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 Une femme tchadienne portant la burqa, le 3 mai 2006 à N'Djamena AFP/Archives Issouf Sanogo
Une femme tchadienne portant la burqa, le 3 mai 2006 à N'Djamena AFP/Archives Issouf Sanogo

Au Tchad, les musulmans sous surveillance après les attentats

Dans la capitale N'Djamena, le port de la burqa a été interdit par les autorités pour lutter contre les risques d'attentats.

L'interdiction totale du port de la burqa après un double attentat meurtrier à N'Djamena attribué aux islamistes de Boko Haram divise les habitants de ce pays majoritairement musulman, où dorénavant les femmes portant le voile intégral seront systématiquement arrêtées.

"Le port de la burqa, ou tout autre système de port de turban où on ne voit que les yeux (...) est désormais interdit" dans les lieux publics par mesure de sécurité, afin d'éviter la dissimulation d'explosifs, avait annoncé mercredi le Premier ministre Kalzeube Pahimi Deubet. Le voile intégral qui couvre le visage à l'exception des yeux est relativement courant à N'Djamena depuis quelques années.

À lire aussi: Pourquoi Boko Haram se cache sûrement derrière l'attentat de N'Djamena

Pour Abdelsadick Djidda, instituteur de 45 ans, "le port de la burqa n'est pas propre à la culture tchadienne (...) ça vient d'ailleurs. Et il n'est recommandé nulle part dans le livre saint", le Coran. "Moi, en tant que musulman, je trouve que les gens exagèrent un peu avec ce camouflage", affirme-t-il, estimant que la mesure a été décidée "pour notre sécurité puisque les terroristes peuvent se servir d'une femme habillée en burqa pour commettre des attentats".

Boko Haram a en effet perpétré de nombreux attentats-suicides au Nigeria voisin depuis six ans, utilisant notamment des femmes kamikazes dissimulant des explosifs sous leurs voiles. Mais au moment où débute le ramadan, dans un pays comptant 53% de musulmans (pour environ 35% de chrétiens), la mesure choque certains, comme Hassan Barka, qui ne comprend pas l'association d'idées entre "burqa" et "terrorisme".

Des burqas brûlées sur les marchés

"Ce ne sont pas des gens en burqa qui commettent des attentats et cet habit est entré dans les moeurs de beaucoup de Tchadiens", estime ce mécanicien. "Il est difficile de faire appliquer cette décision. Il faut peut être un temps de sensibilisation", suggère-t-il.

Une décision politique aussi radicale est une première sur le continent africain: face à la multiplication des menaces d'attentats par des groupes jihadistes, quelques pays comme la Tunisie ont partiellement ou ponctuellement mis en place des mesures similaires par le passé, mais aucun n'a été aussi loin.

Le gouvernement tchadien a même ordonné aux forces de sécurités "de ramasser toutes les burqas" vendues dans les marchés et "de les brûler". Et ceux "qui se hasarderaient à braver la mesure en portant la burqa doivent être arrêtés, jugés et condamnés", a précisé le Premier ministre, demandant aux chefs religieux de relayer le message. "Le Conseil supérieur des affaires islamiques (du Tchad, CSAI) trouve que la décision du gouvernement n'est pas contraire aux principes de l'islam", juge son influent président, Cheick Hussein Hassan Abakar.

"Selon les lois religieuses musulmanes, tout le corps de la femme est sacré à l'exception du visage et des mains qu'on doit laisser visibles", assure-t-il.

"La laïcité de l'Etat est une valeur essentielle"

Dans ce pays durablement marqué par les sanglants affrontements inter-religieux de la guerre civile de 1979-1982, le président Idriss Déby Itno veille depuis des années à prévenir toute éclosion de groupes radicaux ou extrémistes. Et répète à l'envi que "la laïcité de l'Etat est une valeur essentielle" au Tchad.

"Nous avons la chance d'avoir un islam très tolérant: les musulmans du Tchad sont majoritairement soufis, ce sont des pacifistes", affirme le secrétaire général de l'Université du roi Fayçal à N'Djamena, Abakar Walar Modou. "Mais l'islam est instrumentalisé. En 79-82 ce sont les politiciens qui ont essayé d'embarquer chrétiens et musulmans dans le chaos".

Avec l'expansion de Boko Haram aux portes de N'Djamena, les autorités tchadiennes ont redoublé de vigilance de peur de voir s'implanter un islamisme radical dans la société tchadienne, où les courants wahhabites et salafistes représentent 5 à 10% des musulmans, selon le département d'Etat américain.

Les mosquées sous surveillance

"Le phénomène Boko Haram n'a pas encore d'impact sur la population mais le risque est là", reconnait Abakar Walar Modou: "le CSAI surveille avec une extrême attention les enseignements coraniques, les prêches dans les mosquées, et même à la radio".

Plusieurs associations islamiques "vues comme faisant l'apologie de la violence" et souvent implantées dans les quartier pauvres à travers des oeuvres sociales, ont été interdites, selon un rapport de l'institut Freedomhouse (2013). En mars dernier, une association d'obédience salafiste, Ansar al Sounna almouhamaddya, a été dissoute pour "risque de trouble à l'ordre public".

"Certaines font passer des messages dangereux, tentent de monter les musulmans contre les chrétiens. Mais interdire purement et simplement une association n'est pas une solution, estime M. Walar Modou. Vous ne pouvez pas arrêter comme ça une idéologie, cela crée des frustrations".

Slate Afrique avec AFP

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