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En Sardaigne, mouvement de solidarité exemplaire pour les migrants

Alors que le nord de l'Italie dit n'avoir plus de place pour les migrants, les plus pauvres de Sardaigne donnent tant et plus pour ces nouveaux damnés de la mer, qui rêvent pourtant de contrées plus prospères.

Au milieu des piles de chaussures, de T-shirts, de pyjamas et de brassières pour bébés, Susanna Steri raconte comment elle a dû prier les habitants de Carbonia, une ville de 30.000 âmes en Sardaigne d'arrêter d'apporter leurs dons pour les quelque 90 hommes, femmes et enfants de Sierra Leone et du Nigeria tout juste débarqués.

"Nous avons seulement eu quelques heures pour nous préparer", a-t-elle raconté à l'AFP, en évoquant ce vendredi 29 mai qui a vu les garde-côtes italiens coordonner le sauvetage de plus de 4.200 migrants, dont 17 ont été retrouvés morts.

Le lendemain, 900 des migrants secourus ont débarqué en Sardaigne, dont 90 ont été dirigés vers un centre pédagogique de Carbonia transformé à la hâte en centre d'accueil.

Située à l'intérieur des terres, non loin de plages aux eaux turquoises fréquentées par un tourisme plutôt haut de gamme, Carbonia est l'une des villes les plus pauvres de l'île. Mais les habitants ont retroussé leurs manches.

"C'est vraiment difficile de décrire ce qui s'est passé, la vraie difficulté c'était de trouver de la place pour les bénévoles, pas pour les migrants", se souvient Susanna.

L'écroulement de l'industrie du charbon, suivie en 2012 par la fermeture de l'usine d'aluminium Alcoa a définitivement sinistré la région, où le chômage des jeunes frôle les 75%.

Mais alors que des régions plutôt prospères comme la Lombardie, la Vénétie ou encore le petit Val d'Aoste, refusent de recevoir un seul nouveau migrant, les Sardes de Carbonia leur achètent sur leurs deniers personnels cigarettes ou cartes de téléphone.

En principe, l'Etat doit payer 35 euros par jour et par migrant au centre d'accueil, mais pour Giulio Cadeddu, retraité de la police financière désormais bénévole, le paiement ne se fera pas avant des mois, bureaucratie oblige.

"En attendant, on fait l'impossible, et comment pourrions-nous faire autrement face à ces adorables créatures?", explique-t-il en fondant devant le sourire de la petite Fatima, qui vient de fêter son premier anniversaire.

 

- Pas de travail -

 

Plus loin, deux jumeaux de sept ans ayant fui la Sierra Leone s'empiffrent gaiement de pâtes et de chips en écoutant avec intérêt un traducteur leur expliquer que des bénévoles vont organiser une fête prévue dans le jardin avec des structures gonflables et un clown.

Dans une autre pièce, des bouteilles de shampoing, gel douche, paquets de savon, tubes de dentifrice et couches pour bébés offerts par la population s'entassent presque jusqu'au plafond.

Les habitants de Carbonia connaissent les défis d'une vie recommencée ailleurs : la ville a été fondée par Benito Mussolini en 1938 pour accueillir les mineurs venus des Pouilles, de Sicile et même de Vénétie.

La paroisse fournit déjà, avec l'aide de la municipalité, 200 repas par jour pour les pauvres et le centre d'accueil des réfugiés s'est organisé avec le curé, Don Amilcare, pour un partage réciproque d'éventuels surplus.

Très touchés par cet accueil, les migrants n'envisagent cependant pas de rester en Sardaigne.

"Les gens ici sont les plus formidables que j'ai rencontrés de ma vie", explique Rosalin, 32 ans, qui a fui les exactions des islamistes de Boko Haram ayant fait sauter sa boutique au Nigeria.

"Mon mari est mort pendant le voyage. Je suis enceinte et c'est grâce à Dieu que nous sommes ici, mais je dois aller dans un endroit plus développé", explique-t-elle.

Lamin Johnny, 35 ans, marié à l'une des soeurs de Rosalin, a déjà compris qu'il ne trouvera jamais de travail dans la région.

D'ailleurs, la moitié des migrants arrivés au centre en même temps sont déjà repartis tenter leur chance plus au nord où, plus nombreux, ils ne sont pourtant pas les bienvenus.

Mais selon Susanna Steri, les migrants n'ont aucune raison de renoncer: "Ce sont seulement les riches qui ont peur de perdre ce qu'ils ont, les pauvres n'ont rien à perdre".

 

AFP

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