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Le coureur érythréen Daniel Teklehaimanot au départ de la 1ère étape du Tour de France 2015. REUTERS/Stefano Rellandini
Le coureur érythréen Daniel Teklehaimanot au départ de la 1ère étape du Tour de France 2015. REUTERS/Stefano Rellandini

Sur le Tour de France, le lien étroit entre les coureurs érythréens et la dictature

Le régime d'Asmara utilise le succès des coureurs érythréens à des fins de propagande.

Sur les routes du Tour de France 2015, Daniel Teklehaimanot et Merhawi Kudus sont les symboles d'un cyclisme africain en pleine progression. Les deux coureurs de l'équipe MTN-Qhubeka sont les premiers noirs africains à participer à la plus prestigieuse des courses cyclistes. Mais si l'histoire est belle, le duo est originaire d'Erythrée, la pire dictature en Afrique, qui est le mouton noir du continent.

Petit retour en arrière. Quelques jours après les attentats du 11-Septembre 2001 à New York, le président Issayas Afewerki, à la tête du pays depuis l’indépendance, a coupé son pays du monde en faisant incarcérer en masse les réformistes de son parti, des intellectuels, des journalistes, des membres de l’opposition... Depuis, l’Erythrée est l’un des pays les plus fermés de la planète. Asmara se classe au dernier rang du classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, derrière la Corée du Nord.

Depuis le début de l’année 2015, sur un total de 36.390 migrants qui sont arrivés sains et saufs en Europe, 3.363 étaient Erythréens, selon les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) révélés mardi 21 avril par la porte-parole de l’organisation. C’est plus que n’importe quel autre pays, si l'on excepte la Syrie (8.865 réfugiés).

Les cyclistes sont soutenus par la dictature

Le talent des coureurs érythréens est de ce point de vue une belle opportunité diplomatique pour le tyran Issayas Afewerki de redorer l'image de son pays. Le dictateur, qui dirige le pays depuis l'indépendance en 1993, chouchoute Daniel Teklehaimanot, le meilleur coureur érythréen qui devenu le premier coureur africain à obtenir le maillot à pois de grimpeur jeudi 9 juillet.

Après sa victoire sur le Tour du Rwanda en 2011, qui a lancé sa carrière, un accueil incroyable lui avait été réservé à Asmara, la capitale, avec un défilé en limousine devant des milliers de personnes dans les rues, puis un dîner avec le président en personne sous les ors de l'Asmara Palace Hotel. 

"Cela ne veut pas dire qu'il soutient le régime", confie à Francetvinfo le journaliste Léonard Vincent, auteur du livre Les Erythréens. "Il est une icône pour tous les Erythréens, ceux de l'intérieur comme la diaspora d'opposants qui ont fui. Mais il garde ses opinions politiques pour lui. Comme me le disait un haut fonctionnaire qui a travaillé pour le président avant de faire défection: 'Là-bas, tout le monde fait semblant.'"

Des espions à l'étranger

Dans un reportage dans leur sillage sur les routes du Tour de France, le journal Libération note que Daniel Teklehaimanot et Merhawi Kudus sont suivis par une trentaine de fans à chaque fin d'étape. "Quel est le drapeau le plus visible depuis le début du Tour 2015? Assurément celui des Flamands, avec son lion noir sur fond jaune. Celui qui le talonne est plus inattendu: oublié le sempiternel fanion breton, place à la bannière érythréenne avec ses branches d’olivier dorées", écrit le média français. 

Un fan-club peut-être encouragé par le régime d'Asmara. Car de nombreux espions du régime opèrent également hors des frontières du pays pour surveiller la très nombreuse diapora qui s'élève à plus de deux millions de personnes, comme nous l'écrivions dans un article récent. "Même à l'étranger, les gens ne peuvent pas parler librement car le gouvernement surveille tout en envoyant des espions à l'intérieur des diasporas", raconte un Erythréen dans le rapport de l'ONU qui a dénoncé le système de surveillance généralisé mis en place par Issayas Afewerki.

Lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012, l'un des membres de l'ambassade érythréenne sur place avait "pris la responsabilité de superviser le parcours de la course pour situer le meilleur endroit pour que les supporters érythréens observent la course", expliquait dans un communiqué le ministère des Sports érythréen. Une action évidemment téléguidée depuis le palais présidentiel d'Asmara. 

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

Ses derniers articles: L'Algérie, un pays qui se transforme en fossile  Le bonheur des Gambiens qui se réveillent dans une dictature devenue démocratie  Le Maroc confronté au retour de centaines de djihadistes sur son sol 

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