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Mali: après la signature de l'accord de paix, le plus dur commence

L'accord pour la paix au Mali à peine signé à Bamako la semaine dernière par la rébellion, les problèmes ne font que commencer: démobilisation des combattants, surveillance de l'accord, partage des richesses...

"On a tout tenté depuis l'indépendance (en 1960), la crise du Nord revient toujours", affirme à l'AFP le sociologue malien Mamadou Samaké, en référence aux rébellions touareg successives, disant espérer "vraiment que cette fois-ci est la bonne, grâce au cadre et à la méthodologie de discussions".

Les plus optimistes font valoir que cette fois, contrairement aux accords passés, la communauté internationale, soucieuse d'empêcher la reconstitution d'un sanctuaire jihadiste dans le nord du Mali comme en 2012, a conduit les discussions à Alger et validé l'accord, dont elle est officiellement garante.

Outre les pays voisins, les institutions africaines, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité siègent au Comité de suivi de l'accord, dont le secrétariat devrait être confié à la Mission de l'ONU au Mali, la Minusma.

Solennel, le président Ibrahim Boubacar Keïta a déclaré à l'AFP qu'il "engage la parole du Mali".

"Je respecte toujours mes engagements. Nous sommes décidés à aller de l'avant. Nous voulons faire la paix avec nos frères, comptez sur moi", a-t-il insisté.

Selon Michel Reveyrand de Menthon, représentant de l'Union européenne au Sahel, très actif lors des négociations, "en principe, tout est balisé, de tous les côtés on affiche une bonne volonté. Il reste à traduire tout ça dans les faits, et la communauté internationale accompagnera le Mali".

Mais l'encre de la signature de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA, coalition de groupes rebelles) à peine séchée le 20 juin, la première réunion du Comité de suivi le week-end dernier a tourné court, des dissensions au sein des différents groupes ayant éclaté, selon des témoins.

"Il y a eu une véritable bagarre à l'intérieur de chaque groupe pour savoir qui représentait qui", raconte un diplomate onusien, excluant que cet organe d'arbitrage essentiel puisse "être vraiment opérationnel avant septembre, sans oublier que l'Algérie qui prend la tête du Comité, ça fait grincer des dents".

 

- "Déposer les armes" -

 

Par ailleurs, même si l'accord ne parle ni d'autonomie ni de fédéralisme, les rebelles comptent bien faire avancer leurs revendications, notamment sur un contenu politique pour "l'Azawad", comme ils appellent le nord du Mali.

La question du désarmement s'annonce également délicate. 

"Il ne s'agit pas de dire aux gens de déposer les armes et de rester cantonnés. C'est tout un processus", explique Ahmed Ould Moctar Abdallah, membre de la CMA.

Si une partie des rebelles doivent recevoir de l'aide pour leur réinsertion, beaucoup seront intégrés à la nouvelle armée dans le Nord, "donc il faut trouver le moyen pour qu'ils ne se séparent pas trop longtemps de leurs armes", estime-t-il.

Egalement présents sur le terrain, les groupes armés pro-gouvernementaux entendent réclamer leur dû.

"Nous avons combattu pour le Mali. A l'heure de la réconciliation, nous ne devons pas être mis de côté par le Mali et la communauté internationale", prévient Ousmane Maïga, membre de la branche armée des groupes pro-Bamako.

"Il faut être flexible et accepter que le calendrier sécuritaire ne sera pas respecté à la lettre", analyse un responsable de la Minusma. "Si le cessez-le-feu est respecté, le reste est gérable."

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a effectué le 22 juin une visite éclair au Mali pour marquer l'importance attachée au succès de l'accord par Paris, à l'origine de l'intervention militaire internationale contre les jihadistes.

Mais, comme l'a rappelé le 23 juin devant le Conseil de sécurité le chef de la Minusma, Mongi Hamdi, les trafiquants et les jihadistes qui profitent de l'absence d'autorité dans le Nord ne se laisseront pas faire.

"De petits avions ont largué récemment des stupéfiants, probablement de la cocaïne dans le Nord", affirme une source de sécurité régionale, doutant que cela "ait pu se faire sans la complicité de certains groupes", et ce dans les deux camps.

Encore faudra-t-il trouver des alternatives aux trafics en remédiant au sous-développement du Nord. Le chef de la Minusma a pressé les institutions financières internationales de "commencer à financer le plus rapidement possible la mise en oeuvre de l'accord".

Une autre source sécuritaire insiste sur la nécessité d'isoler définitivement les jihadistes: "Si des gens sont rebelles le jour et islamistes la nuit, on pourra difficilement combattre les jihadistes".

AFP

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