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Les Rwandais réclament un 3e mandat de Kagame: élan populaire ou manoeuvre du pouvoir?

Le président Kagame "c'est un don de Dieu", estime Aimable Ngendahayo, l'un des 2,5 millions de Rwandais signataires de pétitions réclamant une réforme de la Constitution pour permettre au chef de l'État de se représenter. Les autorités parlent d'élan populaire, les observateurs de man½uvre du pouvoir.

En l'état actuel, l'article 101 de la Constitution rwandaise limite à deux le nombre de mandats présidentiels et interdit à M. Kagame, élu en 2003 et 2010, de briguer un nouveau mandat.

Véritable homme fort du Rwanda depuis que sa rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) a pris le pouvoir en 1994, mettant fin au génocide qui a fait quelque 800.000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsi, Paul Kagame est toujours resté évasif sur le sujet d'un troisième mandat, assurant qu'il appartenait au "peuple rwandais" et non à lui-même de faire changer la Constitution.

En avril, il s'était dit de ceux "qui pensent qu'on ne devrait pas changer les limitations de mandat" tout en glissant que ceux qui y sont favorables "devaient le convaincre".

Alors, tandis qu'au Burundi la rue s'est enflammée depuis fin avril pour faire renoncer le président Pierre Nkurunziza à un nouveau mandat, les Rwandais s'emploient eux à "convaincre" M. Kagame de rempiler en réclamant en masse au Parlement de modifier l'article 101.

Les pétitions lancées par des individus, entreprises, administrations ou associations, affluent au Parlement. Les deux chambres examineront d'ici le 4 août ces déjà plus de 2,5 millions de signatures, un peu moins de la moitié des six millions de votants du pays.

"Kagame c'est un homme spécial", explique M. Ngendahayo: il a "arrêté le génocide des Tutsi en 1994", stabilisé le pays et permis son développement économique et social.

"Ce n'est pas le moment de le laisser partir", estime ce directeur commercial de 35 ans. "Kagame aime son peuple; si nous, le peuple, nous lui demandons, il acceptera" d'effectuer un nouveau mandat en 2017, assure-t-il.

- "Un papier que je devais signer" -

Nombre d'observateurs doutent de la spontanéité de cet engouement et y voient la main des autorités, dans un pays sans véritable opposition et où l'hégémonique FPR est présent à tous les échelons de la société.

Objectif: justifier par l'impérieux élan populaire une modification constitutionnelle contraire aux principes de l'Union africaine et dont les tentatives similaires récentes au Burkina Faso - où la rue a finalement chassé le président Blaise Compaoré - et en République démocratique du Congo ont été condamnées par la communauté internationale.

Washington, fidèle soutien de Paul Kagame pendant 20 ans jusqu'à une brouille récente, s'est ouvertement prononcé début juin contre un troisième mandat, disant soutenir l'élection "d'un nouveau dirigeant" en 2017.

Si les autorités réfutent toute coercition, des Rwandais évoquent une pression implicite, le sentiment diffus de possibles conséquences qui laisse peu de choix.

"Le responsable de la sécurité de l'umudugudu (plus petite entité administrative, quartier ou lotissement) est venu chez moi et m'a dit qu'il avait un papier que je devais signer", raconte sous couvert d'anonymat un habitant de Kigali.

Le document s'intitule "Nous acceptons le 3e mandat". Pas d'intimidation, aucune menace ou boniment. "Bien sûr que j'ai signé (...) on me connaît dans le quartier" et "je ne sais pas ce qui aurait pu se passer" en cas de refus, se justifie ce quinquagénaire.

"On ne sait jamais, peut-être qu'on en aurait parlé lors d'une réunion du quartier", poursuit-il, assurant que sans cette visite, il ne serait jamais allé signer de lui-même une telle pétition.

Selon un journaliste rwandais, ayant lui aussi requis l'anonymat, "des gens signent de bon c½ur, mais beaucoup le font par peur d'être étiquetés comme ennemis de l'État" et "certains illettrés dans les campagnes signent sans même savoir de quoi il s'agit".

Ces derniers jours, la presse rwandaise a même rapporté que des détenus de la prison de Rubavu (ouest), pour beaucoup condamnés à de longues peines pour génocide, avaient également signé de tels documents.

Le porte-parole du ministère de l'Administration locale, Ladislas Ngendahimana, "réfute catégoriquement que des gens aient signé des pétitions à l'instigation du gouvernement".

"Le FPR n'a jamais donné aucune instruction aux responsables locaux" pour qu'ils récoltent des signatures, assure également un cadre du parti au pouvoir - seule formation à ne pas s'être prononcée sur la question d'un 3e mandat de M. Kagame. Ceux qui ont signé "l'ont fait de leur propre volonté (...) on n'a pas besoin de les contraindre", tranche-t-il.

AFP

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