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Une scène dans un café à Bassorah en Irak, 2011. REUTERS/Atef Hassan.
Une scène dans un café à Bassorah en Irak, 2011. REUTERS/Atef Hassan.

La vie sans Kadhafi

Trois Libyens essaient d’imaginer leur pays après Kadhafi.

Quelques heures après la fin sanglante de Mouammar Kadhafi à Syrte, à 560 km à l’ouest, trois Libyens entrent dans un café de Benghazi: un islamiste, un progressiste et un ancien fidèle de Kadhafi. Ils ont accepté de m’y rencontrer virtuellement, par Skype interposé, pour parler de la mort du dictateur et de l’avenir de la Libye, où je m’étais rendu en mars et en avril pour un reportage sur la guerre et pour enquêter sur les origines de la révolte. Un de ces trois hommes, le progressiste, est l’ami d’un ami rencontré à Benghazi. Les deux autres travaillent avec lui dans une entreprise d’études et de recherches. Ils ne se connaissent que depuis quelques semaines.

Organiser cette réunion depuis ma maison d’Oakland, en Californie, est loin d’être idéal; des coupures d’Internet nous interrompent toutes les dix minutes à peu près sur deux heures de conversation, et le bruit des détonations des «rasaas al-farah» (littéralement des «tirs de joie») interrompt régulièrement notre conversation. Benghazi, deuxième ville de Libye et lieu de naissance du soulèvement contre Kadhafi, n’est plus une ville en guerre, mais ce n’est pas encore une ville en paix: les civils manipulent encore des armes automatiques, héritage des premiers jours chaotiques de la guerre, et le nouveau gouvernement de la ville semble avoir du mal à revendiquer un monopole sur le recours légitime à la force physique (pour citer la célèbre définition de l’État du sociologue allemand Max Weber).

Abdul Salaam et sa longue barbe

L’islamiste, Abdul Salaam, a 30 ans. C’est un homme très grand, au sourire facile, qui aime s’habiller simplement, avec des chemises au col ouvert, un pantalon à mi-mollet et des sandales. Et une longue barbe.

Il a commencé à se laisser pousser la barbe pour la première fois en février, quelques jours après que le régime de Kadhafi a été chassé de Benghazi. Il avait eu envie de se la laisser pousser depuis des années mais avait préféré attendre.

«J’ai vu ce qui arrivait à ceux qui avaient de longues barbes sous Kadhafi. Quelqu’un écrivait un rapport secret sur vous, et vous vous retrouviez en prison.», explique-t-il.

Certains cousins et voisins d’Abdul Salaam sont allés en prison pour s’être laissé pousser la barbe, ou à cause d’autres signes de piété «excessive.» «Leurs idées ne correspondaient pas à ce que voulait Kadhafi» explique Abdul Salaam d’un air détaché. Se rendre fréquemment à la mosquée suffisait même pour qu’au milieu de la nuit, les membres de l’appareil sécuritaire de Kadhafi, les très redoutées forces de Sécurité intérieure et les Comités révolutionnaires, viennent frapper à votre porte. Le prix à payer pour être religieux? «Certains restaient en prison 15 ans» raconte Abdul Salaam. «D’autres y sont morts.»

Quelques connaissances d’Abdul Salaam ont fait plus que se laisser pousser la barbe et ont pris les armes contre le régime dans les années 1990. Ils étaient membre du Groupe islamique combattant en Libye (GICL), né dans l’est du pays au début des années 1990, et dont certains membres étaient des Libyens qui venaient de rentrer d’Afghanistan où ils avaient combattu l’occupation soviétique. Le GICL a tenté par trois fois d’assassiner Kadhafi dans les années 1990. Le colonel se vengea avec férocité et à l’aveuglette: beaucoup de gens simplement soupçonnés de liens avec le GICL ont fini dans la célèbre prison d’Abu Salim à Tripoli, théâtre en 1996 d'un massacre qui a pu causer la mort de quelque 1.200 prisonniers (Il y a deux mois, Abu Salim est tombée entre les mains de l'opposition). En 1998, le GICL en tant que mouvement national était éliminé par Kadhafi. Certains membres exilés du groupe rejoignirent al-Qaida, et après le 11 Septembre, les liens entre le GICL et al-Qaida lui valurent de rejoindre la liste occidentale des organisations terroristes. Entre 2007 et 2009, les dirigeants du GICL renoncèrent publiquement au groupe d’Oussama ben Laden et à ses méthodes violentes, et firent apparemment sécession de ce groupe. Au moment où la révolution a éclaté cette année en Libye, ils ont soutenu le Conseil National de Transition (CNT) des rebelles.

On pourrait s’attendre à ce qu’Abdul Salaam, dont de nombreux parents et amis ont tant souffert sous Kadhafi, jubile aujourd’hui. Mais il parle avec circonspection.

«Quand j’ai appris la nouvelle, je ne l’ai pas crue» dit-il. «Et même après avoir vu les photos et compris qu’il était vraiment mort, je n’étais pas aussi heureux que je m’y attendais.»

Tout reste à faire

Bon nombre de Libyens n’ont pas encore pris la mesure de la réalité d’une vie sans le seul dirigeant qu’ils aient jamais connu. Même quand les troupes loyalistes ont perdu le contrôle de Tripoli et de quasiment tout le reste de la Libye, Kadhafi lui-même gardait toujours un air d’invincibilité insaisissable. «Je pensais qu’il était soit déjà hors de Libye, soit quelque part d’où il pourrait facilement s’échapper» élabore Abdul Salaam. Il a du mal à croire que l’homme qui a régné sur la Libye pendant presque 42 ans n’a pas réussi à trouver le moyen de duper la mort.

Aussi, savourer la fin du dictateur est peut-être difficile à la vue des défis qui restent à relever. Abdul Salaam s’affirme «optimiste» sur l’avenir de la Libye, «mais pas à cent pour cent.» Il pense que des conflits pourraient naître entre les villes et les tribus. En outre, il sent que ses propres buts politiques pourraient être hors de portée. En tant qu’islamiste, il est pour que la charia serve de cadre constitutif légal au pays, mais il doute fort que cela soit possible, en tout cas pas dans un avenir proche. «Ce n’est pas impossible», dit-il, mais il s’attend à des résistances; tout particulièrement de la part des puissances occidentales qui ont aidé le Conseil National de Transition. «Ca ne va pas plaire aux pays développés» raille-t-il. Comme de nombreux Libyens, il est bien conscient de la vision sombre qu’ont de nombreux Occidentaux de l’idée d’un État islamique. «Je suis pour la charia, mais pas celle de Ben Laden», s’empresse-t-il de préciser.

Abdul Salaam ressent parfois aussi une discrimination de la part d’autres Libyens. Maintenant que sa barbe l’identifie comme un homme de foi, les gens le regardent différemment, même à présent que Kadhafi n’est plus là. «Certaines personnes ont assimilé la vision de Kadhafi (des musulmans pieux)», soupire-t-il.

Des réserves d'armes à l'abandon

Le tatatata des mitraillettes devant le café interrompt notre conversation. Ce sont de nouveau des tirs de joie. De jeunes hommes ont tiré en l’air avec leurs kalachnikovs toute la journée, pour fêter la mort de Kadhafi.

La Libye aujourd’hui regorge d’armes. Quand l’est du pays est tombé entre les mains des rebelles en février, les miliciens loyalistes vaincus ont fui en laissant derrière eux des mitraillettes, des lance-grenades et des armes anti-aériennes dont les rebelles se sont emparés et ont rapporté chez eux. Faute de structure de commandement militaire clair au cours des deux premiers mois de la révolution, les gens ordinaires (dont beaucoup n’avaient jamais tenu une arme auparavant) s’en sont servi pour partir se battre à l’ouest, après avoir appris tout seuls à tirer avec une kalachnikov dans leurs arrière-cours, et monté des fusils antiaériens sur leurs pickups.

Pendant tout l’été et l’automne, le CNT a mis en place une structure de commandement et annoncé des programmes visant à reprendre le contrôle des armes dispersées dans toute la Libye. Mais les combattants de l’opposition ont continué à rassembler toutes les armes possibles, aussi petites soient-elles, en les prenant aux loyalistes morts, en les ramassant derrière les miliciens ennemis en fuite et en les achetant au marché noir. Les armes sont revenues dans des villes comme Benghazi, qui n’étaient plus sur la ligne de front. Aujourd’hui, impossible de savoir clairement qui exactement est armé et avec quel type d’autorisation gouvernementale, quand il y en a une.

Dans les grandes villes, un nombre vertigineux de groupes s’est octroyé la responsabilité de maintenir l’ordre et de résoudre les conflits: milices de quartier, police, conseils locaux, forces tribales et unités spéciales directement liées au Conseil National de Transition (CNT). Les milices de quartier défendent leur territoire et parfois se chargent de chasser des criminels présumés ou des fidèles de Kadhafi qui pourraient poser des problèmes. Mais la «sécurité» est  garantie à différents niveaux.

«Quand une bagarre éclate, les premiers à arriver sur place sont les miliciens de quartier, puis les officiers de police» explique Alixe Turner, analyste de Benghazi travaillant pour l’entreprise internationale de recherches Shabakat Corporation. «Mais le CNT ne sait parfois même pas qui sont les policiers, et si ce sont des officiers de police légitimes. Et quand quelqu’un meurt, des personnalités tribales entrent également dans le tableau.»

Les chefs de tribus résolvent régulièrement les conflits et négocient des accords entre victimes et accusés.

La loi et l'ordre

L’absence d’autorité gouvernementale claire inquiète Oussama Moustafa Drese, le progressiste qui a réuni ses deux collègues pour cette discussion par Skype. Oussama a lui aussi 30 ans, c’est un homme mince et énergique aux pommettes hautes, et dont les longs cils font paraître les yeux encore plus grands. 

«Le CNT n’est pas encore un vrai gouvernement» avance-t-il. «Quand la Libye aura une constitution, des ministères reconnus, un Premier Ministre, des lois claires et un système de gouvernement correct (monarchie, république fédérale, peu importe), alors je dirai que nous avons un gouvernement. Mais ce que nous avons aujourd’hui n’est pas un gouvernement.»

Oussama est frustré, et il y a de quoi. Hier, des hommes armés sont entrés dans la maison de son cousin au milieu de la nuit. «Ils l’ont emmené devant ses enfants» raconte-t-il. Pendant 24 heures, la famille d’Oussama a tenté de comprendre ce qu’il s’était passé, soupçonnant que le cousin avait été enlevé par la Brigade des martyrs du 17 février, une milice de citoyens transformée en groupe paramilitaire d'opposition déjà accusée d'avoir tué un chef militaire en juillet pour régler un vieux différend.

Après une nuit d’angoisse pour sa famille, le cousin d’Oussama a été libéré par la police, qui se trouve avoir été en fait l’auteur du «kidnapping». Oussama explique que la police aurait arrêté son cousin en se basant sur le rapport d’un indicateur qui l’avait dénoncé comme membre actif secret des Comités révolutionnaires pro-Kadhafi. Mais la police s’est rapidement rendue compte que l’indicateur mentait. «Alors aujourd’hui, la police a laissé partir mon cousin et arrêté l’indic à la place». Ce moment digne des comédies de Charlot aurait pu être drôle s’il n’était pas si terrifiant; et s’il ne reflétait pas l’état chaotique dans lequel se trouve l’appareil sécuritaire de la Libye, qui semble avoir la consistance de l’houmous.

En dépit du chaos, Oussama garde le sens de l’humour. Avant la révolution, il était étudiant en maîtrise d’économie et finance, et il continue de penser comme un homme d’affaires. Quand on lui demande ce qu’il aurait dit à Kadhafi s’il avait rencontré le colonel avant sa mort, il rit. «Je lui aurais proposé un marché» dit-il. «Tu me donnes beaucoup d’argent, et je te fais sortir de Libye.» Plaisanterie mise à part, Oussama éprouve peu de sympathie pour Kadhafi. À l’instar de beaucoup de Libyens, il se souvient du dirigeant comme du chef d’un régime qui ne semblait récompenser que la loyauté. «Vous pouviez n’avoir été qu’à l’école primaire et être nommé maire d’une ville, tant que vous étiez loyal à Kadhafi» se rappelle-t-il. Ceux qui promettaient fidélité au régime se voyaient attribuer des récompenses matérielles. «En vous vendant, vous pouviez acheter ce que vous vouliez: maisons, voitures et emplois.» Et il y avait les caprices de Kadhafi.

«Le régime était un cyclone», poursuit Oussama, «dont Kadhafi était l’œil. L’homme au centre restait toujours le même, mais il changeait constamment tout autour de lui: les réglementations commerciales, les relations politiques, tout

Oussama se rappelle avoir posé sa candidature pour devenir professeur assistant avant d’atteindre l’âge limite de 28 ans, et qu’au même moment, quelqu’un a avancé l’âge à 26 ans, le rendant inéligible d’office. Ce genre de caprices d’État quotidiens, souvent le fait de fonctionnaires non qualifiés qui avaient obtenu leur poste en livrant des informations sur leurs voisins et «payé leur dette» d’une façon ou d’une autre au régime, faisaient enrager Oussama.

Sentiment partagé d'un ex-kadhafiste

«Je suis soulagé que Kadhafi soit mort» affirme Khalid (dont le nom a été changé), «mais je n’irai pas jusqu’à dire que je suis heureux.» L’ambivalence de cet homme de 27 ans, au visage rond et à l’air gentil, est assez compréhensible: il travaillait pour Seif al Islam Kadhafi, fils le plus visible du dictateur et ancien héritier présomptif, qui à l’heure où j’écris est peut-être mort, caché dans le désert ou blessé dans un hôpital de Tripoli, selon la source que vous choisissez de croire.

En 2007, lorsqu’il était étudiant en management, Khalid a postulé pour rejoindre une milice de bénévoles liée à Seif al Islam, l’une des ses unités de «gardes» personnels. Le processus de sélection était compétitif: Khalid raconte que seuls 300 candidats sur 1.000 furent retenus. «De ces 300, nous n’étions que 7 à venir de Benghazi» souligne-t-il. «Les autres étaient originaires de l’ouest (de la Libye).» Les préjugés contre Benghazi reflétaient une préférence ancienne du régime de Kadhafi pour l’ouest du pays, et tout particulièrement Tripoli, au détriment de Benghazi et de l’est, où le développement était plus lent et les investissements publics dans les infrastructures dispensés au compte-goutte.

Khalid était fier d’avoir été choisi. «Nous avons eu deux mois d’entraînement aux armes avant de commencer le travail» se souvient-il. Pourquoi s’est-il porté volontaire? Khalid baisse un peu la voix. «Je voulais protéger Kadhafi, ses fils, la révolution d’al-Fateh [le coup d’État de 1969 où Kadhafi renversa le roi Idris] et la Libye.» Son ton est mesuré, mais pas dépourvu de fierté.

L'espoir Seif al Islam

Depuis le début du soulèvement, le monde a appris à reconnaître en Seif al Islam l’ardent défenseur de son père. Il s’est acquis une notoriété internationale grâce au discours péremptoire qu’il a délivré le 20 février 2011, où il promettait de faire couler «des rivières de sang» si le soulèvement à Benghazi continuait et en rejetait la responsabilité sur des groupes qui auraient tenté de mettre en place des émirats islamiques dans l’est de la Libye. Mais à l’époque où Khalid proposait sa candidature pour faire partie de la garde de volontaires de Seif al-Islam, le fils du dirigeant était considéré à la fois à l’étranger et chez lui comme le grand espoir de réforme de la Libye. Les Libyens le considéraient comme l’antidote aux droits acquis et à la corruption, et comme l’espoir d’un changement après que trente ans de règne de son père avait plongé le pays dans la décrépitude et l’isolement international.

«Seif al Islam était aimé en Libye» dit simplement Khalid. «Je l’ai protégé gratuitement parce que je l’aimais. C’était un modéré et un réformateur. C’était un défenseur de la Libye. Et il a essayé de régler beaucoup des problèmes du pays.»

Khalid ne faisait pas partie du cercle d’intimes de Seif. «J’ai discuté avec lui, mais pas beaucoup» admet-il. Le problème, pense-t-il, était que d’autres empêchaient toujours l’héritier de communiquer avec le peuple. «Les responsables qui entouraient Seif l’isolaient toujours et ne voulaient pas que des gens ordinaires lui parlent», déplore Khalid.

Khalid n’est pas le seul Libyen que j’entends évoquer Seif al-Islam avec un mélange d’affection et de sympathie, même parmi ceux qui soutiennent la chute du régime de Kadhafi. «Ce n’est pas un mauvais bougre, en réalité» m’a confié un Libyen avec qui j’ai parlé à Tobrouk en avril.

«Mais il a toujours eu tout ce qu’il voulait dans sa jeunesse. Quiconque grandit comme ça ne peut qu’avoir des problèmes. Et vous savez, au final, il voulait simplement trop être comme son père.»

Même pour certains Libyens qui se sont ralliés à la révolution contre lui, Seif al Islam n’était qu’un enfant gâté qui avait besoin d’une thérapie. Pour les autres, évidemment, c’était un monstre, ainsi que pour la Cour pénale internationale, qui l'a inculpé en juin pour crimes contre l’humanité.

Insubordination

Quand la révolte a éclaté à Benghazi en février, Khalid raconte que lui et son unité de gardes volontaires ont refusé d’obéir aux ordres du gouvernement d’expulser les manifestants des appartements qu’ils occupaient et qui étaient propriété du gouvernement.

«En tant qu’unité de protection de Seif al-Islam, ce genre de choses ne relevait pas de nos fonctions de toute façon» justifie-t-il. «C’était le travail de la police

Le régime a été balayé de Benghazi quelques jours plus tard. Pourtant, Khalid a quelques choses positives à dire sur Kadhafi père, bien qu’il concède que «dans les circonstances présentes, il est difficile de parler des choses positives qu’a faites Kadhafi. Mais après tout, c’est lui qui a construit le pays. Et il a construit l’armée.» Mais Khalid dénonce aussi la corruption qui infestait le régime de Kadhafi; et il se demande si peut-être, il ne se serait pas trompé sur le compte de Seif al-Islam, après tout. «Vu de l’extérieur, il était cultivé et modéré» explique-t-il. «Mais de l’intérieur…je ne sais pas

Quand il évoque la situation de la Libye post-Kadhafi, Khalid se montre contrit. «C’est le chaos. Il n’y a pas de gouvernement, pas de sécurité, pas de police. Tous le monde a des fusils et des armes.» Comme pour confirmer ses dires, on entend de nouveaux tirs de joie à l’extérieur du café. Quand je l’interroge sur l’avenir de la Libye, Khalid identifie immédiatement trois dangers menaçant la stabilité politique.

«Tout d’abord,» dit-il, «il pourrait y avoir une guerre civile à l’ouest, surtout autour de Misrata. Ensuite, il y a la présence persistante de nombreux supporters de Kadhafi. Enfin, il y a la soif de vengeance.»

Un peu plus tard, alors que notre conversation s’achève, je demande comment ces trois hommes, un islamiste, un économiste progressiste et un homme qui, il y a peu était un volontaire du régime, réussissent à s’entendre. Est-ce qu’ils évitent simplement de parler politique? La question fait sourire Oussama. «Pas question» dit-il. «Nous parlons politique sans arrêt.» Mais ils ont une tactique: «Quand nous nous rencontrons, chacun d’entre nous donne son opinion. Nous en discutons. Parfois la conversation finit par des rires, et parfois nous y mettons un terme en disant ‘Bon, arrêtons d’en parler et sortons tous ensemble.’» Peut-être la Libye pourrait-elle s’inspirer de cette tactique.

RYAN CALDER

Ryan Calder est doctorant en sociologie à l’University of California de Berkeley. Au plus fort du Printemps arabe, il a conduit des recherches de terrain en Égypte, au Bahreïn et en Libye sur les origines sociales et économiques des révolutions. Il rédige un mémoire sur l’histoire de la finance islamique.

Foreign policy

Traduit par Bérengère Viennot

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Les articles signés Foreign Policy ont d'abord été publiés en anglais sur le site Foreign Policy, magazine en ligne américain de Slate Group, spécialisé dans les affaires étrangères et l'économie.

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