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Boko Haram, de la secte islamiste au groupe armé devenu menace régionale

Secte musulmane extrémiste à l'origine, le groupe nigérian Boko Haram s'est mué en un mouvement armé affilié à l'organisation Etat islamique et menaçant toujours les pays de la région, malgré une série de revers sur le terrain.

- Une secte radicale -

Boko Haram signifie "l'éducation occidentale est un péché" en haoussa, la langue la plus parlée dans le nord du Nigeria. Mais, avant de se rallier à l'EI en mars dernier, le groupe a longtemps préféré se faire appeler Jama'atu Ahlis Sunna Lidda'awati wal-Jihad (Groupe pour la prédication et le jihad).

Si les prêches de son fondateur, Mohammed Yusuf, drainent de plus en plus de fidèles dès les années 1990 à Maiduguri, capitale de l'Etat de Borno (nord-est), on considère que Boko Haram est né en 2002, au moment où Yusuf commence à attirer l'attention des autorités.

Prônant un islam radical, il accuse les valeurs occidentales, instaurées par les colons britanniques, d'être responsables des problèmes du pays (indépendant depuis 1960). Il veut instaurer un Etat islamique.

Il séduit la jeunesse désoeuvrée de Maiduguri avec un discours critique envers un régime nigérian corrompu, qui néglige le développement socio-économique de la région, majoritairement musulmane.

- La répression, un tournant -

En 2009, éclatent des affrontements entre Boko Haram et la police à Maiduguri. L'armée intervient en force, massacre 700 personnes et capture Yusuf, exécuté sans jugement.

Le mouvement devient clandestin, ses cadres rescapés s'enfuient à l'étranger.

A leur sortie de clandestinité, les chefs de Boko Haram passent à un stade supérieur: il ne s'agit plus seulement de vouloir faire appliquer la loi islamique au Nigeria, il faut déstabiliser l'Etat avec une campagne de violences.

Abubakar Muhammad Shekau, bras droit du chef exécuté, prend sa place à la tête de Boko Haram. S'ensuit une escalade de la violence, avec des dizaines d'attaques faisant plusieurs milliers de morts, prenant pour cibles des écoles, des églises, des mosquées et des symboles de l'Etat et des forces de l'ordre, principalement dans le nord-est.

- Essor et allégeance à l'EI -

L'enlèvement en avril 2014 de plus de 200 adolescentes d'un lycée de Chibok, dans l'Etat de Borno, confère une notoriété mondiale au groupe.

En août 2014, il proclame un "califat" dans les zones sous son contrôle, tout comme l'organisation jihadiste Etat islamique en a décrété un dans les régions qu'elle a conquises à cheval sur l'Irak et la Syrie.

Boko Haram engrange les conquêtes territoriales dans le nord-est. En mars, il franchit une étape supplémentaire en faisant allégeance à l'EI - qui accepte - et prend dans la foulée le nom de "l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest".

Considéré par les Etats-Unis comme un "terroriste à l'échelle mondiale", Shekau n'apparaît pas dans la dernière vidéo du groupe, diffusée début juin. Il a déjà été donné trois fois pour mort par les forces de l'ordre nigérianes avant de réapparaître dans des vidéos, mais l'armée a évoqué le recours à des sosies.

- Revers mais menace persistante -

Selon des diplomates, des membres de Boko Haram se seraient entraînés auprès de combattants d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans le nord du Mali en 2012-2013. Washington a également affirmé qu'il existe des liens entre les deux organisations.

En termes de financement, Boko Haram reçoit le soutien des fidèles dans les mosquées et s'approvisionne aussi en attaquant des banques et des bases militaires. Ce qui lui permet d'enrôler des centaines de jeunes déshérités pour aller au combat.  

Sur le terrain, un retournement s'opère à partir de février avec une offensive lancée par le Nigeria et ses voisins francophones, Cameroun, Niger et surtout Tchad.

Repoussé des zones frontalières, le groupe islamiste perd la plupart des localités enlevées ces derniers mois, notamment Gwoza, considérée comme la capitale de son "califat".

Le nouveau président nigérian Muhammadu Buhari, tombeur de l'ex-chef de l'Etat Goodluck Jonathan qui avait été très critiqué pour la lenteur de sa réaction aux violences, a promis de venir à bout de Boko Haram.

Mais la menace demeure: depuis son entrée en fonction fin mai, une centaine de personnes ont déjà péri dans des attaques attribuées aux insurgés.

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