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Hicham Gad au côté de ses marionnettes. Nadéra Bouazza/DR
Hicham Gad au côté de ses marionnettes. Nadéra Bouazza/DR

Hicham Gad, le «Gepetto égyptien»

Et si l'ex-président égyptien, Hosni Moubarak, était une marionnette?

Entre mythes et réalités, Hicham Gad, un marionnettiste égyptien nous conte son histoire et celle de son pays. Notre rencontre, un hasard, comme les plus belles rencontres. Au détour d'une bouche de métro, Hicham Gad m'invite à son spectacle de marionnettes, deux jours plus tard. Nous voilà embarqué dans l'univers de ce marionnettiste égyptien qui n'a pas la langue dans sa poche.

En France depuis huit ans, c'est en Egypte qu'il a tout appris. Sa famille réside à Shubra, un quartier populaire du Caire souvent associé à la communauté copte. Aux souvenirs de l'Egypte, viennent se greffer les images de sa mère, celle qui lui a transmis le don de créer et de raconter des histoires.

«C’est ma mère qui m’a tout appris. J’étais très jeune quand elle m’a enseigné la sculpture. J’ai été son seul et unique élève. Ma mère a pourtant fait des études d’art pendant trois ans afin de devenir professeur d’art. Mais le mariage avec mon père a mis un terme à sa vie professionnelle. On n’avait pas besoin d’argent. De plus à cette époque, la femme ne travaillait pas. En France vous avez une expression, être sous les jupes de sa mère. Voilà j’étais ce genre de garçon.»

Même adulte, il a la capacité à s'émerveiller comme un enfant, notamment lorsqu'il évoque la relation qu'il entretient avec ses marionnettes. Ses pupilles s'agrandissent et nous voilà reparti dans son monde.

«Mes marionnettes, elles ne me quittent plus. Elles habitent en moi et j’habite en elles. La nuit, elles se réveillent parfois dans la salle où je les entrepose. Mais on est bien ensemble. Je suis un moyen pour elles, c’est tout.»

Après Gamal Abdel Nasser, c'est l'enfer

Conscient qu'il est le produit d'une époque nassérienne, Hicham nous vante la présidence de Gamal Abdel Nasser(1956-1970), une ère où l'Egypte brillait par sa culture dans le monde arabe. Chanteuses, écrivains et réalisateurs étaient alors convoités par les grandes capitales, Beyrouth, Damas et le Caire.

Cette réussite, Hicham Gad l'associe à la politique de Nasser en terme d'éducation, notamment la démocratisation de l'enseignement primaire, quelques années après le coup d'état des officiers libres en 1952. 

«C’était tout de même la belle époque! J’ai ensuite fait cinq années dans une école gouvernementale du Caire. On étudiait les grands auteurs. L'éducation gouvernementale n'était pas en miettes comme maintenant.»

L'enfer vient après, avec l'arrivée au pouvoir d'Anouar al-Sadate en 1970.

«Si Moubarak était l'une de mes marionnettes, il serait le roi de l'enfer. Et son pire ennemi, la culture», confie Hicham.

Le système d'Hosni Moubarak (1981-2011) n'est que le digne héritier du système en vigueur sous Sadate. Hicham revient aux racines du régime policier et de la corruption, tant critiqués par les Egyptiens qui mènent la révolution. Un système de plus de 50 ans, qui ne disparaitra pas en 18 jours de contestations.  

«Le premier roi de l’enfer, ce fut Anouar al-Sadate, l’homme qui a accepté une paix sans égalité lors de la signature des accords de Camp David ( l'accord signé entre l'Egypte et Israël en 1978). Comment peux-tu interdire aux Egyptiens de circuler dans le Sinaï après tant de morts? C’est Sadate qui a commencé à tuer des gens comme moi, des socialo-communistes.» 

«Les méthodes sont les mêmes depuis Sadate. Je ne comprends pas quel danger on représentait pour l’Egypte. Sadate a torturé des gens comme moi, parce qu’on était libre. Et Moubarak a suivi les pas de son maître, comme une marionnette épouse les gestes de son créateur», ajoute le marionnettiste.

De France, Hicham a essayé de faire sa révolution en disant «dégage» à l'ambassadeur égyptien. Devant l'ambassade, accompagné d'autres Egyptiens, il demandait le départ d'un homme, qui représentait l'Egypte d'Hosni Moubarak. Or Moubarak parti, l'ambassadeur aurait dû quitter ses fonctions, comme cela a été le cas à l'ambassade tunisienne après le départ de Ben Ali, selon Hicham.

Revenons aux marionnettes…

A droite, al harami, le voleur en arabe. Nadéra Bouazza/DR

«A droite, al harami, le chef des voleurs. C’est Gamal Moubarak, le fils d'Hosni Moubarak. Le 25 janvier, ce sont les Egyptiens qui se sont révoltés contre lui et le système corrompu, dont il est une figure de proue. Si des enfants sont dans la rue, c’est notre faute. Gamal et Suzanne Moubarak encaissaient des millions et aujourd’hui, les coffres sont vides. Toute la clique doit certainement barboter dans une piscine, en face de la mer rouge. Ils ne sont pas en prison. Ils profitent encore de nous».

A droite, une chanteuse de cabaret au Caire. Nadéra Bouazza/DR

«A droite, une chanteuse des années 1950. Je le concède, elle est passée par le lifting. Elle est sympa. Je l’aime bien. Elle chantait dans les cafés concerts et les cabarets du Caire. Aujourd’hui, elle serait ringarde.»

 

Danseuse orientale du Caire. Nadéra Bouazza/DR

«Une danseuse orientale, Saneya Susat. Elle danse et tous les esprits s’échauffent. Je demande toujours s’il y a des hommes mariés dans la salle avant l’entrée en scène. En Egypte, le mouvement de la danseuse orientale, c’est déjà beaucoup. C’est impossible d’être un acteur sans avoir eu une histoire avec une danseuse orientale.»

A gauche, le chef des baltageyya. Nadéra Bouazza/DR

«A gauche, le chef des baltageyya, ces hommes de mains payés par le pouvoir, qui cherchent seulement à diviser les Egyptiens et semer le chaos dans le pays. Il ressemble à Habib al-Adli, l’ancien ministre de la justice, sur le banc des accusés, au côté d’Hosni Moubarak et de ses fils. C’est lui qui aurait commandité l’attentat du 31 décembre 2010 devant l’Eglise El Kadessine à Alexandrie. Cet attentat avait à nouveau instillé la méfiance entre les coptes et les musulmans.»

Lorsque nous abordons la question des communautés en Egypte, notamment les violences orchestrées par l’armée, Hicham botte en touche.

«Les religions? Des mythes! Chacun croit détenir la vérité. Les coptes: l’Egypte, c’est moi. Les musulmans: l’Egypte, c’est moi», me dit-il, bombant le torse, en imitant ses concitoyens égyptiens.

Nadéra Bouazza


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Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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