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 Un homme marche à côté d'une voiture renversée lors de heurts entre Arabes et Berbères, à Guerara le 9 juillet 2015 AFP Farouk
Un homme marche à côté d'une voiture renversée lors de heurts entre Arabes et Berbères, à Guerara le 9 juillet 2015 AFP Farouk

En Algérie, la ville de Guerara au coeur du drame

Le gouvernement algérien a chargé l'armée et la justice de mettre fin aux violences entre Arabes et Berbères dans la région de Ghardaïa, dans le sud, qui ont fait plus de 20 morts et des dizaines de blessés ces derniers jours.

Barricades de pneus, de brouettes et d'objets divers, locaux commerciaux, maisons et véhicules incendiés: la ville de Guerara portait jeudi matin les stigmates des affrontements des jours précédents, a constaté un photographe de l'AFP.

Aucun déploiement de soldats n'était toutefois visible dans cette localité où 19 personnes sont mortes dans la nuit de mardi à mercredi, le plus lourd bilan depuis le début de la crise communautaire en décembre 2013, en raison de l'utilisation pour la première fois d'armes à feu. Au moins trois autres ont été tuées ailleurs dans la région de Mzab, à environ 500 km au sud d'Alger.

A Guerara, les morts seraient 16 Mozabites et trois Arabes, a indiqué à l'AFP un représentant de la communauté mozabite à l'AFP, en précisant que les familles n'avaient pas encore récupéré les corps gardés à l'hôpital pour l'autopsie.

Outre les frontières séparant les quartiers, les mozabites sont reconnaissables à leur tenue spécifique qu'ils portent même loin de leur région d'origine, calotte et pantalon bouffant surmonté d'une chemise ou d'une djellaba. Les adultes ont souvent la barbe taillée en bouc.

Parmi leurs victimes, un trentenaire habitant à Bordj-El-Bahri (banlieue-est d'Alger) qui s'est rendu sur place pour "protéger sa propriété". Il a été tué de deux balles de fusil de chasse tirées dans le dos, ont déclaré ses proches à l'AFP.

La brusque flambée de violences a été déclenchée mardi peu avant minuit lorsque des hommes aux visages masqués et armés de fusils de chasse ont ouvert le feu sur des habitants, selon une version des faits non confirmée du quotidien El Khabar.

Les corps ont été difficilement évacués par les familles, faute de sécurité pouvant permettre aux pompiers d'intervenir, selon le journal.

Le journal El Watan évoque la présence de "hordes encagoulées" à bord de motos qui ont obligé les habitants à quitter leurs maisons, qu'ils ont ensuite incendiées, et face auxquelles les policiers ont paru impuissants.

L'affaire a pris une ampleur nationale qui a conduit le président Abdelaziz Bouteflika à tenir mercredi soir une réunion d'urgence avec le Premier ministre Abdelmalek Sellal et le chef de l'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaid Salah.

M. Bouteflika a chargé le commandant de la 4e région militaire de superviser les opérations "pour le rétablissement et la préservation de l'ordre public à travers la wilaya (préfecture) de Ghardaïa".

Il a également demandé que la justice "prenne en charge, avec diligence et sévérité, toutes les violations de la loi (...) et notamment l'atteinte à la sécurité des personnes et des biens", selon un communiqué.

Le Premier ministre, qui s'est rendu sur place jeudi, a assuré que l'Etat était déterminé à prendre les "mesures appropriées et fermes pour éradiquer toute forme de violence et rétablir la  la paix dans la région". 

L'armée a "toutes les prérogatives pour rétablir l'ordre même en instaurant un couvre-feu, interdisant les manifestations, les attroupements", a-t-il précisé, devant un parterre de membres de la société civile et des notables de la région de Ghardaïa.

Depuis plus de deux ans, le gouvernement a envoyé à chaque poussée de violence des renforts de policiers et gendarmes sans réussir à rétablir l'ordre dans la vallée rocailleuse aux portes du désert.

- 'Plan d'asphyxie' -

 

Y cohabitent depuis des siècles mozabites, des berbères de rite ibadite (musulmans chiites), et des arabes malékites (musulmans sunnites). Se sont ajoutées au fil des décennies des populations diverses attirées par l'urbanisation et la découverte du pétrole dans des gisements proches.

La "solution policière" n'a rien apporté, constatait jeudi le quotidien La Tribune. "La crise est une des expressions de la crise de l'Etat national qui, loin de valoriser la spécificité des régions, a ignoré les formes d'auto-organisation ancestrales", juge son éditorialiste.

Majoritaires dans la région, les mozabites, dont le fief de Ghardaïa est un joyau touristique classé au patrimoine mondial de l'Unesco, continuent de vivre selon un modèle social propre.

Forte solidarité entre membres de la communauté, contrôle social, modes de vie et d'habitat propres caractérisent ce modèle perçu parfois comme un "empêchement à l'adhésion à la nation" dans un pays dirigé par un pouvoir politique centralisé, souligne la sociologue Fatima Oussedik.

Issu de cette communauté, l'universitaire Rostom El Djazaïria dénonce dans El Watan "un plan d'asphyxie de toute une population, doublé d'une démarche calomnieuse et machiavélique bien structurée visant l'isolement moral, politique et médiatique de celle-ci".

"Pour le pouvoir, la voie consisterait à dicter à la communauté mozabite sous la menace et la terreur savamment dosés, distillés et sous-traités, les termes de sa soumission, du renoncement à sa différenciation, de l'application du processus de désintégration et l'extinction de sa civilisation, analyse-t-il.

AFP

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