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Un homme plonge dans la Méditerranée à Bizerte, en Tunisie. REUTERS/Zoubeir Souissi
Un homme plonge dans la Méditerranée à Bizerte, en Tunisie. REUTERS/Zoubeir Souissi

Quand le désespoir de la jeunesse tunisienne mène au djihadisme

Le taux de chômage et les déceptions de la révolution conduisent de nombreux jeunes à la radicalisation religieuse.

En Tunisie le mal est connu depuis 2011. Les espoirs de la jeunesse tunisienne en termes d'emplois et de libertés politiques ont été douchés après la révolution. Aujourd'hui un fort sentiment d'exclusion et des violences policières persistantes expliquent pourquoi de jeunes Tunisiens embrassent les idées jihadistes, selon des experts et des militants.

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Le tueur de Sousse, Seifeddine Rezgui, était un étudiant de 23 ans qui s'est radicalisé en secret. Ils sont nombreux à travers le pays à tomber dans ce piège, et particulièrement à Sousse. Le média qatari Al Jazeera expliquait dans un article daté de novembre 2014 que Sousse était la ville tunisienne qui avait vu le plus de jeunes tunisiens partir faire le djihad en Syrie et en Irak. "Des milliers de jeunes tunisiens ont quitté le pays pour aller faire le djihad, et selon les estimations près de 1.000 d'entre-eux seraient originaires de Sousse."

Selon les chiffres du Centre international des études de la radicalisation, la Tunisie est le plus gros "pourvoyeur" de combattants étrangers dans les rangs de l'Etat islamique, avec près de 3.000 tunisiens qui ont rejoint le champ de bataille en Syrie et en Irak. Depuis la révolution qui a mis fin à une dictature de près de 23 ans en janvier 2011, le pays est porté aux nues par la communauté internationale pour ne pas avoir sombré dans la violence comme d'autres pays du "Printemps arabe", et pour avoir organisé des élections libres malgré les difficultés.

Un phénomène peu étonnant, estime pourtant la politologue Olfa Lamloum.

Le chômage ronge la jeunesse

Avec la révolution, beaucoup de jeunes Tunisiens "pensaient qu'un monde meilleur était enfin possible dans leur pays. Aujourd'hui, leur désillusion est totale. Pour l'immense majorité d'entre eux, rien n'a changé", explique-t-elle. "Ils sont toujours au chômage, sans couverture sociale, exclus de la scène politique officielle, confrontés à la corruption de l'administration et souvent victimes de la violence policière", ajoute-t-elle.

La police reste vue par beaucoup comme symbole de répression et d'arbitraire, les services de sécurité sur lesquels s'appuyait le dictateur Zine El Abidine Ben Ali n'ayant toujours pas fait l'objet d'une réforme majeure.

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"Dans les quartiers pauvres comme Douar Hicher ou Hay Ettadhamen (en banlieue de  Tunis) et dans tous les quartiers marginalisés, le principal ennemi commun entre groupes salafistes et jihadistes et des jeunes qui ne sont pas forcément intégristes, c'est la police", affirme Alaa Talbi, militant de la société civile et directeur exécutif du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES).

Sans compter un système éducatif défaillant et une économie qui ne parvient plus à fournir d'emplois adaptés aux jeunes diplômés: parmi eux, le taux de chômage s'élève à 30% selon les chiffres officiels. "Aujourd'hui en Tunisie, les diplômes ont cessé de garantir l'ascension sociale des jeunes. Pis encore, comme le relèvent certaines études: plus un jeune est diplômé, moins il aura la chance de trouver un emploi", selon Mme Lamloum.

"Du lavage de cerveau"

En résulte "un rejet total de l'Etat et de ses politiques, un Etat qui s'est avéré incapable de donner de l'espoir et de garantir l'égalité des chances". La pauvreté n'explique pas, seule, la radicalisation. Si le tueur présumé de Port El Kantaoui était issu d'un milieu très pauvre, des jeunes de la classe moyenne rejoignent aussi des groupes extrémistes. 

Car ces derniers répondent à une quête de sens chez ces jeunes, selon Monica Marks, chercheuse invitée au Conseil européen des relations internationales (ECFR). En leur donnant non seulement un salaire, mais aussi une idéologie et un sentiment d'appartenance, ils leur offrent la possibilité de "se définir comme des héros ou des combattants de la liberté".

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Dans les quartiers comme Hay Ettadhamen, les recruteurs sont légion, assure à l'AFP Walid, un jeune chômeur qui y habite. "Il suffit que tu ailles à la mosquée de temps en temps. Quelqu'un vient te faire du lavage de cerveau", dit ce jeune homme mince d'une vingtaine d'années.

Après l'attentat de vendredi, le gouvernement a annoncé la fermeture d'environ 80 mosquées opérant hors du contrôle des autorités et incitant selon lui à la haine. Mais Walid explique que les recruteurs oeuvrent discrètement et "dans beaucoup, beaucoup de mosquées". À ses côtés, son ami Jamaleddine, 28 ans, enchaîne les cigarettes en maudissant le sort de sa génération. "Plus que tout, je veux vivre une bonne vie, je veux mes droits", dit-il. Mais pour certains jeunes, il n'y a "que deux options: aller (clandestinement) en Europe ou aller rejoindre Daech en Irak ou en Syrie", lâche-t-il avec colère.

Slate Afrique avec AFP

Slate Afrique avec AFP

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