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Au Burundi, l'opposition se plaint d'une commission électorale "inféodée au pouvoir"

L'opposition burundaise, qui conteste depuis fin avril la volonté du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat, a de nouveau dénoncé samedi l'illégitimité de la Commission électorale (Céni) dans un climat de plus en plus tendu à un mois de la présidentielle.

En dépit de manifestations plus rares et dispersées, le pouvoir burundais a encore durci le ton ces derniers jours, allant jusqu'à décréter la fin de la contestation et à accuser la presse d'encourager les rassemblements.

A l'approche des législatives du 29 juin et de la présidentielle du 15 juillet, le Burundi reste sous haute tension, après un mois et demi de contestation née de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat après dix ans de pouvoir.

"Nous dénonçons un forcing du gouvernement, une mascarade orchestrée pour mettre en place une Céni totalement inféodée au pouvoir de Nkurunziza et de son parti", a déclaré samedi à l'AFP Jérémie Minani, candidat à la présidentielle et porte-parole du Mouvement Arusha, une plate-forme qui regroupe l'opposition politique et la société civile en pointe dans les manifestations contre un éventuel troisième mandat du président sortant.

Deux des cinq membres de la Commission électorale nationale indépendante, désignés par le président et approuvés par le parlement, ont démissionné fin mai et fui le pays, paralysant l'institution au sein de laquelle les décisions devaient être prises à une majorité de 4/5.

Un décret présidentiel, publié le 11 juin mais daté du 30 mai, a ramené cette majorité à 3/5. "Avec la décision du président-candidat de modifier les règles du jeu en plein match en ramenant des 4/5 aux 3/5 le quorum de la Céni, juste pour arranger ses affaires, la Céni est désormais un instrument taillé sur mesure pour conduire Nkurunziza et son parti au pouvoir", a déploré le porte-parole du Mouvement Arusha.

Par ailleurs, l'Assemblée nationale puis le Sénat ont approuvé vendredi soir les nominations de deux nouveaux commissaires, deux femmes tutsi de 38 ans: Annonciate Niyonkuru, présidente du tribunal de grande instance de Ngozi (nord), la province natale du président Nkunrunziza, et Alice Nijimbere, enseignante dans la province de Kayanza (nord).

Ces nominations satisfont au sein de la Céni les obligations constitutionnelles d'équilibres ethnique et de genre. 

- Boycotter les élections ? -

Les présidents de deux groupes parlementaires d'opposition ont lu une déclaration dans laquelle ils ont exprimé leur "profond désaccord" avec "un forcing" du parti présidentiel, le CNDD-FDD, puis sont sortis de l'Assemblée sans prendre part au vote, qui a été acquis avec à la majorité des 3/4 requise par la Constitution pour nommer les membres de la Céni.

Dès les nominations approuvées, la "nouvelle" Céni a déclaré recevables les huit dossiers de candidatures présentés pour le scrutin présidentiel du 15 juillet, dont celui du président Nkunrunziza. 

Vendredi soir, le CNDD-FDD s'est réjoui de l'approbation de cette dernière candidature et a appelé "les sept autres candidats retenus de ne pas se retirer de la compétition car seul le peuple est véritablement le détenteur du pouvoir démocratique".

Parmi les candidats approuvés figurent Agathon Rwasa, leader historique de l'ex-rébellion hutu des Forces nationales de libération (FNL), considéré comme le principal opposant burundais, l'ancien président Domitien Ndayizeye (2003-2005), candidat au nom d'une coalition de petits partis d'opposition, et Jean Minani, président du parti Frodebu nyakuri.

Les autres candidats, à l'exception de l'ancien président burundais Ntibantunganya (1994-96) qui se présente à titre personnel, sont considérés comme appartenant à des partis ou des ailes de partis d'oppositions proches du parti au pouvoir.

Bien que sa candidature ait été retenue, Agathon Rwasa n'excluait pas samedi de boycotter le scrutin, à l'image des 17 formations burundaises qui ont menacé vendredi de "ne pas participer" à des élections qui seraient "organisées en toute illégalité".

"Agathon Rwasa sera candidat si les conditions pour des élections crédibles, inclusives et rassurantes sont réunies, c'est-à-dire si la loi est respectée et que Nkurunziza retire sa candidature, si les conditions sécuritaires sont réunies et si la Céni est mise en place conformément à la loi", a réagi samedi son porte-parole, François Bizimana.

"Or au stade actuel, il apparaît que ces conditions ne sont pas réunies", a-t-il poursuivi, dénonçant "une violation de la loi par la Ceni".

La candidature de M. Nkurunziza à un nouveau mandat a déclenché le 26 avril un mouvement de contestation émaillé de violences qui ont fait une quarantaine de morts et poussé plus de 100.000 Burundais à fuir vers les pays voisins.

AFP

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