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RDC: le découpage du Katanga divise aussi les esprits

Le Katanga vit peut-être ses derniers jours. Avant fin juin cette province du sud-est de la République démocratique du Congo qui cultive son particularisme doit éclater en quatre nouvelles régions conformément à une réforme territoriale qui divise l'opinion.

Sauf coup de théâtre, rien ne semble pouvoir arrêter la mise en place des nouvelles provinces prévues par la Constitution de 2006 afin d'améliorer la gestion territoriale d'un pays grand comme cinq fois la France.

Contesté par l'opposition et au sein même de la majorité, le nouveau découpage administratif du pays suscite un fort clivage au Katanga, région d'origine du chef de l'État Joseph Kabila, où la population semble néanmoins se préparer à l'inéluctable.

Le passage d'une organisation administrative de la RDC de 11 à 26 provinces est un serpent de mer de la politique congolaise.

Fin février, une loi de programmation a fixé un nouveau cap pour sa mise en application, et le gouvernement maintient sa volonté de voir le processus achevé avant le 30 juin. 

Aux termes de la loi, cinq provinces restent les mêmes (l'une change de nom: le Bas-Congo, désormais Kongo-Central) et six doivent être démembrées en 21 nouvelles entités.

Grand comme l'Espagne, le Katanga doit ainsi céder la place à deux provinces minières, le Haut-Katanga et le Lualaba, dans le sud, et deux provinces plus agricoles, le Haut-Lomani et le Tanganyika dans le nord.

Ce démembrement a été combattu par les deux hommes forts du Katanga : son gouverneur Moïse Katumbi et le président de l'assemblée provinciale Gabriel Kyungu wa Kumwamza, dans un climat de tensions politiques à l'approche d'une série d'élections devant commencer en octobre et s'achever par la présidentielle en novembre 2016.

Partisan d'un Katanga indépendant, M. Kyungu a tenté, en vain, de faire échouer le découpage de la province en récoltant les 100.000 signatures qui auraient permis d'obtenir une modification constitutionnelle en vue de préserver son unité.

- Décentralisation et développement -

Membre de la majorité, M. Katumbi argue pour sa part que l'État, avec ses moyens limités, parvient difficilement à faire vivre 11 provinces et ne voit pas comment il pourrait se permettre d'en entretenir 26.

Charismatique et populaire, le gouverneur passe pour un possible successeur de M. Kabila, au pouvoir depuis 2001, et à qui la Constitution interdit de se représenter.

M. Katumbi se garde néanmoins d'afficher publiquement ses éventuelles ambitions, même s'il a semblé mettre en garde fin décembre le chef de l'État contre la tentation de vouloir s'accrocher au pouvoir, comme le soupçonne l'opposition. 

Maintenant que le projet de découpage territorial est devenu loi, M. Katumbi affirme qu'il s'y pliera et a annoncé qu'il quitterait ses fonctions sitôt les nouvelles provinces instituées. "La politique c'est le fair-play", dit-il en souriant. 

Locomotive de la croissance économique du pays grâce à ses abondants gisements de cuivre et de cobalt, le Katanga est une province rebelle, qui avait fait sécession dans les premiers jours de l'indépendance octroyée par la Belgique en 1960 avant d'être ramenée de force dans le giron congolais en 1963 après une intervention militaire de l'ONU. 

Aujourd'hui encore, beaucoup y rêvent d'indépendance ou d'une autonomie accrue.

Mais le Katanga est aussi traversé par une ligne de fracture entre le nord, laissé pour compte, et le sud, beaucoup plus développé grâce à l'exploitation minière.

Globalement, les partisans du découpage estiment que la réforme va rendre plus gouvernable la province et favoriser le développement de zones parmi les moins favorisées d'un des pays les moins développés au monde en rapprochant l'administration des citoyens et en créant de nouveaux emplois.

Originaire du Nord, Calixte Lumbu, boulanger au chômage est "content". "Quand nous aurons notre province, nous serons tous obligés de la développer", dit-il, même si "ça sera difficile au départ".

En face, on fait valoir que l'installation des nouvelles provinces devrait être l'aboutissement et non le point de départ d'une politique de décentralisation et de développement.

Les détracteurs de la réforme reprochent aussi le moment choisi pour sa mise en ½uvre. Pour eux, les travaux d'aménagement que cela va entraîner risquent de priver l'État de ressources financières cruciales pour l'organisation de la série d'élections à venir.

Les plus pessimistes craignent que le découpage ne ravive des tensions ethniques dormantes en vue du contrôle de telle ou telle nouvelle province.

AFP

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