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Algérie: l'ex-banquier Rafik Khalifa condamné

L'ex-banquier algérien Rafik Khalifa a été condamné mardi à 18 ans de prison ferme pour la faillite de son groupe, après un nouveau procès où il n'a fait aucune révélation contre de hauts dirigeants politiques, contrairement à ce qu'il avait promis.

Au terme d'un nouveau procès de plus de 40 jours, le tribunal criminel de Blida (50 km sud-ouest d'Alger) a également ordonné la saisie de ses biens et condamné l'ancien golden boy à une amende d'un million de dinars (10.000 euros), notamment pour "association de malfaiteurs".

Le 7 juin, le procureur avait requis la prison à perpétuité, la peine à laquelle il avait été condamné par contumace lors d'un premier procès en 2007.

Au total, 70 autres personnes ont comparu lors de ce procès ouvert le 4 mai et qui était très attendu en Algérie, en raison de la notoriété du principal accusé, qui s'est finalement montré bien silencieux. Il avait pourtant promis de faire trembler les dirigeants politiques par ses révélations pendant le procès.

Après plusieurs jours de délibération, le tribunal a prononcé des peines d'emprisonnement contre 18 accusés, dont certaines avec sursis. Les autres accusés ont été acquittés mais nombre d'entre eux, déjà condamnés en 2007, avaient purgé leur peine.

Au prononcé de sa condamnation à 18 ans de prison ferme, Rafik Khalifa a souri.

 

- Courtisé du tout Alger -

 

Ce propriétaire d'une petite pharmacie héritée de son père en banlieue d'Alger avait lancé à la fin des années 1990 une banque portant son nom, puis plusieurs autres entreprises, dont une compagnie aérienne.

Grâce à des taux d'intérêt alléchants, il avait réussi à drainer vers sa banque de très importants dépôts, venant notamment de sociétés publiques et d'½uvres sociales. Les dépôts ont été en partie transférés illicitement à l'étranger, notamment en France où l'homme d'affaires avait acheté une somptueuse villa à Cannes (sud) pour 32 millions d'euros et des appartements de luxe à Paris.

Il était devenu un homme courtisé du tout Alger, apparaissant aux côtés du chef de l'Etat et de ministres, finançant des opérations de lobbying pour redorer l'image d'un pays terni par des années de guerre civile, et sponsorisant le club de football français de l'Olympique de Marseille.

Pour le lancement de sa chaîne de télévision basée à Paris, le flamboyant homme d'affaires avait organisé en septembre 2002 une soirée dans sa villa de Cannes. Parmi les 300 invités, on comptait les acteurs français Catherine Deneuve et Gérard Depardieu, mais aussi le chanteur Sting.

Une année après cette soirée de gala, la descente aux enfers commençait et le groupe s'effondrait brusquement, entraînant des pertes évaluées entre 1,5 et 5 milliards de dollars.

 

- Deal avec le pouvoir ? -

 

"L'objectif de cette banque n'était pas l'investissement mais le pillage de l'argent des déposants", a accusé le procureur dans son réquisitoire.

Le liquidateur Moncef Badsi a évoqué un "processus de détournement et de pillage à grande échelle" qui aurait pu conduire à un "drame national" si le groupe public pétrolier Sonatrach, qui contribue à hauteur de 60% au budget de l'Etat, ne s'était pas retenu au dernier moment de déposer 4 milliards de dollars dans sa banque, comme il prévoyait de le faire.

Après la chute de son groupe, M. Khalifa s'est réfugié à Londres pour échapper aux poursuites. Ecroué en 2007, il a été extradé par la Grande-Bretagne fin 2013.

M. Khalifa a également été condamné en France en 2014 à cinq ans de prison pour avoir détourné des millions d'euros lors de la faillite de son groupe.

Le nouveau procès à Blida n'a pas levé les zones d'ombre entourant le dossier et la presse algérienne se demande si M. Khalifa, plutôt taiseux face au tribunal, n'aurait pas conclu un "deal" avec le pouvoir politique.

"Dès le début des audiences, la gestion des débats a été faite de manière à expurger le dossier de tout ce qui pouvait lui donner l'aspect d'une affaire politico-fiancière qui dénote la fragilité de l'Etat", remarquait mardi le quotidien El Watan.

Pour le président d'une association de lutte contre la corruption, Djilali Hadjadj, ce procès "démontre que l'Algérie ne dispose pas d'une justice indépendante".

AFP

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