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Crise au Burundi: la présidentielle controversée fixée au 15 juillet

Le président burundais Pierre Nkurunziza a fixé mercredi les élections législatives au 29 juin et la présidentielle au 15 juillet, un report décidé face à la grave crise suscitée par sa candidature à un troisième mandat.

Mais, pour ses opposants, les conditions ne sont pas remplies pour des élections alors que "des gens sont assassinés" depuis le début de la crise dans ce petit pays d'Afrique des Grands lacs.

Une quarantaine de personnes ont été tuées depuis le déclenchement fin avril des manifestations, sévèrement réprimées, contre un nouveau mandat du chef de l'État, au pouvoir depuis dix ans. Une contestation qui confirmait son essoufflement mercredi dans la capitale Bujumbura.

Alors que la communauté internationale estime que le climat ne permet pas des élections crédibles, un décret présidentiel appelle "les citoyens burundais (...) à participer aux élections des conseils communaux et des députés qui se tiendront le 29 juin 2015" et à "l'élection du président de la République qui se tiendra le 15 juillet 2015".

Le porte-parole du gouvernement, Philippe Nzobonariba, avait averti mardi que le nouveau calendrier électoral serait "définitif" pour éviter tout vide du pouvoir. Et il avait insisté sur le fait que la candidature de M. Nkurunziza était "non négociable".

Après la publication des nouvelles dates des scrutins, les adversaires d'un nouveau mandat du président - opposition et société civile, qui l'estiment inconstitutionnel - ont immédiatement rejeté une décision "unilatérale" et un "forcing" du chef de l'État.

"On ne refuse pas les élections mais il y a des conditions qui doivent être remplies et c'est possible avec de la bonne volonté", a réagi Agathon Rwasa, principal opposant à M. Nkurunziza.

Charles Nditije, allié à M. Rwasa au sein de la coalition des "Indépendants de l'espoir", a dénoncé "une fuite en avant du chef de l'État, se moquant éperdument des conseils des chefs d'État de la région qui avaient demandé un dialogue afin que nous convenions des conditions d'une élection apaisée".

Le 31 mai à Dar es Salaam, les chefs d'État de l'Afrique de l'Est avaient recommandé un report "pas inférieur à un mois et demi" des scrutins. Or, la présidentielle était jusque-là prévue le 26 juin.

 

- 'Mascarade' -

 

Mercredi, Bujumbura est restée globalement calme, les quartiers contestataires étant quadrillés par la police. Un rassemblement a été constaté par un journaliste de l'AFP dans le quartier de Cibitoke et une centaine de personnes ont défilé dans celui de Musaga, selon des témoins.

Dans la province du Bujumbura rural, qui entoure la capitale, des centaines de personnes ont marché sur plusieurs kilomètres entre les localités de Rwibaga et Jenda, avant d'être dispersées par l'armée.

Vital Nshimirimana, un des dirigeants du Collectif "Halte au troisième mandat", qui regroupe société civile et syndicats, a reconnu un affaiblissement de la mobilisation. "Les quartiers sont assiégés, la police tire à balles réelles", mais "on continue la protestation". "Nous sommes déterminés à poursuivre notre lutte", a-t-il assuré.

Les opposants au troisième mandat de M. Nkurunziza, élu en 2005 et réélu en 2010, réclament notamment le désarmement des "Imbonerakure" - Ligue de jeunesse du parti au pouvoir, qualifiée de "milice" par l'ONU - et la formation d'une nouvelle Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Ils estiment illégales les décisions de la Céni, privée de quorum après la récente démission de deux de ses cinq membres, qui ont fui le pays. Mercredi, le chef de l'État a ramené dans un autre décret la majorité nécessaire aux décisions de la Céni des 4/5e de ses membres aux 3/5e.

Les leaders de la contestation réclament aussi la réouverture des radios indépendantes, alors qu'Amnesty International a dénoncé mercredi "l'escalade des menaces contre les journalistes" au Burundi, privé de médias indépendants depuis la destruction des radios privées durant une tentative de coup d'État militaire à la mi-mai.

Même si les partenaires internationaux ont gelé le financement des élections, les autorités assurent être en mesure de les organiser.

Mais Charles Nditije a brandi la menace d'une non-participation aux scrutins: "on va tout faire plutôt pour qu'elles n'aient pas lieu car c'est une mascarade", a-t-il lancé.

La communauté internationale craint que la situation actuelle dégénère en violences à grande échelle, dans un pays à l'histoire post-coloniale marquée par des massacres entre hutu et tutsi et qui peine à se remettre d'une longue et sanglante guerre civile (1993-2006).

AFP

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