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RDC: réconciliation fragile

A Dongo, on a "juré au nom de Dieu et des ancêtres" de ne "plus recommencer" après le conflit interethnique ayant déchiré en 2009-2010 cette zone reculée du nord-ouest de la République démocratique du Congo. Cinq ans plus tard, le sous-développement chronique de la région favorise cependant encore d'importantes frustrations.

A 950 km au nord de Kinshasa, dans la province de l'Équateur, Dongo ne figure pas sur toutes les cartes générales du pays.

Au bord de l'Oubangui, qui délimite ici la frontière avec le Congo-Brazzaville, la localité attend encore les effets de la "révolution de la modernité" promise en 2011 par le président Joseph Kabila : il n'y a pas d'électricité, pas de réseau d'eau potable, et les pistes en terre battue sont dans un état déplorable.

Les 150.000 habitants du secteur vivent pour la plupart dans de modestes habitations en torchis et le souvenir des événements de 2009-2010 est encore vivace.

A l'époque, les Enyele et les Munzaya, deux communautés d'agriculteurs-pêcheurs (désignées par le nom de leur village respectif), s'étaient affrontés pour le contrôle d'étangs poissonneux.

Rapidement, ce qui avait au départ tous les airs d'un de ces conflits de voisinage si fréquents au Congo, s'est étendu et a dégénéré en véritable insurrection contre les institutions provinciales et nationales.

Les insurgés ont alors justifié leur action en dénonçant la stigmatisation et l'oubli dont étaient victimes selon eux les habitants de l'Équateur, province d'origine du dictateur Mobutu Sese Seko, chassé du pouvoir en 1997 par Laurent-Désiré Kabila, père de l'actuel président de la République.

 

 - 'Pas de suivi' -

 

La violence avait culminé en avril 2010 avec la prise de l'aéroport de Mbandaka, chef-lieu de l'Équateur, et de la résidence officielle du gouverneur de la province, à près de 300 km au sud. Le calme n'était revenu qu'après une intervention de l'armée soutenue par les Casques bleus de la Mission de l'ONU au Congo.

Au total, 270 personnes ont été tuées dans ces troubles, et quelque 200.000 poussées à s'exiler au Congo-Brazzaville, en Centrafrique ou à se déplacer dans la province. L'ONU a annoncé en 2014 avoir achevé les opérations de rapatriement des réfugiés.

La pauvreté généralisée, l'enclavement du territoire, les extorsions dont sont victimes les habitants, la persistance de conflits fonciers engendrent des frustrations qui fragilisent aujourd'hui la paix officialisée en février 2013 par la signature d'un pacte de non-agression entre plusieurs communautés, dont les Enyele et les Munzaya.

Depuis lors, "nous sommes en étroite collaboration. Nous nous sommes mariés entre nous. On avait juré au nom de Dieu et des ancêtres qu'il ne fallait plus recommencer, alors on a tenu parole", assure Désiré Maleka Mamoloko, chef du groupement où se trouve Munzaya.

Derrière ce discours rassurant, les communautés regrettent que le gouvernement tarde à mettre en ½uvre leurs recommandations en vue d'une paix durable : création de routes, d'écoles, d'hôpitaux, d'une radio communautaire et définition de limites territoriales claires.

"Il n'y a pas de réalisation ni de suivi", déplore Évariste Mumba, qui vit à Enyele et est le "pacificateur" des deux communautés. "Si toutes les recommandations ne sont pas réalisées, cela peut donner une autre atmosphère" et être source de tensions, voire de conflit, prévient-il.

Faute d'appui financier et logistique, la petite structure de conciliation locale qu'il dirige a du mal à gérer les 20 à 25 cas de conflits, essentiellement fonciers, qui lui sont présentés chaque mois.

 

 - Rançonnement -

 

En l'absence de délimitations claires, Arnold Nznagama, chef d'antenne de la Radio communautaire de Dongo (Racodo), explique que l'on s'affronte facilement entre villages "pour la limite d'un terrain [ou] d'une forêt".

"Les autorités disent qu'elles ont pris bonne note [d'une demande de cartographie précise pour trancher les litiges] mais on ne voit rien, et les conflits se multiplient à cause de ça !", se désole Vincent Maloko, modérateur adjoint d'une structure en charge de la réconciliation de Dongo.

"Si, par exemple, des pêcheurs voient que le poisson se fait rare dans leur zone, ils peuvent se rendre dans un autre groupement pour y faire des travaux champêtres, décider d'y rester, et ne plus vouloir partir", explique pour sa part Moussa Ebossi, chef du groupement Monzombo.

Incendié lors du conflit en 2009, le marché de Dongo propose des vivres provenant de l'Équateur, du Congo et de la Centrafrique. Mais "les denrées alimentaires coûtent trop cher alors qu'on ne gagne pas bien !", peste Jean-Pierre Tinzapa, son administrateur.

Les prix élevés sont dus entre autres au mauvais état des pistes, ravinées par les pluies très abondantes, ce qui retarde le transport - à pied, à vélo ou à moto - des produits.

Pour M. Ebossi, "le chômage criant à Dongo restera probablement une grande source de conflits".

Des jeunes se sont bien improvisés cantonniers, mais des habitants regrettent qu'ils exigent en retour de l'argent.

Les soldats n'échappent pas à la précarité et ont érigé des barrages illégaux. "Les militaires sont là pour rançonner, même ceux qui sont à pied ! 500 francs (0,5 dollar), 200 francs, 1.000 francs... Cela dépend de la tête du client", se plaint un commerçant.

"Chaque année, nous avons un rapport annuel que l'on donne à notre hiérarchie" et "nous attendons la réponse définitive des autorités compétentes", explique, blasé, Blaise Delitimo, fonctionnaire subalterne.

AFP

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