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Photo REUTERS/Siphiwe Sibeko
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Le combat des femmes sud-africaines contre la culture du viol dans les mines

À 200 mètres sous terre, entourée par les bruyants tapis roulants qui convoient des tonnes de pierres vers la surface, Bernice Motsieloa, chef de quart de 33 ans, incarne une petite révolution au sein du milieu machiste et violent des mines sud-africaines. À la tête d'une équipe essentiellement masculine de 22 personnes dans la mine de platine de Bathopele (nord), cette mère de deux enfants fait partie des milliers de femmes mineurs employées dans ce secteur encore dominé par les hommes. 

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Alors que l'interdiction du travail des femmes dans les mines n'a été levée qu'en 1996, 15% des employés de l'industrie minière sont aujourd'hui de sexe féminin, au-dessus de l'objectif de 10% que s'était fixé le gouvernement. Plus gros employeur privé d'Afrique du Sud, Anglo American Platinum, qui exploite la mine de Bathopele compte 3.081 femmes dans ses effectifs. Si Bernice Motsieloa affirme n'avoir jamais subi de violence physique depuis qu'elle est descendue pour la première fois au fond d'une mine d'or il y a 13 ans, elle se souvient en revanche parfaitement des insultes endurées. 

"C'était dur. Nous étions ouvertement insultées par nos collègues masculins qui nous disaient que ce n'était pas notre place", raconte-t-elle. "Au départ je voulais démissionner. Nous devions nous défendre face à des hommes qui n'avaient pas l'habitude de travailler avec des femmes", ajoute-t-elle.

Les insultes laissent souvent place au harcèlement, voire pire: selon une étude menée par l'université du Witwatersrand en 2009, les femmes sont fréquemment victimes d'abus sexuels dans le secteur minier, une industrie clé pour l'économie sud-africaine qui emploie près d'un million de personnes. "Les hommes voient encore les femmes comme des objets sexuels et les actes sexuels contre de l'aide sont en augmentation", explique le document. 

La mise en place d'une hotline

En 2012, à quelques kilomètres du site de Bathopele, au fond d'une autre mine exploitée par Anglo American, une ouvrière a été violée et tuée à coups de pierre. Il y a trois mois, une femme a été violée dans les vestiaires d'une autre mine de la même compagnie, avant de réussir à s'échapper. "J'étais choquée et je n'avais plus aucune confiance dans ce milieu", se souvient Bernice Motsieloa, qui est désormais en contact permanent avec la surface et la salle de contrôle lorsqu'elle est sous terre.

"Cela a vraiment eu un effet sur moi. Je me demandais: et si quelqu'un surgissait?", explique la jeune femme. 

Mineur à la retraite, Elias Mkhonza confirme que lorsqu'il travaillait au fond de la mine, des hommes demandaient des faveurs aux femmes en échange de leur aide pour les tâches les plus éprouvantes."Si je fais ton travail, tu me donnes quelque chose en échange, ça se passe comme ça", se souvient ce mineur qui a travaillé pendant 22 ans dans l'extraction aurifère. Il estime lui-même que les femmes n'auraient "jamais dû être acceptées sous terre".  

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Face à cette violence, Anglo American a créé un système qui permet aux femmes de ne jamais se trouver seules et de travailler avec d'autres femmes ou des hommes de confiance. Une hotline contre le harcèlement sexuel a également été mise en place, ainsi que des caméras de surveillance et un système de reconnaissance biométrique à l'entrée des vestiaires féminins.

"Des femmes sont venues nous parler et nous ont demandé de prendre certaines mesures. Un processus est en cours pour qu'elles se sentent en sécurité dans nos mines", affirme à l'AFP Chris Griffith, le PDG d'Anglo American Platinum.

"Le boulot est physiquement difficile"

Les mineurs descendent jusqu'à 350 mètres de profondeur, où la lumière est rare. Les lampes frontales éclairent les galeries et révèlent les visions fantomatiques des travailleurs dans leurs combinaisons blanches. Dans ces conditions extrêmes, Nozuko Ogyle, l'une des trois femmes de l'équipe de Bernice Motsieloa, assure qu'elle doit travailler plus dur que les hommes pour être prise au sérieux. "

Le boulot est physiquement difficile et en tant que femme nous devons montrer que nous pouvons le faire", assure t-elle.  

Malgré ces nombreux obstacles, Bernice Motsieloa a finalement réussi à s'imposer et à devenir superviseur d'une équipe, après des années de travail manuel. Aujourd'hui, elle dégage une autorité certaine à la tête de son équipe et n'envisage pas une seconde de changer de métier.   

"J'ai appris que rien n'est hors de portée. Si un homme peut le faire, alors une femme peut même mieux faire", explique celle qui se sent sous terre "comme dans son bureau". Mais "les femmes ne doivent pas simplement saisir les opportunités pour réussir", souligne-t-elle, "elles ont aussi besoin du soutien de leurs patrons".

Slate Afrique avec AFP

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