvent nous battre. On aime la démocratie, les autres pas...".

Mais à quelques mètres, Emmanuel estime qu'aucun camp n'a le monopole de la peur. "Beaucoup de gens sont venus voter à cause des intimidations" des partisans du pouvoir, assure cet ancien combattant de la guerre civile (1993-2006), démobilisé.

Lui assure être venu exercer ses "droits civiques" et se vante de n'avoir pas voté pour le président. "Personne ne peut venir me dire ce que je dois faire ou pas", assure-t-il. Mais lui aussi a partiellement lavé son doigt. "C'est mauvais pour la santé", tente-t-il de se justifier.

AFP

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