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Erythrée: un expert de l'ONU demande une enquête sur de possibles crimes contre l'humanité

Le président de la Commission d'enquête sur les violations des droits de l'Homme en Erythrée a proposé mercredi que l'ONU détermine si le gouvernement érythréen est responsable de "crimes contre l'humanité".  

La commission présidée par Mike Smith n'avait ni le mandat ni les moyens d'établir cela, a expliqué ce dernier. 

Dans son rapport de 500 pages rendu public début juin, elle a souligné les violations "systématiques et à grande échelle" des droits de l'Homme par le gouvernement d'Erythrée qui poussent quelque 5.000 Erythréens à fuir leur pays chaque mois. 

Certaines violations "pourraient constituer des crimes contre l'humanité", affirme le rapport.

Dans ses recommandations à la communauté internationale et au Conseil de sécurité de l'ONU, la commission suggère différente pistes, a précisé M. Smith. "Nous n'avons pas eu le temps, les ressources ou la possibilité de nous déterminer (sur les crimes contre l'humanité) et nous avons simplement recommandé qu'un mécanisme puisse étudier cette question". 

Le rapport doit être présenté à l'Assemblée générale des Nations unies à l'automne, à New York. 

Après une année d'enquête, trois experts mandatés par le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU ont décrit  un système répressif où les gens sont régulièrement arrêtés, détenus, torturés ou portés disparus et tués. 

Ces violations interviennent "à une échelle rarement constatée ailleurs", ajoutent-ils.

Exode de centaines de milliers de personnes, risque de céder aux trafiquants et aux passeurs ou d'être victime de l'ordre de "tirer pour tuer" donné aux forces de sécurité gardant la frontière: les réfugiés érythréens constituent la seconde population après les Syriens à se lancer dans la périlleuse traversée de la Méditerranée. 

A la mi-2014, le Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU avait estimé leur nombre à 360.000 répartis dans le monde, pour une population totale estimée à 6,3 millions d'habitants.

Après 22 ans de régime du président Issaias Afeworki, le rapport évoque un système orwellien de surveillance de masse, où voisins et membres de la famille doivent rendre compte les uns sur les autres, où les personnes sont détenues pendant des années dans des conditions horribles sans même savoir pourquoi, où le service militaire à durée illimitée permet au régime de compter sur une main d'oeuvre réduite à l'état d'esclavage pendant des décennies.

L'Erythrée, petit pays fermé de la Corne de l'Afrique, s'était opposée à la création de la commission en juin 2014 et n'a pas autorisé les enquêteurs de l'ONU à se rendre sur place. Elle a catégoriquement rejeté les conclusions de ce rapport, les qualifiant "d'accusations scandaleuses". 

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