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Burundi: 4 morts dans une nouvelle série d'attaques

Quatre personnes ont été tuées et une trentaine blessées dans la nuit de dimanche à lundi dans une nouvelle série d'attaques à la grenade dans le nord du pays et à Bujumbura, a une semaine d'élections législatives et communales controversées au Burundi.

La présidence burundaise a immédiatement accusé une partie de l'opposition et de la société civile, en pointe dans le mouvement populaire de protestation contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza qui secoue le pays depuis fin avril, d'être derrière ces attaques.

Démentant toute responsabilité, l'opposition a elle accusé le pouvoir de chercher à "instrumentaliser" ces attaques pour se débarrasser de ses contradicteurs.

L'Union européenne a dénoncé lundi "l'impasse politique au Burundi" et a menacé de sanctions ciblées les responsables "d'actes de violences et de répression" ou ceux qui y "entraveraient la recherche d'une solution politique".

"L'impasse politique au Burundi, la dégradation de la situation sécuritaire et économique, comportent des effets graves pour la population et des risques pour la région toute entière", indiquent dans un communiqué les ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis à Luxembourg.

Onze policiers avaient déjà été blessés dans la nuit de vendredi à samedi dans plusieurs attaques à la grenade dans la capitale. Bujumbura est depuis fin avril l'épicentre du mouvement anti-troisième mandat. M. Nkurunziza est candidat à la présidentielle prévue le 15 juillet, deux semaines après les législatives et communales programmées le 29 juin.

Selon des sources policières et administratives, la plupart des attaques survenues dans la nuit de dimanche à lundi ont visé des bars.

La plus sanglante - quatre morts, 25 blessés - est survenue à Ngozi (nord), province natale et fief du chef de l'Etat. Deux autres ont été perpétrées dans les provinces voisines de Kirundo et Muyinga. La première a fait un blessé, la seconde n'a pas fait de victime, selon leurs gouverneurs.

A Bujumbura, deux policiers ont également été blessés par une grenade lundi matin lors d'une patrouille dans le quartier contestataire de Musaga, selon un haut gradé de la police.

"Toutes ces attaques à la grenade sont liées les unes aux autres. Il s'agit d'une campagne de terreur organisée par des opposants au 3e mandat du président Pierre Nkurunziza pour tenter de déstabiliser et d'empêcher les élections", a-t-il estimé.

 

- Scénario de 2010 -

 

Le responsable de la communication présidentielle, Willy Nyamitwe, a accusé l'opposition de rejouer le scénario des élections de 2010, qu'elle avait boycottées et qui avaient débouché sur un retour de la violence dans un pays traumatisé par une longue guerre civile (1993-2006, 300.000 morts).

"Cette campagne de terreur a une similitude avec ce qui s'est passé au lendemain des communales de 2010", a-t-il jugé. Les attaques "viennent d'une classe de politiciens et d'activistes de la société civile qui ont promis au peuple qu'il n'y aura pas du tout d'élections en 2015".

Mais l'opposition a de son côté condamné "avec la dernière énergie" ces nouvelles attaques.

"Comme nous l'avons déjà dit, notre mouvement est et restera pacifique", a déclaré Jérémie Minani, porte-parole d'une plate-forme regroupant opposition et société civile contre le 3e mandat. Le député n'exclut pas que ces attaques s'inscrivent dans "un plan du pouvoir pour semer la terreur et l'attribuer à ses opposants afin d'en finir ceux qui s'opposent au 3e mandat de Nkurunziza".

Le Burundi est plongé dans une grave crise politique depuis l'annonce, le 26 avril, de la candidature du président Nkurunziza, déjà élu en 2005 et 2010, à un troisième mandat. Le camp présidentiel estime la démarche parfaitement légale mais ses opposants la jugent anticonstitutionnelle et contraire aux accords d'Arusha qui avaient ouvert la voie à la fin de la guerre civile. 

Essentiellement concentrées à Bujumbura, mais aussi dans quelques foyers en province, des manifestations ont été émaillées de heurts entre les contestataires et la police, qui a souvent ouvert le feu à balles réelles. Les violences liées à la contestation - affrontements, grenades, meurtres - ont fait au moins 70 morts, selon une organisation burundaise de défense des droits de l'homme.

Les législatives ont déjà été reportées à deux reprises et la présidentielle une fois. Malgré la pression de la communauté internationale qui dénonce un climat peu propice, le gouvernement a exclu de reporter une nouvelle fois les scrutins.

Pour relancer un dialogue actuellement au point mort entre le camp présidentiel et ses opposants, l'ONU a dépêché un nouveau médiateur, le Sénégalais Abdoulaye Bathily, arrivé dimanche dans le pays.

La crise burundaise inquiète d'autant plus la communauté internationale que le climat pré-électoral délétère a déjà poussé quelque 100.000 Burundais à se réfugier dans les pays voisins.

AFP

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