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Egypte: le siège du parti de Moubarak démoli mais la répression empire

Au coeur de la capitale égyptienne, des bulldozers démolissent l'imposant immeuble du parti de Hosni Moubarak, symbole du régime de fer de l'ex-"Raïs", mais experts et défenseurs des droits de l'Homme accusent le président Abdel Fattah al-Sissi d'avoir encore aggravé la répression.

Situé à quelques pas de la place Tahrir, épicentre de la révolte de janvier-février 2011, le siège du Parti national démocrate (PND) avait été saccagé et incendié par des manifestants en colère qui réclamaient le départ de M. Moubarak. Il y voyaient l'incarnation de la corruption et des violences policières tolérées par son régime.

Dans l'enceinte du PND, au milieu des restes de voitures calcinées, un panneau poussiéreux arbore encore une affiche électorale: "la contribution de nos jeunes, pour le bien de notre pays."

En avril, le gouvernement a donné son feu vert pour la démolition du bâtiment, et les travaux ont débuté fin mai. Une décision qui traduit une volonté "d'effacer l'Histoire" et faire oublier le camouflet reçu par l'Etat avec l'incendie du siège du parti tout-puissant, estime Ahmed Abdel Rabou, professeur de politique comparée à l'université du Caire.

Le PND était de loin majoritaire au Parlement durant les trois décennnies de la présidence Moubarak, profitant notamment de scrutins entachés de fraude et des solidarités tribales dans le sud du pays.

Le parti a été officiellement dissous par la justice en 2011, mais un tribunal a levé en juillet une interdiction faite à ses anciens cadres de se présenter aux élections législatives.

"Rien n'a changé", lâche Hani Chetaea, 42 ans. "On s'est révolté pour le pain, la liberté et la justice sociale, mais la situation a empiré", déplore ce fonctionnaire qui se trouvait place Tahrir le soir où le PND était incendié, le 28 janvier 2011.

Car quatre ans après la Révolution, l'organisation Human Rights Watch (HRW) en est toujours à dénoncer les "violations flagrantes" des droits de l'Homme et "l'impunité quasi-totale" accordée aux forces de l'ordre sous M. Sissi, ex-chef de l'armée élu président après avoir destitué l'islamiste Mohamed Morsi en 2013.

"Malgré tous ses défauts, avec Moubarak on pouvait négocier", explique M. Abdel Rabou. "Mais le pouvoir actuel étouffe les opposants, renforce le rôle de l'armée et des appareils de sécurité et politise la justice. C'est pire que sous Moubarak", s'exclame-t-il.

 

-'Un régime bien pire'-

 

Dans les mois qui ont suivi la destitution de M. Morsi, premier président élu démocratiquement en Egypte, plus de 1.400 manifestants islamistes ont été tués et pas moins de 40.000 personnes ont été arrêtées, selon HRW. 

Des centaines ont également été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs, qualifiés par l'ONU de "sans précédent dans l'histoire récente" du monde.

Depuis juillet 2013, la justice a d'ailleurs régulièrement blanchi --ou condamné à de légères peines de prison-- M. Moubarak ou des caciques de son régime, principalement dans des affaires de corruption.

L'ex-président sera toutefois rejugé -- pour complicité dans le meurtre de centaines de manifestants en 2011 -- par la Cour de cassation, qui a annulé l'abandon des accusations ordonnées en novembre par un tribunal. En première instance, il avait écopé de la prison à vie.

Mais parmi les dizaines de policiers traduits en justice pour la mort de manifestants, la plupart ont été acquittés.

L'un après l'autre, les principaux mouvements d'opposition du pays ont été neutralisés: la confrérie des Frères musulmans dont est issu M. Morsi a été classée "organisation terroriste" après avoir remporté les élections démocratiques en 2011 et en 2012. Et le mouvement de jeunes militants laïcs et de gauche du 6-Avril, chef de fil de la contestation anti-Moubarak, a été interdit par la justice.

"L'Egypte aujourd'hui n'a même plus une vie politique de façade, comme sous Moubarak", déplore Amr Ali, coordinateur du 6-Avril, qui explique: "Il n'y a ni partis d'opposition, ni même de Parlement" depuis la dissolution en 2012 de l'Assemblée dominée par les islamistes.

Des dizaines de militants laïcs et de gauche ont été emprisonnés pour avoir violé une loi controversée limitant le droit de manifester.

"Tous les jours, je vois les travaux de démolition du bâtiment du PND, mais chaque jour je vois aussi se construire un régime bien pire", lâche Chetaea.

AFP

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