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Soudan: période "la plus difficile" pour la presse

La presse soudanaise, régulièrement censurée, confisquée ou mise à l'amende traverse "la période la plus difficile" qu'elle ait connue, estime le rédacteur en chef d'un des principaux journaux soudanais, dans le métier depuis six décennies.

"Nous traversons la période la plus difficile pour travailler en tant que journaliste", estime Mahjoub Mohamed Salih, 88 ans, qui a commencé à couvrir l'actualité soudanaise en 1949, sous le condominium anglo-égyptien.

"Je croise les doigts chaque matin pour qu'on ne m'appelle pas en me disant que mon journal n'a pas été distribué aux lecteurs", dit le fondateur du quotidien indépendant Al-Ayam, créé en 1953.

Le Service national du renseignement et de la sécurité (NISS) a mené deux opérations d'envergure contre la presse cette année, confisquant tous les exemplaires de 14 journaux en février, puis ceux de 10 journaux à nouveau en mai.

Reporters sans frontières (RSF) a fustigé cette "saisie massive (...) qui constitue un acte de censure intolérable".

Les confiscations à plus petite échelle sont fréquentes, et si le journal de M. Salih a échappé aux deux vagues de saisies, il a néanmoins réduit sa circulation à 3.000 exemplaires quotidiens par crainte des conséquences financières d'une éventuelle saisie.

Un journal imprimé à 20.000 exemplaires peut en effet perdre jusqu'à 30 millions de livres soudanaises (4.500 euros) par édition confisquée, a-t-il estimé, une somme importante pour des journaux vendus 2 livres l'exemplaire.

En dépit de l'abolition en 2009 de la censure préalable à l'impression, le Soudan est toujours au 174e rang sur 180 pays dans le classement de RSF sur la liberté de la presse.

Les journalistes soudanais savent que les articles sur la corruption, le conflit au Darfour (ouest) ou certains sujets politiques, peuvent leur valoir d'être arrêtés, jugés ou même frappés.

En dépit de l'existence d'un Conseil de la presse gouvernementale et d'un ministère de l'Information, "toutes les questions liées à la presse sont gérées par les services de sécurité", explique M. Salih.

La liste tacite des sujets délicats s'allonge.

"Tout est rouge désormais, il n'y a plus de ligne rouge" à ne pas dépasser, explique ce vétéran du journalisme, emprisonné tant de fois qu'il ne les compte plus. 

"Dans le passé, les services de sécurité avaient des lignes rouges, sur la politique ou les questions de sécurité, mais les dernières saisies étaient liées à un article sur un sujet social", ajoute le rédacteur en chef.

Le quotidien pro-gouvernemental Al-Intibaha, saisi lors de l'opération en mai, a vu sa licence révoquée pour plus de deux semaines, une décision qui serait liée à un article évoquant les violences faites aux enfants au Soudan.

Mais comme souvent, il n'y a pas eu d'explication officielle du NISS, a déploré M. Salih.

"Ce qui est nouveau, c'est que nous devons désormais deviner" ce qui peut irriter les autorités.

AFP

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